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Évangile et liberté

Trois parcours pour un christianisme crédible

 

André Gounelle
Laurent Gagnebin
Bernard Reymond

 

30 septembre 2013

« Évangile et liberté », la revue du protestantisme libéral francophone nous présente trois de ses amis, théologiens protestants, jeunes retraités, penseurs à la spiritualité ouverte. Ils nous disent chacun, tout simplement, son itinétaire religieux, ses recherches, ses enthousiasmes et ses refus.

Ils citent les auteurs et les ouvrages qui ont été pour eux les poteaux indicateurs et les fondements de leur réflexion et les lecteurs intéressés pourront en faire leur profit.

Mais ils ne demandent pas à ce qu’on adhère à toutes leurs prises de positions ; c’est au contraire leur liberté de pensée et le sérieux de leurs réflexions qui peuvent être considérés comme exemplaires et c’est dans les différences que l’on discernera entre eux que chacun pourra trouver a place qui est la sienne.

Voici quelques passages du chapitre consacré à chacun d’eux.

 

 

André Gounelle

professeur à la faculté de théologie protestante de Montpellier

page 20

Mon enfance marocaine m'a rendu problématique l'affirmation que Dieu se manifeste seulement en Jésus et qu'il n'y a de révélation que biblique.
[...]
Ce que disent les musulmans (qui voient en Jésus un grand prophète et nous reprochent de le diviniser) incite à se demander si un légitime christocentrisme n'a pas dévié en une « jésulâtrie » abusive. Comment reconnaître aux autres religions une valeur propre sans diminuer l'importance décisive de Jésus pour une foi évangélique ?
[...]
L’islam a aussi influencé ma spiritualité. Quand j’entre dans la mosquée de Cordoue, la partie musulmane me touche ; je m'y sens invité à la prière et à la méditation ; j'y perçois une religion de l'intériorité et du recueillement qui me parle. Au contraire, la partie chrétienne au lourd baroque andalou me rebute ; j'y vois une piété de l'exhibition qui se complaît dans des représentations morbides. Je me sens religieusement (« religion » désignant le type de relation qu'on a avec Dieu) proche de l'islam tel qu'il se présente là. Par contre, ma confession de foi (à savoir qu'en Jésus, Dieu agit, se révèle plus décisivement que n'importe où ailleurs) m'en éloigne et me rapproche du catholicisme, alors que je suis assez étranger à certains de ses aspects. Je constate une parenté religieuse d'un côté et une proximité confessionnelle de l'autre.

Je ne m'en chagrine nullement. Je ne souhaite pas qu'on abolisse les différences. Elles interpellent et font réfléchir. Dans le domaine de l'œcuménisme, dans celui de l'interreligieux et de la société, je suis résolument pluraliste. À une unité faite d'accords ou de consensus, je préfère des échanges vifs et amicaux, respectueux et critiques, attentifs et exigeants ; avancer de concert n'oblige pas de se rejoindre sur des positions communes.

 

page 28

Chercher une intelligibilité de la foi, selon l'expression d'Anselme de Cantorbéry, comme le font les tentatives, plus fréquentes en catholicisme qu'en protestantisme, d'une philosophie chrétienne, me paraît indispensable. Si j'exclus une foi rationnelle, ou une raison qui produirait la foi, je n'approuve pas une religion qui, au nom du surnaturel, se dispenserait de se penser aussi rationnellement que possible et qui revendiquerait une sorte d'absurdité principielle en posant une dichotomie entre son ordre et celui du monde. J'approuve Tillich quand il conteste ces mots de Pascal : « Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et non Dieu des philosophes et des savants. »

 

page 30

Depuis ma fréquentation estudiantine de Spinoza, sommeillait en moi le désir, confus mais persistant, d'une autre conceptualité pour penser Dieu. Tillich a réveillé cette aspiration et m'a ouvert un chemin pour l'élaborer. Il n'évacue pas la personnalité divine (à la différence de Spinoza) ; il y voit une dimension de son être (Dieu n'est pas personnel, mais il inclut et dépasse le personnel) et un symbole (nous avons une relation avec lui de type personnel, même s'il est suprapersonnel). Dans des pages qui m'ont passionné, Tillich parle de Dieu en termes d'être-même, de fondement et de puissance de l'être, de tension entre être et non-être. Ses analyses ont éclairé et accompagné ma recherche, sans toutefois l'enfermer (aucun tillichien ne répète exactement et docilement les thèses de Tillich).

