Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français



Un Dieu insoumis

 

Raphaël Picon

ancien professeur à la
Faculté de théologie protestante de Paris

ancien directeur du mensuel Évangile et Liberté



Édition Labor et Fides

144 pages – 16 €

 

recension Gilles Castelnau

 

21 octobre 2017

Raphaël Picon a lui-même rassemblé les 50 éditoriaux que voici, publiés dans le mensuel Évangile et liberté peu avant sa mort, dans le désir de les voir publiés.
Professeur à la Faculté de théologie protestante de Paris et doyen, il nous offre ici un patchwork vivant et coloré présentant la foi chrétienne telle que peut la vivre un libéral protestant du 21e siècle.
Laurent Gagnebin et Pierre-Olivier Léchot, dans leur avant-propos expliquent le titre :
« Ce titre choisi par Raphaël Picon ne pouvait pas ne pas rappeler le sous-titre qu'il avait donné, plusieurs années auparavant, au livre qu'il avait consacré, avec Laurent Gagnebin, au protestantisme : la foi insoumise. Cette insoumission disait une foi inébranlable en un Dieu qu'aucun discours théologique ni aucune Église ne pourraient jamais objectiver et capturer. Quelle belle leçon de liberté ! »

Nul doute que ce petit ouvrage (pas si petit d’ailleurs) réchauffera la spiritualité de bien de ses lecteurs et rapprochera de Dieu nombre de ceux qui s’en sont détournés à cause de doctrines raides et inacceptables qu’ils avaient accumulées depuis leur enfance.

En voici quelques pages.


Le danger de Dieu

page 35

Dieu est un mot bien trop dangereux pour ne pas l'évangéliser. Tant de crimes ont été commis en son nom ! Dieu est un condensé de fantasmes : ceux de nos désirs de toute-puissance et de nos esprits de vengeance. C'est le cache-misère de nos rationalités chancelantes, le mot de la fin quand on est à court d'explications. C'est l'arme du faible et du couard, du fort et du guerrier, lorsqu'ils n'osent plus se battre par eux-mêmes.
Les Réformateurs ont présenté leur Dieu comme celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, comme ce Dieu biblique, qui se raconte. Ce n'est plus le Dieu de l'équilibre et de la grande horloge. Ce n'est plus le Dieu de la nature et de la fertilité renouvelée. Ce n'est plus le Dieu de la raison et du raisonnable, qui donne son sens à ce qui est. Le Dieu de la Bible est tout à la fois lumineux et obscur, aimant et capricieux, il est celui qui libère et oppresse, c'est le Dieu du déluge et de la création, le divin et le diabolique réunis.
Mais ce Dieu, même Bible en main, reste trop dangereux pour en user sans modération. On dit qu'il aime ceci mais vomit cela, qu'il bénit les uns et maudit les autres, qu'il nous veut ainsi, nous préfère comme cela. Mais que de bavardages hantent les prédicateurs de tous poils ! Oui, il nous faut évangéliser « Dieu ». C'est-à-dire en parler dans les mots de Jésus. Non pas l'homme du mythe, celui de la naissance virginale, de la mort expiatoire et de la résurrection miraculeuse, une idole de plus, mais l'homme de la Parole : celle qui nous apprend que Dieu est le oui magistral accordé à l'humanité. Jésus, c'est le oui de Dieu. Le oui à qui ? Aux prostituées et aux mécréants, aux pestiférés et aux exclus. À tous ceux qui ne sont plus rien. À nous, lorsque nous pensons n'être plus rien. Dieu, c'est ce oui qui nous met debout et qui croit en nous. Passionnément. Obstinément. Même quand tout chancelle. C'est le Dieu de Pâques.


 

Un Dieu sans barbe

page 41

Voilà le Dieu que confesse le christianisme des Lumières.

Un Dieu sans mythologie, un Dieu crédible et qui est, oui, osons le mot : acceptable à l'entendement. Protestants, c'est-à-dire héritiers de cette Réforme qui commit ce geste révolutionnaire de traduire la Bible dans la langue de tout le monde, nous nous devons de libérer la foi de ce qui la rend obscure, repoussante ou inaccessible, et de libérer Dieu de ce qui nous le rend étranger, absurde ou impossible.

Ce Dieu, figure tutélaire qui surplombe le monde pour y intervenir quand bon lui semble, ce Dieu qui hante encore quantité de sermons, de cantiques et de confessions de foi, y croyons-nous vraiment ?

Ce Jésus, mi-homme mi-Dieu, qui, un beau jour, reviendra sur les nuées du ciel sauver enfin le monde de sa perte, ce Jésus devenu l'idole de nombreux chants et textes de prières, est-il réellement celui que nous aimons et que nous voulons suivre ? Ce Dieu qui dirige nos vies, nous prend par la main et nous comble de ses bienfaits, ce Dieu de l'omniscience et de l'omnipotence, pouvons-nous encore lui faire crédit ? Ce Dieu barbu, n'est-il pas trop souvent celui de nos manques : un dieu béquille pour éclopés, réduit à n'être plus que le cache-misère d'un besoin de consolation ? Ce Dieu de nos constructions mythologiques, n'est-il pas toujours celui de nos fantasmes infantiles de toute-puissance, une sorte de père Noël religieux ?

