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Délivre-nous du mal


Exorcismes et guérisons : une approche protestante

 

 

Raphaël Picon

doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris
professeur de théologie pratique
directeur du mensuel Évangile et Liberté



Édition Labor et Fides

112 pages – 14 €

 

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recension Gilles Castelnau

 

15 mars 2013

Le pasteur et professeur Raphaël Picon s’intéresse à la libération concrète qu’apporte le message de l’Évangile, y compris pour ceux qui s’estiment en butte au démon. Sans jamais croire à l’existence « réelle » du diable, il montre que l’on peut néanmoins entrer avec la force du Christ dans l’univers du possédé pour y faire éclater sa victoire sur tous les aspects du mal.

En voici quelques extraits.

 

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page 14

Introduction

Des demandes multiples

Une enquête que nous menions en 2006 sur les pratiques des pasteurs de ce qui était alors l'Eglise réformée de France, en matière de rituels de guérison, faisait apparaître que 80 % des personnes interrogées avaient déjà été sollicitées pour mettre en œuvre ce genre de pratiques.
Celles-ci renvoyaient dans la grande majorité des cas à des demandes de personnes souhaitant être au bénéfice d'un culte spécifique, axé sur la maladie et la guérison ; une liturgie qui leur permettrait de se sentir portées spirituellement par la communauté ecclésiale et de recevoir une parole de salut adaptée à leur situation et une bénédiction particulière. Il s'agit là de cultes avec liturgie et prédication, mais rythmés par des paroles et des gestes symbolisant et signifiant le soutien, la bienveillance, l'amour de Dieu et de toute la communauté. S'il est question ici de « cultes de guérison », c'est bien dans le sens où ces derniers peuvent participer d'une thérapie en valorisant et en sociabilisant un sujet qui se sent peut-être déconsidéré, affaibli et exclu, et en lui offrant également une possibilité de se reconstruire, de se reconquérir aux yeux de lui-même, des autres, de Dieu.

D'autres sollicitations concernent les rites de délivrance à proprement parler. Certains s'adressent aux Eglises pour qu'elles accomplissent pour eux un rite spécifique leur permettant d'être libérés de ce qu'ils considèrent être un fardeau, une maladie physique et/ou mentale, un trouble comportemental, une phobie, une obsession, etc. Sans forcément être substitué au médecin, le pasteur ou le prêtre est ici investi d'une fonction particulière et une autorité spécifique lui est reconnue : celle de guérir en libérant de l'emprise d'un mal dont l'origine ne relèverait pas exclusivement de causes naturelles. Il s'agit de mettre en scène une séquence rituelle à finalité thérapeutique où le fidèle est appelé à se laisser saisir par la puissance persuasive d'une parole et d'un geste qui lui signifient qu'il est désormais autre, transformé aux yeux des autres, de Dieu et de lui-même. L'esprit de Dieu, une puissance de vie, de salut, de résurrection, est invoqué pour qu'il saisisse le fidèle, que celui-ci se sente désormais en Dieu, libéré alors de la peur d'être l'objet de forces obscures et destructrices. Le rite s'apparente ici aux rituels dits d'intensification. Il s'agit en effet, à travers la mise en œuvre de gestes codifiés et de paroles précises, d'intensifier auprès de celui qui en est le bénéficiaire le sentiment de réalité et de présence d'un Dieu de bonté.

[...] Nous relevons enfin les demandes d'exorcisme et / ou de désenvoûtement. Il s'agit, dans certains cas, d'invoquer ce qui est perçu comme un démon, une figuration du diable, de le chasser en le condamnant, de l'extraire de celui qui s'en croit la victime. A la différence du cas précédent, il convient d'invoquer le démon, de le reconnaître et de le démasquer pour mieux le dominer, et lui opposer alors la réalité d'une puissance autre, celle du Christ qui libère. Certaines liturgies de désenvoûtement ne s'adressent pas au diable mais à Dieu, invoquant ici la seule puissance libératrice et combative du Christ. L'enquête que nous évoquions plus haut laisse suggérer que 20 % des pasteurs interrogés ont reçu des demandes explicites d'exorcisme et que la plus grosse majorité d'entre eux n'y a pas donné de suite...

