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Spiritualité

 


Le retour de l’enfant prodigue

 

André Gide

1907

 

 

17 juin 2013

Le protestant André Gide, baigné de culture biblique, romance le retour de l’Enfant Prodigue (Luc 15). Après le début, il imagine le dialogue avec le père, le frère aîné et la mère. Nous publions l’essentiel du dialogue avec le frère cadet.

.

J'ai peint ici, pour ma secrète joie, comme on faisait dans les anciens triptyques, la parabole que Notre Seigneur Jésus-Christ nous conta. Laissant éparse et confondue la double inspiration qui m'anime je ne cherche à prouver la victoire sur moi d'aucun dieu - ni la mienne. Peut-être cependant, si le lecteur exige de moi quelque piété, ne la chercherait il pas en vain dans ma peinture, où, comme un donateur dans le coin du tableau, je me suis mis à genoux, faisant pendant au fils prodigue, à la fois comme lui souriant et le visage trempé de larmes.

 

L’enfant prodigue

Lorsqu'après une longue absence, fatigué de sa fantaisie et comme désépris de lui-même, l'enfant prodigue, du fond de ce dénuement qu'il cherchait, songe au visage de son père, à cette chambre point étroite où sa mère au-dessus de son lit se penchait, à ce jardin abreuvé d'eau courante, mais clos et d'où toujours il désirait s'évader, à l'économe frère aîné qu'il n'a jamais aimé, mais qui détient encore dans l'attente cette part de ses biens que, prodigue, il n'a pu dilapider - l'enfant s'avoue qu'il n'a pas trouvé le bonheur, ni même su prolonger bien longtemps cette ivresse qu'à défaut de bonheur il cherchait. - Ah ! pense-t-il, si mon père, d'abord irrité contre moi, m'a cru mort, peut-être, malgré mon péché, se réjouirait-il de me revoir ; ah ! revenant à lui bien humblement, le front bas et couvert de cendre, si, m'inclinant devant lui, lui disant : « Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi », que ferai-je si, de sa main me relevant, il me dit : « Entre dans la maison, mon fils » ? .. Et l'enfant déjà pieusement s'achemine.

Lorsqu'au défaut de la colline il aperçoit enfin les toits fumants de la maison, c'est le soir ; mais il attend les ombres de la nuit pour voiler un peu sa misère. Il entend au loin la voix de son père ; ses genoux fléchissent; il tombe et couvre de ses mains son visage, car il a honte de sa honte, sachant qu'il est le fils légitime pourtant. Il a faim ; il n'a plus, dans un pli de son manteau crevé, qu'une poignée de ces glands doux dont il faisait, pareil aux pourceaux qu'il gardait, sa nourriture. Il voit les apprêts du souper. Il distingue s'avancer sur le perron sa mère... il n'y tient plus, descend en courant la colline, s'avance dans la cour, aboyé par son chien qui ne le reconnaît pas. Il veut parler aux serviteurs, mais ceux-ci méfiants s'écartent, vont prévenir le maître ; le voici.

Sans doute il attendait le fils prodigue, car il le reconnaît aussitôt. Ses bras s'ouvrent ; l'enfant alors devant lui s'agenouille et, cachant son front d’un bras, crie à lui, levant vers le pardon sa main droite :

- Mon père ! mon père, j'ai gravement péché contre le ciel et contre toi ; je ne suis plus digne que tu m'appelles ; mais du moins, comme un de tes serviteurs, le dernier, dans un coin de notre maison, laisse-moi vivre...

Le père le relève et le presse :

- Mon fils ! que le jour où tu reviens à moi soit béni ! - et sa joie, qui de son cœur déborde, pleure ; il relève la tête de dessus le front de son fils qu'il baisait, se tourne vers les serviteurs :

- Apportez la plus belle robe ; mettez des souliers à ses pieds, un anneau précieux à son doigt. Cherchez dans nos étables le veau le plus gras, tuez-le ; préparez un festin de joie, car le fils que je disais mort est vivant.

Et comme la nouvelle déjà se répand, Il court ; il ne veut pas laisser un autre dire
- Mère, le fils que nous pleurions nous est rendu.

[...]

 

La réprimande du père

La réprimande du frère aîné

La mère

 

Dialogue avec le frère puiné

[...]
(Le petit frère) : - Aujourd’hui tu reviens... vaincu.

(L’enfant prodigue) : - Non, pas précisément ; résigné.

- Enfin, tu as renoncé à être celui que tu voulais être.

- Que mon orgueil me persuadait d'être.

L'enfant reste un instant silencieux puis brusquement sanglote et crie :

- Mon frère ! je suis celui que tu étais en partant. Oh ! dis : n'as-tu donc rencontré rien que de décevant sur la route ? Tout ce que je pressens an dehors, de différent d'ici, n'est-ce donc que mirage ? tout ce que je sens en moi de neuf, que folie ? Dis : qu'as-tu rencontré de désespérant sur ta route ? Oh ! qu'est-ce qui t'a fait revenir ?

