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Théologie du Process

 

Théologie du Process

 


Y a-t-il un rapport
entre le Tao

et la théologie du Process ?

 

 

Le tao et la créativité

Tao and Creativity

 

John B. Cobb

 

1er novembre 2013

Comme le bouddhisme, le taoïsme ressemble au Process. Mais tandis que le bouddhisme récuse consciemment la conception substantialiste le Tao se situe au niveau du monde sensible. Le Process est sans doute une pensée tout à fait orientale.

Whitehead (le fondateur du Process, note de GC) a explicitement dit que sa pensée était plus proche de la tradition chinoise que de l’Occident. Mais en disant cela il ne distinguait pas le taoïsme du confucianisme. Les Chinois considèrent que le confucianisme s’occupe des êtres humains dans le cadre de la société, alors que le taoïsme considère la vie humaine dans la mesure où elle fait partie de la nature. Le taoïsme intéresse donc particulièrement ceux d’entre nous – et notamment les disciples de Whitehead - qui sont conscients des ravages causés par l’anthropomorphisme dominant la nature.

Concrètement, la ressemblance de la conception de la « créativité » de Whitehead avec le Tao est frappante. Whitehead dit que dans toute spiritualité se trouve un élément moteur fondamental qui n’apparaît que lorsqu’il provoque le surgissement d’une réalité concrète. Il n’existe pas en soi mais il donne l’existence à tout ce qui est. Il n’a pas de forme et on ne peut pas le décrire ; on ne peut rien en dire. En occident on le nomme en général « l’Être » ou « l’Être en soi » mais Whitehead pense que mot a une connotation trop statique et il préfère dire « Créativité » fondamentale ou ultime et pense que cette notion est proche de celle du Tao chinois.

Meijun Fan (co-directeur du Comité d’Études chinoises du Centre d’études du Process) et Hank Keaton sont des spécialistes du Tao, attelés à une nouvelle traduction du Tao-Te-King et m’ont aidé à écrire ce qui suit.
Le Tao-Te-King est un recueil de pensées chinoises anciennes qui couvre plusieurs siècles mais surtout des années 500 avant notre ère et globalement attribué à la figure légendaire de Lao Tseu. Ses relations avec le Process dont l’étude promet d’être très féconde, franchissent deux millénaires et deux cultures différentes, tout en utilisant des thèmes qui semblent parallèles, dont notamment la notion de « Créativité » qui correspond au caractère chinois « Tao ». Celui-ci peut être traduit par « création sans fin » et correspond bien à l’idée de Whitehead de « créativité fondamentale ».

L’ancienne pensée chinoise fonctionne traditionnellement par le rapprochement de deux données en apparence opposées, comme la « possibilité » Wù (無) et la « réalité » Yôu (有). Ces catégories sont considérées comme distinctes mais corrélées dans la pensée occidentale et Whitehead pense qu’on ne peut les comprendre que conjointement et non séparément. Il rejoint ainsi la pensée chinoise ancienne et ouvre d’importantes pistes de réflexion. La philosophie de Whitehead pense, dans les catégories occidentales, la tension dialectique entre deux termes semblant opposés (possibilité – réalité) unis dans le flux du devenir. C’est ce que s’efforce de faire le Process et c’est ce que l’on trouve dans la pensée traditionnelle chinoise, par exemple dans le Wú-Wei / Yǒu-Wei (無爲 / 有爲), (ne pas agir – agir vraiment)

 

1

Le Tao comme création sans fin, comme devenir. Le Tao-Te-King et le Tchouang-tseu indiquent bien que le Tao ne peut être nommé. Toute appellation ne pourrait être que réductrice pour le Tao qui est infini et plénitude. Au chapitre 1 du Tao-Te-King, Lao Tseu dit : « Le Tao que l’on définit n’est plus le Tao Éternel. Les noms que l’on peut nommer ne sont pas le Nom Éternel ».

Et dans son chapitre 2, Tchouang-tseu dit : « le Tao est au-delà de toute description... lorsqu’on le définit, ce n’est plus le Tao ». Il est donc très difficile de décrire le Tao. Il n’a ni nom ni forme et ne peut être défini mais il n’est pas absolument rien. Il est réel.

Au chapitre 21 du Tao-Te-King : « Le Tao est flou et indéterminé mais il est des images qui sont floues et indéterminées et des réalités qui sont également floues et indéterminées. Il y a l’esprit dans ce qui est éloigné et sombre, l’esprit dans ce qui est réalité et cela peut être prouvé. »
Lao Tseu dit encore que « le Tao précède le ciel et la terre, il est à l’origine du ciel et de la terre. »

Au chapitre 4 il dit : « Je ne sais pas d’où provient le Tao, il semble être apparu avant même l’existence de Dieu. »

Au chapitre 25 : « Une réalité intégrée au monde y a surgi bien avant le ciel et la terre. Silencieuse et vide, elle ne repose sur rien mais participe à tout et toujours. On peut dire qu’elle est la mère de toutes choses. J’ignore son nom et je dis seulement "le Tao". Je dis aussi "le Grand". Il progresse sans cesse, il dépasse toute limite puis il revient à son origine. »
Hank Keeton propose – et je suis d’accord avec lui – de traduire « Tao » par « Création éternelle ».