Un Dieu sans barbe, rasé de tous ses oripeaux mythologiques (et masculins !) : voilà celui que nous désirons et vers lequel il nous faut sans cesse revenir pour retrouver le Dieu... de l’Évangile. Un Dieu source de vie, d'amour et de sagesse, un Dieu que nous connaissons en Christ, c'est-à-dire incarné à travers ce qui devient Évangile, Bonne Nouvelle pour nos vies et pour le monde : un combat, un appel, une force créatrice qui nous conduit au meilleur de nous-mêmes.

 

 


Le miracle de l'habitude

page 56

Emprunter si docilement le défilé des jours attendus, n'est-ce pas déjà mourir un peu à soi-même et à la vie ? Le Dieu de la nouveauté et de l'inattendu offre pourtant une farouche résistance au triomphe de l'ennui. Loin d'être cet opium qui nous endort, ce Dieu de la créativité est une sentinelle en armes contre les résignations faciles et les compromis douteux. Mais Dieu n'est-il pas aussi, le souffle de l'ordinaire et le rythme si régulier du temps qui passe ?

Car à force de lier Dieu à l'inattendu, peut-il encore nous surprendre ? À trop voir en Dieu la puissance du possible, peut-on encore le croire et l'espérer quand, précisément, plus rien n'est possible, quand la nuit est devenue bien trop chargée de nuages pour y déceler une étoile ?
Un Dieu à croire dans l'habitude et le banal nous autorise simplement à être là, à nous laisser prendre par la vie, telle qu'elle est. Contrairement à ce que l'on croit parfois, il est aussi une manière chrétienne de se résigner, telle celle qui, de guerre lasse, nous montre qu'il est parfois bien vain de vouloir toujours plus et toujours mieux. Se résigner ne consiste pas à abdiquer lâchement, à renoncer trop vite, à se contenter de rester les bras croisés.
Se résigner, c'est renoncer à ce que tout dépende de nos actions et de nos désirs, c'est accepter de ne pas tout savoir et de ne pas tout comprendre, c'est se reconnaître porté par quelque chose de plus infini qui nous dépasse. Dieu se donne alors à croire comme ce salutaire abandon qui nous permet de lâcher prise et de nous donner aux autres et à la vie.
Mais croire Dieu présent dans la banalité du quotidien, c'est peut-être, tout simplement, croire en lui comme étant la possibilité à chaque fois renouvelée de l'émerveillement. Se dire, tout simplement, que ce qui est aurait très bien pu ne pas être, et que cela, ce à quoi nous sommes peut-être le plus habitude, tient donc, aussi, du miracle.

 

 

 

Dieu serait-il au-dessus de nous ?

page 85

Dieu serait cette instance surplombante qui, du haut de ses splendeurs , interviendrait miraculeusement, quand bon lui semble, dans les affaires du monde... Ce Dieu au-dessus représentera toujours une menace pour l'être humain qui ne serait qu'une marionnette aux mains d'un tyran, et qui pourrait être aussi continuellement épié, surveillé, sous contrôle. C'est ce Dieu-là que l'athéisme a eu bien raison de combattre.

On préfère souvent à ce Dieu au-dessus, le Dieu avec, que proclame notamment l'Emmanuel, le « Dieu avec nous » des évangiles. Dieu serait avec, tel un ami de toujours, un compagnon de fortune et d'infortune. Ce Dieu avec est le plus bel allié de nos combats et de nos luttes ; avec lui, nous nous sentons moins seuls et plus forts, au risque parfois de nous croire plus forts que tout. Ce Dieu avec, n'est-il pas celui que nous nous annexons pour nous croire invincibles et nous prétendre intouchables ?

Dieu n'est ni au-dessus ni avec, il est en nous, Jésus est la prédication d'un Dieu incarné. Il nous permet de croire en un Dieu qui se révèle en révélant l'humain à lui-même. Nous croyons que Dieu est en nous en tant qu'il est courage, désir et volonté, et nous permet ainsi de surmonter l'échec, la désespérance et la peur. Dieu est, en nous, affirmation de la vie, de la nouveauté, de la liberté et de l'amour. Ce Dieu n'est pas la cause déterminante des événements de l'Histoire, il est le poète du monde, cette puissance d'attraction qui nous conduit au meilleur de nous-mêmes. Seul un Dieu en nous nous permet de regagner la seule véritable chose dont nous avons besoin pour vivre : la confiance ; cette confiance en soi qui nous rend capables d'actions et de foi, qui nous permet de nous présenter au monde et d'être avec autrui.

Ce Dieu en nous ne nous fait pas pour autant Dieu : Nous le croyons précisément en nous pour renoncer à nous prendre pour lui. Il est juste, aussi, de dire en même temps que Dieu est en nous et que nous sommes en lui.


Retour vers Raphaël Picon
Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

allé  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.