 

page 34

Pour Schweitzer, l'évangile est « la prédication du Royaume qui est proche » et non « le drame rédempteur de notre dogmatique ». En accordant plus d'importance au passé et au souvenir qu'à une attente et une espérance actives, le christianisme a inversé ou renversé le message néotestamentaire.

 

page 36

Pour nous, aujourd'hui, sa prédication n'a-t-elle pas plus d'importance que sa personne ? Peut-on la faire entendre indépendamment de son lien avec sa personne ? En principe, on ne les dissocie pas, mais comment les articuler ? Classiquement, on considère que c'est la personne de Jésus qui donne autorité à son message. Schweitzer incite à se demander si, à l'inverse, ce n'est pas la valeur de son message qui donne du poids à sa personne.

 

 

 

Laurent Gagnebin

professeur à la faculté de théologie protestante de Paris

 

page 40

J'ai d'emblée aimé chez Berdiaef son affirmation d'un salut universel, de la vocation créatrice de l'homme, - tant sur le plan culturel, religieux, que social –, sa foi en l'homme et son idée de la divino-humanité (celle de Jésus et la nôtre), sa critique du caractère autoritaire des Églises, son refus du dogmatisme, son dialogue avec l'athéisme et le marxisme (que mon père, très à droite en politique, exécrait), son existentialisme et son personnalisme. [...]

J'ai d'innombrables fois cité cette page du pasteur Roland de Pury, qui exprime la vérité profonde de mon dialogue avec l’athéisme :
« Quand on se rappelle l’extraordinaire violence des cris de Job et son réquisitoire brandissant impitoyablement tous les arguments de l'athéisme, face aux paroles si souvent édifiantes, si profondément religieuses, si propres à justifier Dieu, de ses amis, on ne peut s'empêcher alors de penser que Dieu est plus souvent du côté de ceux qui l’attaquent que du côté de ceux qui le défendent, et qu'il est certainement des athées plus proches de la vérité chrétienne que bon nombre d'apologètes chrétiens. Qu’il est des révoltés que Dieu préfère aux gens soumis de ses Églises, et des malheureux criant dans leur angoisse et dans leur nudité qui témoignent de Lui plus valablement que les avocats trop sûrs de leur affaire. »

 

page 44

Citation de Berdiaef : « Pour le chrétien, le communisme devrait avoir une signification toute particulière : il est le témoignage du devoir non rempli, de la tâche irréalisée du christianisme. »

 

page 47

Après le bonheur connu avec la découverte et la lecture de Berdiaef, j'ai éprouvé un bonheur du même type en découvrant et lisant Rudolf Bultmann. Ce fut, là aussi, un éblouissement et non pas un ébranlement.

 

page 49

Il en va de même pour la nature divine. Quand je dis, avec la Bible, que « Dieu est amour », je dis bel et bien qu'il est ce qu'il est dans une relation et non pas en lui- même. Il faut résister à une manière d'exprimer notre foi comme si elle appartenait à l'ordre de l'objectivable, comme si ce qui est cru faisait partie des différentes données objectivables de ce monde. On ne peut pas dire « Jésus est le Sauveur », comme on dit que « la terre est ronde ». Or que Jésus soit le Sauveur n'est pas vrai en soi, n'est pas une réalité abstraite ou en l'air, mais est vrai pour moi, au cœur de la foi. Il faut que cette affirmation joue un rôle profond dans mon existence. C'est une réalité existentielle.