- La liberté que je cherchais, je l'ai perdue ; captif, j'ai dû servir.

- Je suis captif ici.

- Oui, mais servir de mauvais maîtres ; ici, ceux que tu sers sont tes parents.

- Ah ! servir pour servir, n'a-t-on pas cette liberté de choisir du moins son servage ?

- Je l'espérais. Aussi loin que mes pieds m’ont porté, j'ai marché, comme Saül à la poursuite de ses ânesses, à la poursuite de mon désir ; mais, où l'attenclait un royaume, c'est la misère que j'ai trouvée. Et pourtant...

- Ne t'es-tu pas trompé de route ?

- J'ai marché devant moi.

- En es-tu sûr ? Et pourtant il y a d'autres royaumes, encore, et des terres sans roi, à découvrir.

- Qui te l'a dit ?

- Je le sais. Je le sens. Il me semble déjà que j'y domine.

- Orgueilleux !

- Ah ! ah ! ça c'est ce que t’a dit notre frère. Pourquoi, toi, me le redis-tu maintenant ? Que n'as-tu gardé cet orgueil ! Tu serais pas revenu.

- Je n'aurais donc pas pu te connaître.

- Si, si, là-bas, où je t'aurais reioint, tu m'aurais reconnu pour ton frère ; même il me semble encore que c'est pour te retrouver que je pars.

- Que tu pars ?

- Ne l’as-tu pas compris ? Ne m’encourageras-tu pas toi-même à partir ?

- je voudrais t'épargner le retour ; mais en t’épargnant le départ.

- Non, non ne me dis pas cela ; non ce n'est pas cela que tu veux dire. Toi aussi, n’est-ce pas, c'est comme un conquérant que tu partis.

- Et c'est ce qui me fit paraitre plus dur le servage.

- Alors, pourquoi t'es-tu soumis ? Etais-tu si fatigué déjà ?

- Non, pas encore ; mais j'ai douté.

- Que veux-tu dire ?

- Douté de tout, de moi ; j'ai voulu m'arrêter, m'attacher enfin quelque part ; le confort que me promettait ce maitre m'a tenté... oui, je le sens bien à présent ; j'ai failli.

Le prodigue incline la tête et cache son regard dans ses mains.

- Mais d'abord ?

- J'avais marché longtemps à travers grande terre indomptée,

- Le désert ?

- Ce n'était pas toujours le désert.

- Qu'y cherchais-tu ?

- Je ne le comprends plus moi-même.

- Lève-toi de mon lit. Regarde, sur la table, à mon chevet, là, près de ce livre déchiré.

- Je vois une grenade ouverte.

- C’est le porcher qui me la rapporta l'autre soir, après n'être pas rentré de trois jours.

- Oui, c'est une grenade sauvage.

- Je le sais ; elle est d'une âcreté presque affreuse ; je sens pourtant que, si j'avais suffisamment soif, j'y mordrais.

- Ah ! je peux donc te le dire à présent c'est cette soif que dans le désert je cherchais.

- Une soif dont seul ce fruit non sucré désaltère...

- Non ; mais il fait aimer cette soif,

- Tu sais où le cueillir ?

- C'est un petit verger abandonné où l’on arrive avant le soir. Aucun mur ne le sépare plus du désert. Là coulait un ruisseau ; quelques fruits demi-mûrs pendaient aux branches.

- Quels fruits ?

- Les mêmes que ceux de notre jardin ; mais sauvages. Il avait fait très chaud tout le jour.

- Écoute ; sais-tu pourquoi je t’attendais ce soir ? C’est avant la fin de la nuit que je pars. Cette nuit ; cette nuit, dès qu’elle pâlira… J’ai ceint mes reins, j’ai gardé cette nuit mes sandales.

- Quoi ! Ce que je n’ai pas pu faire, tu le feras ? …

- Tu m’as ouvert la route, et de penser à toi me soutiendra.

- A moi de t’admirer ; à toi de m’oublier, au contraire. Qu’emportes-tu ?

- Tu sais bien que, puîné, je n’ai point part à l’héritage. Je pars sans rien.

- C’est mieux.

- Que regardes-tu donc à la croisée ?

- Le jardin où sont couchés nos parents morts.

- Mon frère... (et l'enfant, qui s'est levé du lit, pose, autour du cou du prodigue, son bras qui se fait aussi doux que sa voix) :

- Pars avec moi.

- Laisse-moi ! laisse-moi ! je reste à consoler notre mère. Sans moi tu seras plus vaillant. Il est temps à présent. Le ciel pâlit. Pars sans bruit. Allons ! embrasse-moi, mon jeune frère : tu emportes tous mes espoir... Sois fort ; oublie-nous ; oublie-moi. Puisses- tu ne pas revenir.. Descends doucement. Je tiens la lampe...

- Ah ! donne-moi la main jusqu'à la porte.

- Prends garde aux marches du perron...

 


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