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Lukas de Priène

 


Lukas of Priene

 

William Loader

professeur émérite de Nouveau Testament
à la Murdoch University de
Perth, Australie

 

21 décembre 2014

Lukas était un soldat romain. Il venait d’arriver à son nouveau poste de la ville de Priène en Asie mineure, l’actuelle Turquie. Il y avait à peine quelques semaines, il était encore à Rome. Il avait été témoin du défilé triomphal célébrant la défaite des rebelles juifs, la prise de Jérusalem et la destruction du Temple. Il se souvenait du chandelier d’or que l’on transportait, brillant au soleil et des nombreux prisonniers.

Lukas était juif ; la tristesse et la colère qu’il éprouvait en pensant à la révolte qui avait conduit à tout ceci se mêlaient à la fierté de constater que les forces de Rome l’avaient emporté. Il se promettait de revenir contempler l’arc du général Titus qui commémorait cette victoire [monument qui existe encore aujourd'hui].
Il était conscient d’être un soldat au service du plus grand royaume du monde, le royaume de Rome, plus grand même qu’un royaume : on disait un « empire ».

Il est vrai que pour Lukas dont la langue maternelle était le grec, ce mot de basileia désignait aussi bien un royaume qu’un empire. L’empereur était magnifiquement vêtu comme un dieu et on le traitait comme un représentant des dieux sur terre, et même comme un dieu qu’il convenait d’adorer et d’acclamer.
L’empereur était un fils de Dieu dans son royaume. Et Lukas venait de franchir des centaines de kilomètres par terre et par mer et n’avait pourtant dû traverser qu’une partie seulement de l’immense empire de Rome. Sur terre on était en sécurité car Rome s’était libérée des brigands et la mer était également sûre – au moins durant la bonne saison – car Rome s’était aussi débarrassée des pirates. Il se sentait fier d’être membre de ce grand empire, le grand empire du Fils de Dieu, qui avait donné la paix sur la terre et la paix sur la mer.

L’arrivée à Priène l’avait exalté car à l’entrée de la ville se dressait une grande pierre portant une inscription intitulée « bonne nouvelle », selon les termes de la propagande romaine. [Cette inscription existe toujours]. La « bonne nouvelle » était celle du « très divin » Auguste, premier empereur romaine, qui avait apporté la paix et le salut au monde.

Ce jour-là, Lukas avait quartier libre et se promenait sur le marché, non loin de la synagogue. Voici qu’un homme juif lui adressa la parole pour l’inviter à se joindre à un groupe de rencontre juif dans une maison voisine. Lukas accepta sans bien savoir à quoi s’attendre.
Étant juif, il connaissait les prières et les lectures mais il n’avait encore jamais entendu celles que l’on disait là. Elles commençaient par l’histoire de Jean-le-Baptiste et de Jésus de Nazareth dont il avait déjà entendu parler. Il comprit qu’il se trouvait sans doute dans une assemblée de christianoi, de chrétiens comme on disait puisqu’ils se réclamaient d’un christ.

Il avait déjà entendu des récits où l’on parlait de la naissance de personnages importants, et celle-ci n’était pas très différente. Mais il se sentit mal à l’aise quand on commença à dire que le père de Jean-le-Baptiste et Marie, la mère de Jésus avaient parlé de changer de régime politique, d’élever les pauvres et d’abaisser les riches. On parlait aussi d’un messie comme était David, qui apporterait paix et libération.
Lukas savait que c’était le genre de discours qui avait nourri les extrémistes et les avait conduits à la guerre juive et finalement à la destruction de Jérusalem. Que faisait-il en cette compagnie alors que sa tâche était au contraire de maintenir le culte de l’empereur et la loyauté à l’égard de Rome ?

Il aurait pu s’éclipser discrètement, mais ces gens étaient amicaux et il ne voulait pas les offenser.
Liz, une des femmes remarqua son trouble et s’approcha de lui :
Tu as l’air gêné ?
Lukas répondit que parler comme ils le faisaient pouvait être dangereux. Ne se rendaient-ils pas compte que parler de Fils de Dieu, de royaume et d’empire, de paix sur la terre, de bonne nouvelle et de sauveur était caractéristique de la propagande romaine ? Voulaient-ils insulter Rome ?
Liz répondit :
- Non, pas du tout. Ceci est le discours des anciens prophètes. Dire « paix sur la terre » ne s’adresse pas à l’Empire mais annonce la paix dans les cœurs et la paix au ciel. Paix sur la terre ne veut pas forcément dire paix de ce monde, mais paix dans les cœurs des gens et paix au ciel. Croire en Jésus est entrer dans le grand royaume et dans l’empire de Dieu, mais c’est quelque chose de spirituel après la mort.

