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D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

 

Les trois questions de Gauguin

 

Gauguin’s Questions

 

Richard Holloway

Évêque émérite (anglican) d’Édimbourg

 

Aux 3 questions de Gauguin, Richard Holloway donne 4 réponses qu’il appelle religion dure ou soft, athéisme dur ou soft.

 

23 mars 2014

En 1896 le peintre Paul Gauguin appris que sa fille Aline était morte aux Pays-Bas d’une pneumonie et sa réponse fut ce grand tableau. Dans le coin en bas à gauche, il écrivit ces trois questions : « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? »

Ces questions ne sont pas seulement celles de Gauguin mais aussi les nôtres. Pour nous aider à y répondre on peut se dire que nous sommes nous-mêmes des orphelins, nés dans un orphelinat. Et les orphelins fantasment toujours, idéalisent leurs parents et en imaginent l’histoire.

D’ailleurs il me semble que nous sommes réellement des orphelins car nous ne nous sentons pas vraiment chez nous dans le monde. Et c’est pourquoi nous élaborons nous aussi de fantastiques récits scientifiques, une philosophie pour nous aider à vivre dans notre orphelinat. Mais seule la religion est capable de nous en faire sortir en posant les questions de Gauguin : « D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? »

Deux manières de penser ont tenté d’apporter des réponses à ces questions.

- L’une est la théologie naturelle : utilisation de l’intelligence, de la tête, de la raison pour répondre aux questions que pose l’univers.

- L’autre est la théologie révélée : nous les humains, nous avons toujours entendu des voix. Je me parle sans cesse à moi-même et il est bien naturel de se dire que les voix qu’on entend dans notre tête viennent d’ailleurs. Je pense que les premières religions viennent de là : On se parle à soi-même mais cela ne peut pas être seulement nous-même.

Je vais maintenant présenter rapidement quatre réponses qui ont été apportées à la réflexion traditionnelle selon laquelle une voix nous a bien parlé de l’extérieur de notre orphelinat et aussi la manière dont nous lui avons répondu en disant que cette voix « a été écrite ». Il est très important de remarquer que nous avons dit que ce n’est pas nous qui avons « écrit » mais un doigt venu de l’extérieur du monde, une voix venue de l’extérieur à laquelle il fallait donc obéir.

 

1. La religion dure

C'est la première réponse aux questions de Gauguin. On pourrait l’appeler « religion traditionnelle » mais je ne crois pas qu’elle le soit. Elle est plutôt « traditionaliste » ce qui est très différent.

On est « traditionnel » lorsqu’on est enraciné sans en être conscient dans une tradition que l’on pense, que l’on respire naturellement, spontanément. Une tradition qui est en nous. Il y a une sorte d’honnêteté dans le traditionalisme originel où l’on admet qu’il y a réellement eu une voix, qu’elle a parlé et dicté, qu’on l’a écrite et qu’on lui obéit.

Mais une érosion s’est produite, les acides de la modernité ont rongé la surface de ce bel objet et la réaction naturelle a été de l’abandonner. Ceux qui résistent à ce changement deviennent dès lors « traditionalistes » et se trouvent en opposition avec l’esprit de libération, d’émancipation apporté par l’esprit moderne. Ainsi les femmes, par exemple, vivent des temps pénibles dans les cultures traditionalistes.

La force du traditionalisme est son imperméabilité au changement. Il a réponse à toutes les questions et si vous aimez vivre dans un ordre mental strict, il vous donne une énorme sécurité. C’est d’ailleurs la raison de la croissance des Églises traditionalistes. Les réponses qu’elles donnent ne sont pas nuancé es comme celles de libéraux. Elles vous disent ce que vous devez croire.
Elles vous disent que Jésus est sorti vivant de son tombeau. Elles vous disent que les Dix commandements ont été ciselés par Moïse et que vous devez leur obéir. Et tout cela est évidemment très attractif.