 

 

page 33

Les Églises face aux démons

Discerner au cœur du désordre

Un pasteur reçoit un homme qui se croit possédé par un démon, un esprit qu'il juge mauvais empoisonne son existence, le met en échec et le menace régulièrement. Il sent physiquement la réalité de cette puissance démoniaque qui sape ce qui structure son existence.
Le pasteur pourra toujours tenter de convaincre cette personne que l’origine du mal qui le ronge est ailleurs. Convaincu que ce vocabulaire singulier relève d'une compréhension de la réalité qui est pour lui erronée et dépassée, il pourra chercher a montrer, que l'usage de cette référence au diable aurait même ceci de dangereux qu'il contribuerait à nous placer de manière illusoire sous la dépendance de Satan.
Il est fort à parier que durant l'entretien s'affronteront très vite deux visions du monde antagonistes.
Mais il est vraisemblable que la personne que rencontre notre pasteur ne comprendra pas ce dernier, ne pouvant passer du monde de références qui la tient, à l'inconnu de celui dont témoigne le pasteur. Et le pasteur non plus, contrairement à ce qu'il croit peut-être hâtivement, ne comprendra pas la personne qu'il reçoit.
Plus encore, c'est la vérité de son identité même de personne possédée qui sera ici mise à mal et finalement contestée, renforçant peut-être par là un sentiment supplémentaire de vulnérabilité. Le diable, les démons, les esprits maléfiques qui, selon cette personne, la possèdent, existent bien pour elle, ils sont aussi une composante de ce qui constitue sa vérité. [...]

Ce pasteur devra entrer dans le désordre qui vient à lui, peut-être même se laisser traverser par lui, faire sien le chaos de l'existence effritée qui se présente à son ministère, pour, sans s'y perdre ni se complaire dans un faux rôle de gourou, permettre à la souffrance d'être pleinement dite et, ce faisant, d'accompagner la personne hors du mal qui la ronge.

 

 

page 49

Le monde du diable et des démons

Le diable pour dire le mal

L'anthropomorphisme bien connu en théologie, par lequel Dieu se retrouve si souvent personnifié sous les traits d'un individu doté d'attributs particuliers, fonctionne aussi pour le diable. Et comme en théologique, le langage démonologique doit, lui aussi, être démythologisé.

 

 

page 51

Un langage à métaphoriser

Il ne s'agit pas, on l'aura compris, d'affirmer que le diable n'est que fiction et donc qu'il n'existe pas. Nul ne peut douter de l'existence de ce monde de chaos que le diable désigne et dont il est identifié comme le maître. Il s'agira de faire prendre conscience des réalités que ce mot de diable désigne ; seule cette démythologisation du langage peut permettre de désigner le vrai problème, voire le véritable ennemi, et alors de pleinement lui faire face.

 

 

page 57

Le rite comme exorcisme

Des rites de déliaison pour s’en sortir

La puissance rituelle, la théâtralité des gestes, l'autorité des prises de parole, tous ces éléments volontairement impressionnants contribuent à créer un espace hors norme, une zone indéterminée, de flottement, où son propre monde (ses références, ses habitudes, ses réflexes, etc.), est rendu plus vulnérable et plus mobile. Cette forme de lâcher-prise et cette extériorisation de soi que permet le rite contribuent à faire sortir la personne de son monde. La dramatique rituelle lui permet alors de prendre conscience qu'elle n'est déjà plus la propriété de son monde de désordre, mais celle d'un ailleurs, enfin possible.

 

 

page 73

La prière comme dynamique créatrice

Du Dieu surplombant au dynamisme créateur

La providence divine n'est pas une ingérence mais une création. Autrement dit, Dieu n'est pas cette toute-puissance qui s'impose dans les affaires du monde, en fonction d'un programme, d'un décret établi de toute éternité. Il est une force de motivation, de persuasion et d'encouragement qui entend nous renouveler, nous ouvrir à l'action créatrice. La providence est le dynamisme transcendantal, créateur, à l'œuvre dans le réel.

 

 

page 75

Cette prière qui nous permet de nous sentir portés par une énergie dont nous sentons qu'elle nous dépasse, se laisse penser, dans les termes des évangiles, comme une puissance créatrice et résurrectionnelle.

[...] C'est cette puissance de vie que sollicite et désire celui qui prie pour un autre. Lorsqu'il prie pour une personne particulière, il se trouve associé à l'action créatrice de Dieu, élargissant ainsi son rayonnement. Sa personne, sa manière d'être, tout ce qui irradie d'elle-même est, en effet, marqué par la conscience qui l'anime désormais de la présence créatrice de Dieu. A travers la prière, en s'exposant à l'énergie divine, le priant laisse sa propre existence et ses énergies psychiques, mentales, affectives, être déterminées par Dieu.

[...] Une distinction s'impose ici entre une prière dont le but recherché serait la guérison et qui se servirait de Dieu pour atteindre cette finalité, et une prière dans la foi qui serait une ouverture à cette puissance agissante et transformatrice de Dieu que nous venons d'évoquer. La première démarche est une forme de « concentration magique » qui permet, à travers des énoncés de prières intenses, répétées, insistantes, d'exercer une influence particulière sur une situation donnée et de s'autopersuader d'un processus de guérison à l'œuvre. La seconde démarche, qui relève davantage selon nous de la foi, est une ouverture à la possibilité de se croire déjà saisi et porté par la Présence spirituelle.

 


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