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Amos

et le christianisme en Amérique

 


Amos and American Christianity

 

 

Marcus Borg

professeur de théologie à l'université de l'État d'Oregon, États-Unis

 

 

24 février 2014

Je me suis demandé ce qu’à mon avis tous les chrétiens devraient savoir. Et j’ai mis en tête de liste, aussi bien pour moi que pour tout le monde, et notamment pour les chrétiens américains, le livre biblique d’Amos.
La lecture de ce livre a déclenché en moi le désir d’étudier la religion, la conviction que Dieu est vrai et ma libération de l’éducation politique de droite que j’avais reçue dans ma jeunesse. Il m’a ébloui.

Il accusait avec passion et au nom de Dieu les puissants et les riches de son temps d’avoir créé un système économique qui les favorisait tout en maintenant le reste de la population dans la misère et le malheur. Avant de le lire je n’avais pas la moindre idée que de telles idées puissent se trouver dans la Bible. Je croyais pourtant bien la connaître mais on ne m’avait jamais fait lire ni Amos ni aucun des autres prophètes ! On ne m’en avait cité que certains versets dont on disait qu’ils annonçaient, plusieurs siècles à l’avance, la venue de Jésus. Mais je n’avais jamais pris conscience du fait qu’ils avaient bel et bien parlé à leurs contemporains.

Il faut lire complètement le livre d’Amos. Il n’écrivait pas directement, il parlait au peuple dans le style poétique d’une culture orale. Il s’exprimait au temps de la monarchie de l’ancien Israël ; il a été condamné au nom de Dieu par les riches et les puissants qui ne supportaient pas ses oracles qui menaçaent, non de l’enfer dans l’au-delà, mais de la perte de leurs privilèges et de l’exil.
Il peignait de façon vivante la vie paisible des riches et des puissants et leur indifférence à la peine des défavorisés :

Ils reposent sur des lits d'ivoire,
Ils sont mollement étendus sur leurs couches ;
Ils mangent les agneaux du troupeau,
Les veaux mis à l'engrais.
Ils extravaguent au son du luth,
Ils se croient habiles comme David sur les instruments de musique.
Ils boivent le vin dans de larges coupes,
Ils s'oignent avec la meilleure huile,
Et ils ne s'attristent pas sur la ruine de Joseph ! (6.4-6).

Parce qu'ils ont vendu le juste pour de l'argent,
Et le pauvre pour une paire de sandales.
Ils aspirent à voir la poussière de la terre sur la tête des misérables,
Et ils violent le droit des malheureux. (2.6-7).

Aussi, parce que vous avez foulé le misérable,
Et que vous avez pris de lui du blé en présent,
Vous avez bâti des maisons en pierres de taille,
Mais vous ne les habiterez pas ;
Vous avez planté d'excellentes vignes,
Mais vous n'en boirez pas le vin.
Car, je le sais, vos crimes sont nombreux,
Vos péchés se sont multipliés ;
Vous opprimez le juste, vous recevez des présents,
Et vous violez à la porte le droit des pauvres. (5.11-12)

Le « je » désigne Dieu car le prophète parle en son nom.

Je hais, je méprise vos fêtes,
Je ne puis sentir vos assemblées.
Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes,
Je n'y prends aucun plaisir ;
Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces,
Je ne les regarde pas.
Eloigne de moi le bruit de tes cantiques ;
Je n'écoute pas le son de tes luths.
Mais que la droiture soit comme un courant d'eau,
Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. (5.21-24).

Amos souligne ce que Dieu veut : la justice.

Il s’oppose également à l’idée que le peuple aurait été spécialement choisi et béni par Dieu :

N'êtes-vous pas pour moi comme les enfants des Ethiopiens,
Enfants d'Israël ? dit l'Eternel.
N'ai-je pas fait sortir Israël du pays d'Egypte,
Comme les Philistins de Caphtor et les Syriens de Kir ? (9.7).

Une telle voix se retrouve ailleurs dans la Bible ; dans le récit de l’Exode de la libération de l’esclavage du pharaon d’Égypte, dans les lois de l’Ancien Testament concernant la terre et les dettes, dans l’enseignement de Jésus du Royaume de Dieu sur terre, dans l’affirmation de Paul de la seigneurie de Jésus opposée à celle de César.

