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J'ai peur de la mort

 

Laurent Gagnebin

 

Van Dieren éditeur
42 pages - 9 €

 

recension Gilles Castelnau

 

 

14 avril 2016

Laurent Gagnebin est pasteur. Il est professeur de théologie. Il a été jusque récemment directeur de l’importante revue Évangile et liberté. Mais son livre n’est en rien l’enseignement théorique, dogmatique et difficile que pourrait écrire un intellectuel de haut vol.

Il se lit facilement. Son style coule agréablement. Et loin de prendre de la distance et de la hauteur avec les questions sur la mort que l’humanité se pose depuis toujours, il reprend au contraire les anciennes angoisses sur le vieillissement, l’espoir ou la peur de l’au-delà, les fantasmes sur la réincarnation ou l’enfer.

Chacun se reconnaît dans ces pages si brèves et pourtant si pleines. En vrai chrétien, plus qu’en théologien profond et compliqué, Laurent Gagnebin partage avec nous la confiance qu’il met en Dieu, la foi en Celui en qui il se confie, Celui à qui il « remet tout ».

En voici quelques passages.

 

.

 

page 25

La peur de la mort
et j'ai peur de la mort

[...]
Aliénation religieuse

Un reproche régulièrement adressé aux croyants consiste à soutenir que leur foi en Dieu et en la vie éternelle n'est en fait qu'une manière de conjurer leur peur de la mort. On s'invente ainsi, consciemment ou non, une divinité et un « Ciel » pour n'avoir pas à affronter la réalité de notre condition mortelle et terrestre. Nietzsche fait dire à son héros, qui nous apostrophe sous la forme d'une prédication enflammée, au début d'Ainsi parlait Zarathoustra : « Je vous en conjure, mes frères, restez fidèles à la terre et ne croyez pas ceux qui vous parlent d'espoirs supraterrestres ! Ce sont des empoisonneurs, qu'ils le cachent ou non. » C'est là une des dimensions de l'aliénation religieuse : ne pas assumer notre monde et notre humanité dans leur finitude.
[...]

Dans Noces déjà, en 1938, Camus célébrait son alliance et sa volonté d'union avec la terre, s'opposant à un divorce que l'absurde voudrait exprimer ; il écrivait là : « S'il y a un péché contre la vie, ce n'est peut-être pas tant d'en désespérer que d'espérer une autre vie, et de se dérober à l'implacable. grandeur de celle-ci. » On ne saurait être plus clair pour interroger l'espérance chrétienne. Dans Le mythe de Sisyphe, il appellera « suicide philosophique » cette foi qui, selon lui, fuit notre condition terrestre en entretenant l'espoir d'une survie et d'un au-delà. « La précipitation dans le divin et l'éternel » lui paraît être ce qu'il désigne par les mots de saut, dérobade, évasion, tricherie.

« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face », écrit La Rochefoucauld. J'écris ici cette citation que j'aurais pu mettre ailleurs, parce que la mort est partout présente dans l'œuvre de Camus et parce que le soleil est le héros principal de ses livres.

Il convient de noter que pour Camus, contrairement à ce que pensent souvent les chrétiens, l'absence d'espoir ne se confond pas avec le désespoir. Tout le combat de Camus vise précisément, et cela à travers la révolte, le dépassement d'un nihilisme que le refus d'une survie pourrait, à bien des égards, comme on serait tenté de le penser, signifier. L’absence d'espoir, que manifeste la condamnation infernale de Sisyphe, « n'a rien à voir avec le désespoir », écrit Camus. Elle exprime un courage, un défi, une volonté. Et il ajoute : « Être privé d'espoir, ce n'est pas désespérer. » Cela dit, cette position de Camus n'a rien à voir avec un optimisme facile. Il y a beaucoup de force, de grandeur et, surtout, d'honnêteté dans ce choix camusien.

Devant une telle attitude, que je respecte profondément, je préfère m'interroger : je me demande en effet si une certaine croyance chrétienne à l'enfer et ses peines éternelles n'est pas infiniment plus désespérante que la position de Camus. On y désespère d'ailleurs davantage de Dieu que de l'être humain.
Rien ne m'a jamais paru plus désespéré dans la foi chrétienne. Est-ce vraiment cela la foi en Dieu et en la vie éternelle ? C'est bien là plutôt une espérance désespérée, une espérance qui n'en est pas une, une fausse espérance et l'horreur d'une survie. Les prêtres ont beaucoup utilisé la prédication de l'enfer et des peines éternelles pour terroriser et soumettre les fidèles.
Jean Delumeau a parlé de cette « pastorale de la peur » dans son livre magistral La peur en Occident paru en 1978. L'enseignement de bien des prêtres pourrait, sur ce point, se résumer ainsi : si vous nous obéissez et êtes bien sages, c'est-à-dire soumis à l'Église et à son clergé, Dieu vous le rendra et vous aurez ainsi gagné et mérité le paradis. Surtout, par conséquent, ne vous révoltez pas, disait-on aux chrétiens d'alors, plus particulièrement aux plus pauvres et aux miséreux pour lesquels grondera et arrivera bientôt, et enfin, le temps des libérations et de justes révoltes.
[...]


Contourner la mort

Je reste révolté par la mort des autres et non pas seulement par la mienne à venir. Chose étrange, même la mort de personnes que je n'aimais pas spécialement me révolte, surtout, bien sûr, quand elle les frappe encore jeunes. Je suis triste pour elles. Je le reste. Je n'arrive pas à l'admettre, à m'y faire, à parvenir à cet état de l'acceptation sereine. Je trouve plutôt dans cette sérénité une sorte de résignation. De toute façon, on n'a pas le choix. Mais je frémis toujours et encore de révolte et d'indignation devant la mort. Je disais à une chère amie très âgée : la seule manière d'accepter la mort est de ne pas l'accepter. Elle, qui savait aimer la vie et les autres, me donna entièrement raison. Elle acquiesça sans réserve.

 

 

page 40

Convictions


[...]
Sola gratia (« par la grâce seule »)


[...]
À l'occasion de tous les services funèbres que j'ai présidés depuis 1963, j'ai lu une prière (ici très légèrement modifiée) du pasteur Charles Wagner (1852-1918) recueillie dans Devant le témoin invisible (éd-posth.1933). Écrite en 1918, elle a été retrouvée, après sa mort, dans ses papiers ; je la connais par cœur et me la redis jour après jour :

Mon Dieu !

Quand je dormirai du sommeil qu'on nomme la mort, c'est en toi que j'aurai mon repos.
Tes bras me tiendront comme ceux des mères tiennent les enfants endormis.
Et tu veilleras.

Sur ceux que j'aime et que j'aurai laissés, sur ceux qui me chercheront et ne me trouveront plus, sur les champs que j'ai labourés, tu veilleras.

Ta bonne main réparera mes fautes.
Tu feras neiger des flocons tout blancs sur les empreintes de mes pas égarés ; tu mettras ta paix sur les jours évanouis, passés dans l'angoisse.

Et de ce que j'aurai été, moi, pauvre apparence, ignorée de moi-même et réelle en toi seul, tu feras ce que tu voudras.

Ta volonté est mon espérance, mon lendemain, mon au-delà, mon repos et ma sécurité.
Car elle est vaste comme les cieux et profonde comme les mers, les soleils n'en sont qu'un pâle reflet et les plus hautes pensées des hommes n'en sont qu'une lointaine image.
En toi je me confie. À toi je remets tout.

 

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