Mais Lukas continua à se sentir mal à l’aise et lorsque Miriam, une autre femme du groupe, s’approcha de lui. Il lui dit :
N’est-il pas vrai que votre Jésus a été exécuté comme rebelle par les Romains ?
Lorsqu’il en avait parlé avec Liz, elle lui avait répondu que la mort de Jésus avait été un malentendu car on n’avait pas compris qu’il parlait du monde spirituel et de la vie après la mort.
Mais Miriam lui dit :
- Nous n’avons pas participé au soulèvement contre Rome mais nous croyons tout de même à un changement.
Nous croyons à la bonne nouvelle pour les pauvres.
Nous croyons à l’arrêt des discriminations.
Nous croyons à la paix sur la terre, à la réconciliation entre les gens et entre les peuples.
Jésus n’était pas un révolutionnaire armé mais il est allé à Jérusalem avec le message du royaume de Dieu ici et maintenant et pas seulement dans les cœurs des hommes ou après la mort. Notre mouvement apporte de l’espérance. Les autorités ne le comprennent pas et sont souvent contre ; c’est pourquoi ils ont tué Jésus.
Un tel mouvement ne peut pas être arrêté et c’est pourquoi nous affirmons que Jésus est vivant. Son esprit nous conduit. Nous respectons ce que Rome a fait de bien, mais nous avons un idéal supérieur et nous sommes conscients que cela peut nous mettre en danger.
Le récit de la naissance de Jésus a pour but de mettre un contraste en lumière : notre bonne nouvelle n’est pas celle d’un empereur sur un trône, régnant sur un royaume. C’est celle d’un petit enfant emmailloté et couché dans une crèche. Une telle simplicité est celle de son amour et de sa simplicité et nous appelle à faire de même. C’est le chemin de la paix.

Lukas pensa que c’était effectivement bien cela que les prophètes avaient dit et que sa mère juive lui avait raconté et qu’il avait appris à la synagogue. Mais il était maintenant un soldat romain.
Lorsqu’il dit cela, Miriam lui répondit qu’il y avait des soldats qui étaient disciples de Jésus. Ils avaient compris qu’ils ne devaient plus violer, exploiter sexuellement des filles et se garder de toute cruauté.

Lukas se sentait embarrassé et incertain. Il pensa avoir besoin d’air pour réfléchir. Mais lorsqu’il se dirigea discrètement vers la porte, une vieille femme lui saisit la main et lui dit :
- Viens avec moi.
Il crut tout d’abord qu’elle lui demandait de l’aider à rentrer chez elle, mais elle le conduisit hors de la ville sur une colline.
- Tu vois, dit-elle, c’est un de mes endroits préférés. D’ici on voit le monde entier.
Puis elle leva les yeux au ciel et dit :
- Entends-tu ?
Lukas n’entendait rien.
Mais elle continua :
- Entends-tu chanter « gloire à Dieu dans les lieux très-hauts et paix sur la terre parmi les hommes de bonne volonté » ?

Non. Il n’entendait rien et pourtant il lui sembla que ces paroles traversaient tout le ciel. Il entendait une fois encore ce mot de « paix ». Et d’autres paroles familières se firent entendre pour lui dans le ciel :
- Ne craignez point ; car je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur, le nouvel empereur. Et voici à quel signe vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant emmailloté et couché dans une crèche.

Paix sur la terre, bonne nouvelle, sauveur, royaume, empire, Fils de Dieu : Lukas connaissait ces mots depuis son enfance, mais ils prenaient désormais un sens nouveau et il se trouvait avec le monde entier devant lui et un choix à opérer.

Il serait bien resté là, sur cette colline, pendant des jours et des semaines, à penser à toutes ces choses. Il savait désormais comment reconnaître la vérité et la vérité parlait à son cœur.
Mais la vieille femme lui dit :
Viens-tu ? Allons voir nous-mêmes ce qui est arrivé.

Lukas sentit que c’était le moment de se décider.
Il entendit le cri de son peuple.
Il entendit le cri des pauvres.
Il entendit le cri de son cœur.
Il entendit le cri des troupes en mouvement.

Si nous avions été présents, nous aurions vu ce qu’il fit, mais voici que nous sommes restés nous-mêmes sur la colline et que notre question est ce que nous devons faire nous-mêmes.

Qu’allons-nous faire ?

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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