Le danger est le dérapage dans le fanatisme et le terrorisme : si vous voyez quelqu’un qui dénonce véhémentement une idée ou une attitude, il est clair qu’il est déstabilisé par son vide intérieur et ses incertitudes. L’exemple classique est la haine de soi que manifestent certains homosexuels. La « religion dure » – bien qu’elle soit attirante sous certains aspects – est profondément inquiétante et elle peut déboucher sur la violence. Ceci est claire dans certains milieux islamiques ; c’est vrai dans certains milieux fondamentalistes du christianisme américain – dont le prédicateur intégriste Jerry Falwell dit, par exemple que toute réflexion écologique est inutile puisque Jésus va revenir prochainement.

Frank Sinatra disait approuver « tout ce qui peut sortir les gens de l’obscurité » et je pense que nous, libéraux émancipés, devons rester souriants en présence des traditionalistes dans la mesure où ils ont certainement trouvé là une manière de vivre leur situation d’orphelins et dans la mesure où ils ne deviennent pas cruels et persécuteurs.

 

2. La religion douce

La religion dure est réaliste, la religion douce est un réalisme critique : Il y a eu une voix. Elle a véritablement parlé. Mais l’homme qui l’écoutait était insuffisant. Il faut donc être très réservé à l’égard de ce que l’on dit avoir entendu et qui a été écrit. Il faut apprendre à l’interpréter. C’est le libéralisme classique qui écoute en même temps la tradition et la modernité et qui s’efforce d’être honnête à toutes les deux. La religion n’est plus dure ; elle est douce. Ce n’est pas mal.

Je me souviens, par exemple, de ce qui s’est passé dans mon Église épiscopalienne d’Écosse (anglicane) lorsqu’on débattait - de façon parfaitement libérale - de l’ordination des femmes. On se sentait lié par la conviction qu’il serait fondamentalement injuste de refuser l’ordination aux femmes. Mais quand on est libéral on ne se sent pas le droit de déclarer tout simplement qu’il serait une erreur de ne pas les ordonner. On se doit de trouver des raisons religieuses, mais il est difficile de trouver les textes bibliques !
Dieu merci on en a trouvé un en faveur de l’ordination des femmes : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » Galates 3.28.
Et on a ignoré tous les autres textes où Paul parlait aussi des femmes. Ainsi sont les libéraux : ils réussissent de cette manière à être fidèles à une institution en laquelle ils ne croient pas vraiment mais qu’ils ne veulent pas abandonner. Après tout ce n’est pas déshonorant.

 

3. L’athéisme dur

C’est l’image symétrique de la religion dure. C’est l’idée qu’il n’y a pas de monde extérieur ; seul existe l’orphelinat. Aucune voix ne se fait entendre que la nôtre. La religion n’est l’œuvre que de notre propre imagination.
Cela ne signifie pas forcément que l’on dit n’importe quoi. Au contraire, cela nous oblige à une réflexion beaucoup plus radicale car ce que nous disons reflète exactement notre nature profonde. Et les horreurs de la religion, ses cruautés sont donc des expressions de notre personnalité.
Par exemple les horreurs de l’enfer ont bien été vécues dans les camps de concentration de la dernière guerre. Avec, il est vrai une différence de taille : l’enfer que décrivaient les théologiens d’autrefois était éternel alors que le passage dans les chambres à gaz ne durait qu’un moment.

Dire que la religion est une construction humaine n’implique pas qu’on l’abandonne mais au contraire qu’on la creuse, qu’on s’y plonge au plus profond, puisqu’elle parle de nous. Elle ne parle pas que d’horreurs et de cruautés, mais aussi de pardon, de compassion, de passion pour la vérité, de verre d’eau froide à donner à celui qui a soif, de prisonniers à visiter.

 

4. L’athéisme soft

C’est celui de John Gray, Alain de Botton, Brian Appleyard.  Ce sont des athées qui s’occupent beaucoup de religion car ils pensent qu’au fil du temps elle a apporté des valeurs importantes et fondamentales. Ils disent que la religion ne représente que des histoires que l’on raconte, qui présentent certainement autant d’intérêt que les récits d’aujourd'hui.
[…]

 

.

 

Je vais toujours à l’église. Je ne suis pas sûr des raisons qui m’y poussent. Je n’y suis pas toujours à l’aise. Mais j’aime mieux ne pas être à l’aise à l’intérieur qu’à l’extérieur.

             

 Traduction Gilles Castelnau

 


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