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Les 100 mots de la Bible

 

 

Thomas Römer

professeur au Collège de France
professeur à l’université de Lausanne

 

Que sais-je ?   puf

128 pages - 9 €

Recension Gilles Castelnau



27 octobre 2016

Thomas Römer pratique la méthode moderne d’exégèse biblique qui associe l’archéologie à l’étude des textes anciens, bibliques, assyriens et autres. Il présente ainsi la Bible sous un jour entièrement nouveau, notamment en replaçant chaque texte à sa date présumée de rédaction et dans son contexte politique et religieux.

Ce livre est destiné au grand public cultivé qui découvre la Bible hébraïque. Il résume, par exemple, l’histoire des grands personnages comme Abraham, Jacob ou David telle qu’on la pensait lors de la rédaction de la Genèse ou de Samuel.


D’autres articles de lui sont publiés sur ce site.

Voici trois de ces « mots »


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page 21

Archéologie

Bible et archéologie n’ont pas toujours fait bon ménage. L’archéologie biblique, dont on peut situer les débuts au XIXe siècle, avait surtout pour but de prouver l’historicité des récits bibliques en identifiant les lieux bibliques et en enracinant les événements racontés dans la Bible dans la matérialité des découvertes archéologiques. Pour les biblistes, l'archéologie était une « science auxiliaire », l’archéologue ayant la pelle dans une main et la Bible dans l'autre. Pour le sionisme, avant et après la fondation de l'État d'Israël, l'archéologie servait à revendiquer une continuité du peuple juif en Palestine depuis les temps bibliques. Du côté juif, comme du côté chrétien, elle eut donc pendant longtemps une fonction de légitimation.
Déjà dans les années 1950, pourtant, lorsque l'archéologue britannique Kathleen Kenyon fouilla le site de Jéricho, il s'avéra qu'il n'y avait pas traces de destruction d'une grande muraille qui serait intervenue autour de la fin du IIe millénaire. Le récit biblique de la destruction de Jéricho (Jos 6) et de la conquête n'était donc pas un récit historique mais légendaire.

Depuis les années 1980, l'archéologie de la Terre sainte a rejeté cette fonction de légitimation et se comprend comme une science indépendante dont les résultats doivent d'abord être expliqués sans références immédiates aux textes sacrés. Cette nouvelle orientation a ouvert un nouveau dialogue prometteur avec les recherches scientifiques sur les origines de la Bible. La critique historique et les découvertes archéologiques s'accordent ainsi sur l'idée que Jérusalem ne devient une ville importante qu'à partir du VIIIe ou VIIe siècle avant l'ère chrétienne, et que l'on peut par conséquent situer à cette époque la première mise par écrit de certaines traditions fondatrices. Mais l'archéologie fait également des découvertes qui rendent nécessaire la remise en question de la reconstruction de l'histoire* des royaumes d'Israël* et de Juda selon la documentation biblique. Les fouilles au site de Ramat Rahel à proximité de Jérusalem ont fait apparaître un important centre administratif ayant fonctionné de l'époque assyrienne jusqu'à l'époque perse sans que cette localité soit mentionnée dans la Bible. L'archéologie a aussi pour rôle de rappeler que la présentation de l'histoire d'Israël et de Juda dans les textes bibliques n'est pas faite dans une perspective historique mais théologique.

 


page 59

Formation de la Bible

La Bible n’est pas tombée du ciel : elle est le résultat d’un long processus qui a duré environ mille ans. Certaines traditions narratives, comme l’histoire de Jacob ou celle de l'Exode, ont d'abord été véhiculées d'une manière orale. Le VIIe siècle avant l’ère chrétienne fut un moment important de la mise par écrit de ces traditions, sous le règne du roi Josias*. Après la destruction de Samarie* en 722, les traditions transmises dans le nord (Israël*) arrivèrent en Juda, et l'on voulut les mettre par écrit afin d'en faire des textes officiels du royaume de Juda. Le règne de Josias est aussi le moment de la naissance de livres comme le Deutéronome*, les livres de Josué*, de Samuel* et des Rois* dont la première édition se terminait par une louange du roi Josias, présenté comme un nouveau David*.