Pour les chrétiens, Amos et toutes ces autres voix font partie de nos Écritures saintes. Et si nous – particulièrement nous les chrétiens américains - devions les prendre au sérieux, dans quelle mesure affecteraient-elles la compréhension de notre christianisme ? Elles le mettent profondément en question ainsi que notre politique américaine, particulièrement notre idéologie d’individualisme.

Notre individualisme est basé sur les plans politique et économique, sur la conviction que notre niveau de bien-être est fonction de notre implication et de notre courage dans le travail. Mais ceci est-il vrai ou n’est-ce pas plutôt le résultat d’une organisation sociale au service des puissants et des riches ? La misère des humbles est-elle réellement due à leur manque d’implication dans le monde du travail ou est-elle provoquée par le système lui-même ?

La notion d’ « exception » américaine est, elle aussi mise en question alors que les sondages révèlent qu’elle est soutenue par une majorité d’Américains : c’est l’idée que nous ne sommes pas seulement bénis par Dieu mais aussi qu’il nous a choisis et qu’il nous favorise. L’ « exceptionnalisme » signifie aussi que nous sommes la meilleure nation du monde et que nous ne devrions pas utiliser notre puissance pour une cause qui ne serait pas légitime. Alors que justement Amos disait :

N'êtes-vous pas pour moi comme les enfants des Ethiopiens ?

Cela signifie qu’en tant que nation nous ne sommes pas choisis, ni ne sommes pas exceptionnels. Comme toutes les nations, toutes les sociétés, notre futur dépend de notre présent et de la manière dont nous gérons notre vie commune ici et maintenant.

 

.

 


Les puissants et les riches du temps d’Amos se sont retournés contre lui en raison du reproche qu’il leur faisait d’organiser la société à leur seul avantage :


Alors Amatsia, prêtre de Béthel, fit dire à Jéroboam, roi d'Israël :
Amos conspire contre toi au milieu de la maison d'Israël ;
le pays ne peut supporter ses paroles.
Car voici ce que dit Amos :
Jéroboam mourra par l'épée, et Israël sera emmené captif loin de son pays.
Et Amatsia dit à Amos :
Homme à visions, va-t’en, fuis dans le pays de Juda ;
mange là-bas ton pain, et prophétiselà-bas.
Mais ne continue pas à prophétiser à Béthel,
car c'est un sanctuaire du roi,
et c'est une maison royale.
Amos répondit à Amatsia :
Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ;
mais je suis berger, et je cultive des sycomores.
L'Eternel m'a pris derrière le troupeau,
et l'Eternel m'a dit :
Va, prophétise à mon peuple d'Israël.
Ecoute maintenant la parole de l'Eternel, toi qui dis :
Ne prophétise pas contre Israël,
et ne parle pas contre la maison d'Isaac.
A cause de cela, voici ce que dit l'Eternel :
Ta femme se prostituera dans la ville,
tes fils et tes filles tomberont par l'épée,
ton champ sera partagé au cordeau ;
tu mourras sur une terre impure,
et Israël sera emmené captif loin de son pays. Amos 7.10-17

Ce récit est un des plus violents affrontements de la Bible entre les élites dominantes de l’ancien monde et la « Parole de Dieu ». Une telle force n’est atteinte que par la rencontre de Moïse et du Pharaon, d’Élie, Esaïe et Jérémie avec les rois de leur temps et naturellement Jésus et les autorités de son époque. [...] Il faut imaginer le courage dont Amos a dû faire preuve dans sa rencontre avec le prêtre Amatsia. Et sa passion pour Dieu ainsi que la passion de Dieu pour une autre sorte de monde, sa compassion.

La parole n’est pas sans importance. Elle peut changer le monde. Pensons à Martin Luther King : sa résistance non-violente a réussi à rendre aux Noirs leurs droits civils. S’il s’était contenté d’écrire des livres nous ne connaîtrions sans doute même plus son nom.
Il faut absolument maintenir leur force aux paroles des prophètes dans leur esprit de compassion.
Mère Teresa est l’exemple classique d’une vie vouée à la compassion de ceux que la Bible appelle « ces plus petits de mes frères », mais elle n’était pas un prophète.
Nous avons besoin de Mère Teresa et nous avons aussi besoin des prophètes qui mettent en question les structures sociales qui participent à la souffrance du monde.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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