Qu’est-ce
qu’être chrétien ?
What is a Christian?
Marcus Borg
professeur de théologie à
l'université de l'État d'Oregon, États-Unis
26 novembre 2013
Qu’est-ce
qui fait qu’on est ou non chrétien ?
Est-ce croire certaines doctrines ?
[…]
Au début, il ne s’agissait pas
de « croire » en certains dogmes.
C’était plutôt d’adhérer, comme on dit en
anglais à un « bien-aimé ». Croire
en Dieu et en Jésus était de les avoir comme
« bien-aimés », c’est-à-dire de
s’impliquer avec eux dans une relation
attentionnée et fidèle. L’attention et la
fidélité étaient, certainement, la
signification la plus ancienne de la foi et de
la croyance.
Même le symbole des Apôtres et celui de Nicée
reflètent cette compréhension. Ils commencent
tous deux par le mot latin « credo »
(je crois). Mais « credo » signifie
précisément « je donne mon cœur à ».
Il est vrai que ces deux symboles donnent
ensuite une liste de vérités à admettre. Mais
dire le credo ne veut pas dire :
« je crois que les affirmations
doctrinales suivantes sont littéralement
vraies » mais plutôt :
« Je donne mon cœur à Dieu ». Qui
est-il ? Il est le créateur du ciel et de
la terre, de tout ce qui existe.
« Je donne mon cœur à Jésus ». Qui
est-il ? Celui dont on dit ce qui suit.
D'ailleurs, croire « ce
qui est juste et vrai » ne conduit en
rien à une vie renouvelée. On peut même être
fermement attaché à des doctrine plus ou moins
justes et demeurer craintif, égocentrique,
agressif, péremptoire, mesquin, grossier et
violent. L’histoire du christianisme et celle
des autres religions sont pleines de tels
exemples. Le christianisme ne consiste pas
croire des choses, ce qui n’a guère de pouvoir
de transformation, mais à changer son cœur.
C’est une transformation au plus profond de
nous-même qui réoriente notre vision (comment
nous voyons le monde), notre engagement (notre
loyauté, notre fidélité) et nos valeurs
(comment nous vivons).
Être chrétien c’est avant
tout :
-
Un élan, un attachement à
Dieu. Augustin a dit, il y a
1600 ans que no cœurs ne seront jamais
vraiment en repos tant qu’ils n’auront pas
trouvé refuge en Dieu. Élan et attachement
sont très semblables, bien que le premier
puisse signifier qu’on cherche Dieu sans
l’avoir encore trouvé.
-
Un attachement à
Jésus. Jésus est, pour les chrétiens,
la révélation, la manifestation, le
dévoilement décisive de Dieu, incarnés dans la
vie humaine. Être chrétien est tout centrer
sur Jésus.
Les juifs trouvent la révélation décisive de
Dieu dans la Torah, les musulmans dans le
Coran. Les chrétiens la trouvent en Jésus qui
était un homme et non un livre. Bien sûr, la
Bible est aussi révélation pour les chrétiens,
mais Jésus est plus important que la Bible.
Cela n’exclut pas que d’autres puissent
connaître Dieu différemment.
-
Un attachement à une
attitude de compassion. La compassion
est le cœur d’une vie centrée sur Dieu tel que
Jésus la révèle. Lorsque Jésus résume en
quelques mots la théologie, l’éthique, le
style voulu par Dieu et la manière dont nous
devrions vivre, il dit : « Soyez
pleins de compassion comme Dieu est plein de
compassion » (Luc 6.36).
La compassion et l’amour ont en général la
même signification dans la Bible mais la
compassion a plus de sens métaphoriques. En
hébreu elle est corrélée au mot « utérus,
ventre ». Dieu est comme une mère :
il nous a donné la vie, il nous nourrit et
nous chérit comme une mère chérit les enfants
qu’elle a mis au monde : il veut notre
bien-être et sa colère est redoutable lorsque
notre existence (et celle de toute la
création) est menacée. Nous devons avoir de la
compassion comme Dieu a de la compassion.
La compassion n’est pas tant un sentiment
qu’une attitude. Le commandement n’est pas
d’éprouver de la compassion mais d’agir avec
compassion.
-
Un attachement à
l’idée d’amélioration du monde. La
compassion – l’amour – a dans la
Bible une connotation sociale. Elle est
participation à l’attachement de Dieu à la
justice et à la paix du monde. Dieu a
« un rêve » pour le monde que les
humains construisent, dans les sociétés, les
nations, les cultures. La
« justice » n’est pas la punition
des coupables mais la juste redistribution de
la production de la terre de Dieu, [car
« la terre appartient à Dieu »
dit le Psaume 24). La justice est une
affaire d’économie : tout le monde
devrait avoir ce dont il a besoin, non pas par
charité mais à cause de la fraternité mise en
place par la justice d’un système sociale.
De même, la paix n’est pas la fin de la
violence et de la guerre.
Être
chrétien est être ainsi attaché à ces
valeurs. Ce ne sont pas des doctrines
ou des croyances mais des convictions et des
engagements. Être chrétien est une question de
cœur, de convictions et d’engagements. Et
voilà
Traduction
Gilles Castelnau