 

 

2

Le Tao comme Wu / You, possibilité / réalité.
Le Tao maintient la tension entre le Wu - néant et le You - être. Lao Tseu attachait la plus grande importance au Wu / néant que l’on ignore le plus souvent. Au chapitre 1 du Tao Te King, il dit que le Wu est l’état initial du ciel et de la terre et que l’on peut prendre conscience de sa profondeur, de sa subtilité et de son sublime en pensant au Wu – néant.
La Tao est aussi le You / être. Le You est la mère de dix mille opportunités. Lao Tseu pensait que le Wu et le You avaient des noms différents mais provenaient de la même source. Le Tao est l’union du Wu et du You ; l’un ne peut être véritablement compris sans l’autre. Sans le You, le Wu sera le néant absolu. Sans le Wu, le You (être) ne pourra pas fonctionner.
La roue d’une charrette est composée de trente rayons reliés à un moyeu. C’est l’espace entre eux (le vide) qui permet à la roue de tourner. Une maison a des ouvertures, des portes et des fenêtres : c’est ce vide qui permet à la maison d’être habitée. « L’être (la substance) donne l’existence à l’objet mais c’est le vide (l’espace) qui lui permet de fonctionner » (Zhenkun)

Lao Tseu dit au chapitre 40 que dix mille opportunités ont été rendues possibles par le You - l’être et le You est né du Wu (le rien, le néant).
C’est le You / l’être qui fait que le Wu / rien n’est pas un néant absolu. Le Tao est sans nom et sans forme ce qui le rend capable de prendre tous les noms, toutes les formes, toutes les possibilités. C’est pourquoi je suis d’accord avec Hank de traduire le Wu / rien par « possibilité ». Le You / être est l’actualisation des possibilités offertes par le Wu / rien et nous le traduisons donc par « actualité ».

Le Tao, création éternelle, est toujours dans un processus en devenir : le Wu devient You et le You devient Wu, la possibilité devient actualité et l’actualité devient possibilité. L’un devient pluralité et la pluralité devient unité.
Il faut remarquer que Lao Tseu attache une grande importance au Wu / rien, néant. Ce n’est pas habituel car les gens trouvent leur sécurité dans l’assurance et craignent l’incertitude. Mais, dit Lao Tseu, il faut prendre conscience qu’il y a dans l’univers énormément d’inconnu et qu’il faut l’admettre avec modestie. De plus il faut s’ouvrir au Wu / « rien » dans la mesure où il n’est pas vraiment « rien » ; il indique un devenir, l’émergence de quelque chose. Il représente une possibilité, une nouveauté.

 

 

3

Le Tao comme mère de toutes les potentialités actualisées. Selon le Tao Te King, le but principal du Tao est de créer, de donner naissance, d’actualiser toutes les potentialités dont il est donc la mère.

Au chapitre 42 du Tao Te King, Lao Tseu dit : « le Tao engendre l’un, l’un contient le deux et le deux engendre le trois. Le trois actualise toutes les potentialités et celles-ci sont faites de Yin et de Yang. Le Yin et le Yang agissent l’un sur l’autre et c’est ainsi que les choses se développent, changent et demeurent en tension l’une avec l’autre. » C’est pourquoi il parle de « dix mille opportunités ».
Il est clair que les humains ne sont pas des choses. Ils ont plus de valeur que les choses. Pourtant au chapitre 5 du Tao Te King, il est dit que les humains et les choses sont aussi équivalents entre eux que le sont les chiens de paille ( 1 ). Ceci recoupe la manière dont Whitehead parle pareillement de l’actualisation des potentialités des humains ou des choses. Et Lao Tseu dit aux chapitres 10 et 51 que le Tao est, sans discrimination la mère des dix mille opportunités : « le Tao fait naître toutes choses mais ne revendique aucune autorité crée les myriades mais ne dit pas qu’elles lui appartiennent. »

La Tao fait naître dix mille opportunités mais il n’interfère pas dans leur développement et leur vie ; il les laisse vivre par elles-mêmes. Il ne manifeste aucun esprit de domination, d’autorité, d’auto affirmation. Il ne fait que créer sans fin. C’est tout ce que l’on peut dire du Tao.

Contrairement à ce que l’on dit de Dieu, le Tao n’a pas de volonté, de dessein, de but pour l’univers. Le Tao correspond à ce que Whitehead appelle la « Créativité ».

 

___________________________


( 1 ) Des chiens de paille ou des tigres de papier étaient placé devant l'autel des sacrifices pour symboliser les mauvaises influences, puis ils étaient jetés comme des êtres sans valeur dans le caniveau. (Note de G.C.)

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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