La foi, le croire, n'est pas un catalogue de croyances intellectuelles et doctrinales, un savoir dogmatisant. « N'est pas seulement athée un savoir qui nie Dieu, mais, beaucoup plus profondément, tout savoir qui s'affirme savoir sur Dieu », écrit André Malet. Ainsi ce n'est pas tant parce que Jésus est le sauveur qu'il me sauve, mais c'est bien parce qu'il me sauve qu'il est le Sauveur. Un homme en train de se noyer est sauvé par un autre. Dira- t-il « c'est parce qu'il était mon sauveteur qu'il m’a sauvé ? » ou « c'est parce qu'il m'a sauvé qu'il est mon sauveteur » ? On pourrait même, de manière heureusement provocatrice, déclarer que ce n'est pas parce que Jésus est ressuscité qu'il me ressuscite, mais que c'est bien parce qu'il me ressuscite qu'il est pour moi le ressuscité.

 

page 55

Le christianisme social et le protestantisme libéral s'appellent l'un l'autre dans la mesure où ils soulignent l'importance d'un christianisme pratique par rapport à un christianisme avant tout dogmatique et doctrinaire. « Si tu veux croire en Jésus, dit Albert Schweitzer dans une prédication, commence par faire quelque chose en son nom. »

 

 

 

Bernard Reymond

professeur à la faculté de théologie protestante de Lausanne

 

 

page 64

Il n'y a pas à proprement parler de doctrine libérale, mais une attitude, une option ou une exigence libérales qui, sous l'angle des croyances, se traduisent par une très grande liberté envers les formules doctrinales héritées du passé. Ainsi les Églises protestantes cantonales de Suisse ont-elles abandonné les unes après les autres, au cours du XIXe siècle, par effet de libéralisme ecclésiologique, toute confession de foi à caractère obligatoire ou normatif ; sans être évidemment contraints à le passer sous silence, pasteurs et théologiens ont par exemple depuis lors la liberté de ne plus se référer au symbole dit « des Apôtres » ni de le lire au cours d'un culte. L'argument massue, à l'époque, a été de reprocher à ces confessions et autres symboles de faire écran entre les Écritures et leurs lecteurs, voire de plaquer sur ces Écritures des doctrines qui ne s'y trouvent pas, sinon par extrapolation spéculative, comme celle de la Trinité ou celle des deux natures.

 

page 69

La Bible, pour moi, ne va pas de soi parce que je ne suis ni toujours ni nécessairement d’accord avec ce que j’y lis. Pourquoi devrais-je par exemple consentir sans discuter à toutes les paroles de Jésus - ou à toutes celles que les évangiles lui attribuent par le biais d'une reconstitution narrative ? Elles ne sont pas vraies parce que lui les a dites, mais lui les a dites ou on les lui a prêtées parce qu'elles portent le sceau de la vérité. Je tiens donc pour important que celles de ses paroles avec lesquelles je ne suis pas d'accord d'entrée de jeu m'obligent à réfléchir, m'imposent des retours sur moi-même et des révisions de vie, assignent des limites à mon imaginaire spirituel tout en lui proposant des paraboles, des images et des symboles qui élargissent son horizon et approfondissent mon sens de Dieu. [...]

On a dit que la méthode historico-critique était la démarche protestante et libérale par excellence. Les théologiens libéraux s'en sont effectivement fait les champions et c'est encore le cas. La mise en œuvre de cette méthode fait droit à un souci de véracité : on ne sauve ni les textes bibliques comme tels ni les vérités qu'ils expriment en les mettant à l'abri de tout regard critique et investigateur. De plus, théologiens et prédicateurs doivent savoir rester vrais, par exemple en ne laissant pas supposer qu'ils tiennent pour « historiques », au sens le plus banal du terme, des récits bibliques dont la critique montre qu'ils sont selon toute vraisemblance le résultat d'extrapolations narratives.

 

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