La destruction de Jérusalem* en 587 avant l'ère chrétienne et l'exil* babylonien deviennent le berceau d'un nombre important de textes et de révisions d'écrits antérieurs. Les livres du Deutéronome, de Josué, des Juges*, de Samuel et des Rois sont révisés par des scribes « deutéronomistes » s'inspirant du langage du Deutéronome pour montrer que la catastrophe advenue n'est pas signe de la faiblesse de Yhwh ; c'est lui qui a provoqué les événements pour sanctionner les responsables du peuple qui n'ont pas observé les lois promulguées dans le Deutéronome.

Si Yhwh peut se servir des Babyloniens, il est donc plus fort que leurs dieux. C'est le message des rédacteurs* du livre d'Isaïe* qui complètent le rouleau prophétique par une seconde partie insistant sur le fait que Yhwh est le dieu unique qui revient de sa colère en créant un avenir pour son peuple, bien meilleur que le passé.

Au début de l'époque perse, des auteurs issus du milieu des prêtres* éditent une histoire* des origines contenant des textes qui se trouvent maintenant dans les livres de la Genèse*, de l'Exode et du Lévitique*, montrant que tous les rites qui deviendront importants pour le judaïsme* sont donnés dès les origines avant l'avènement des institutions politiques : le sabbat (Gn 1), la circoncision* (Gn 17), la Pâque (Ex 12), les lois alimentaires (Lv 11) ou encore le rituel du Grand Pardon (Lv 17). Les textes sacerdotaux préparent donc l'idée d'un judaïsme qui n'a pas besoin de légitimation politique.

A l'époque perse, des rouleaux prophétiques, dont certains contenaient surtout des textes de condamnation, sont récrits pour faire apparaître des perspectives de salut (voir Jugement et salut). A l'époque hellénistique surgissent des livres comme le Cantique des cantiques, Qohélet ou les Chroniques qui, de différentes manières, entrent en dialogue avec la culture grecque. Le livre de Daniel voit le jour au IIe siècle avant notre ère ; c'est sans doute le livre le plus récent de la future Bible hébraïque. La Bible ainsi constituée au début de l'ère chrétienne n'est donc pas un livre, mais plutôt une bibliothèque, voire une anthologie, qui fait cohabiter des textes d'époques et de milieux idéologiques différents.

 

 

page 120

Sodome et Gomorrhe

L'histoire de la destruction de Sodome et Gomorrhe (Gn 19) a joué un rôle important dans la condamnation de l’homosexualité par l'Eglise. C'est un autre exemple - à l'instar de la doctrine du péché* originel - de la façon dont l'Église, pour des raisons idéologiques, a pu lire les textes bibliques à l'encontre de ce qu'ils disent.

À l'origine, le récit de la destruction de Sodome (le récit biblique ne relate la destruction que d'une seule ville) est un récit étiologique qui veut expliquer pourquoi les contours de la mer Morte offrent un spectacle inquiétant, marqué par l'absence de toute vie. On imaginait alors que cette région avait été à l'origine paradisiaque. C'est pourquoi Lot, en se séparant d’Abraham*, choisit de s'installer dans ces villes qui étaient comme « le jardin de Yhwh » (Gn 13,10-13). Gn 19 raconte pourquoi cette région est, dans le présent du lecteur, un endroit désolé. Le narrateur le fait en mettant en opposition l'hospitalité de Lot - lui. même étranger dans la ville - qui accueille les messagers divins sans connaître leur identité et les habitants de Sodome, qui veulent les violenter. Pour Lot, l’hospitalité est tellement importante qu'il offre même ses deux filles aux habitants de la ville, une initiative choquante pour des lecteurs d'aujourd'hui.

Dieu* détruit alors la ville par le feu et épargne seulement la famille de Lot. Sa femme, qui s'est retournée pour voir le spectacle, est transformée en colonne de sel - une manière d'expliquer des formations salines bizarres autour de la mer Morte - et Lot se trouve seul avec ses deux filles. Et ce sont elles qui abusent de leur père, elles couchent avec lui et donnent ainsi naissance aux Ammonites et aux Moabites, les voisins a l'est d'Israël*.

La lecture de Gn 19 comme une narration condamnant l'homosexualité ne correspond nullement au fil narratif. Il est difficile de s'imaginer une ville entière peuplée d'homosexuels. Ce que le texte fustige, c'est d’abord le non-respect de l'hospitalité et ensuite le viol, qu’il soit hétéro- ou homosexuel.

 

 

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