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Le Nouveau Testament commenté

 

Texte intégral

Traduction œcuménique de la Bible

 

Sous la direction

de Camille Focant
professeur d'exégèse du Nouveau Testament
directeur de la Revue théologique de Louvain

et Daniel Marguerat
professeur honoraire de Nouveau Testament
à l'université de Lausanne

 

Ed. Bayard et Labor et Fides

1250 pages - 59 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

24 décembre 2012

C’est une œuvre énorme et magnifique que nous offrent, dans une belle collaboration œcuménique 21 éminents biblistes catholiques et protestants. Tous les versets des 27 livres du Nouveau Testament sont ainsi successivement présentés dans leur contexte historique et critique, selon les connaissances les plus actuelles, dans un but de compréhension spirituelle et sans aucun esprit tendancieux.

Des introductions à chaque livre et des notices théologiques figurent aussi.

Les auteurs ont réussi à s’expliquer de manière tout à fait claire de sorte que le grand public n’aura pas de difficulté à suivre leurs comentaires.

En voici d’ailleurs trois passages pris dans l’Évangile de Matthieu, l’épitre aux Romains et dans ll’Apocalypse.


.

page 8

Préface

Camille Focant
et Daniel Marguerat

 

[...] 
L’ambition est large : dix-neuf biblistes ont été associés à cette réalisation, choisis pour leur compétence et sur un plan interconfessionnel. Le Nouveau Testament Commenté a été réalisé par des théologiennes et théologiens protestants et catholiques de Suisse, France, Belgique, Italie et Québec. [...] 

Il n'est évidemment pas recommandé de lire le Nouveau Testament indépendamment du contexte où il est apparu. Les conditions historiques, littéraires et religieuses de l'émergence des textes sont précisées de manière à éclairer l'interprétation. […]

La structure de l'ouvrage apparaîtra dès la première lecture. Le commentaire de chaque livre du Nouveau Testament est précédé d'une introduction qui situe son milieu historique de production, qui présente une synthèse de son contenu et livre une brève bibliographie « pour en savoir plus ». Pour chaque passage, le texte de la T0B est accompagné de son explication. Des points d'information historique ou littéraire, des notices théologiques sont développés en complément et traités en couleur ; leur repérage est facilité par un index thématique en fin de volume.

 

 

page 48

Évangile selon Matthieu

Élian Cuvillier

professeur de Nouveau Testament à l'Institut protestant de théologie, Montpellier

 

Le sermon sur la montagne

[...]
7, 1-12
Ne vous posez pas en juge, afin de n'être pas jugés ; car c'est de la façon dont vous jugez qu'on vous jugera, et c'est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous. Qu'as-tu à regarder la paille qui est dans l'œil de ton frère ? Et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou bien, comment vas-tu dire à ton frère : “Attends ! que j'ôte la paille de ton œil” ? Seulement voilà : la poutre est dans ton œil ! Homme au jugement perverti, ôte d'abord la poutre de ton œil, et alors tu verras clair pour ôter la paille de l'œil de ton frère.
Les perles aux pourceaux

Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, ne jetez pas vos perles aux porcs, de peur qu'ils ne les piétinent et que, se retournant, ils ne vous déchirent.

Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, à qui frappe on ouvrira. Ou encore, qui d'entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent.

Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c'est la Loi et les Prophètes.

 

Jugement et demande. La règle d’or.
Les paroles sur le jugement (v. 1-2) sont à entendre dans le même sens que celles sur le pardon (6,14- 15) : il s'agit de sortir de la logique de la réciprocité, de la loi du talion. Par ailleurs, juger l'autre, c'est en faire un objet et devenir soi-même l'objet du jugement d'autrui. Il n'y a plus relation entre sujets, mais relation d'objets. La parabole de la paille et de la poutre (v. 3-5) illustre l'impasse du jugement sur autrui : il conduit à s'instaurer en juge des autres en ne pouvant plus se voir soi-même dans sa médiocrité native. À l'inverse, et selon un de ces paradoxes dont l'évangile a le secret, être généreux avec les autres suppose en même temps une grande lucidité sur soi-même et une grande compassion, celle justement que l'on est disposé à offrir aux autres comme ce qu'on a envie de recevoir de Dieu ! L’aphorisme du v. 6 constate qu'il y a des gens qui sont confrontés au trésor sacré et aux perles de l'Évangile mais qui ne savent qu'en faire : les chiens et les pourceaux d'un côté, le culte et les perles de l'autre appartiennent à des mondes étrangers l'un à l'autre et qui n'ont rien en commun.

L’énigme de Mt 7,6

L’histoire de l'interprétation de ce verset témoigne du fait qu'il a été compris en dehors de son contexte matthéen. La Didachè (vers 120) y voit la preuve que seuls les baptisés peuvent participer à l'eucharistie (9,5), et l'Évangile gnostique de Thomas (vers 150) que les mystères de la Bible ne doivent pas être révélés à tout le monde (93). Pour Grégoire de Nazianze, les doctrines divines ne doivent pas êtres prêchées à des oreilles et des cœurs impies (Discours 1-3). Pour Hilaire de Poitiers, les chiens sont une allégorie des païens, et les cochons des hérétiques (Commentaire sur l'évangile de Matthieu 6,1). L’exégèse catholique y a souvent trouvé confirmation que le Sermon sur la montagne était réservé à une classe particulière de chrétiens. De leur côté, les protestants y voient l'Évangile qu'il ne faut pas répandre sans discernement. Ainsi Calvin : « Christ admoneste ici les Apôtres et en leur personne tous docteurs de l'Évangile, qu'ils gardent le trésor de la Sapience céleste aux enfants de Dieu seulement, sans le prostituer aux vilains et profanes contempteurs de Dieu » (Sur l'harmonie évangélique, t. l, Paris, Meyrueis, 1854, p. 197).

 

Dans les v. 7-11, Jésus revient sur la prière (voir 6,7-13) : il ne s'agit pas d'accumuler les paroles pour espérer être exaucé (6,2) mais, dans la confiance, de s'adresser au Père qui donnera de « bonnes choses » à ceux qui le lui demandent, c'est-à-dire pas forcément ce qui a été demandé mais ce qui est bon pour l'enfant. ll faut donc que la demande soit ordonnée à la prière telle que l'enseigne Jésus, c'est-à-dire qu'elle se soit déplacée du besoin infantile d'objets au désir adulte de l'altérité (Dieu). L’image est celle d'un parent qui sait ce dont son enfant a besoin. Le propos se conclut sur ce que l'on appelle la « règle d'or » (v. 12) et que l'on retrouve sous une forme ou une autre dans toutes les traditions sapientielles de l'humanité : faire aux autres ce que l'on souhaiterait que l'on nous fasse. Il ne s'agit pas d'un retour à logique de la réciprocité : entre l'autre et moi-même en effet, Jésus introduit une instance tierce, à savoir « la Loi et les Prophètes ». Cette instance évite l'effet miroir en offrant un cadre et des limites garantissant contre ce qui pourrait basculer dans un vis-à-vis enfermant, voire pervers (telle une relation sadomasochiste).

 

La règle d’or dans tous ses états

Bouddhisme : « Ne blesse pos les autres de manière que tu trouverais toi-même blessante. » Udana-Varga 5,18 (environ 500 avant J. C.)
Confucianisme : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l'étends pas aux autres. » Confucius environ 500 avant J, C.)
Hindouisme : « Ceci est la somme du devoir ; ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent. « Mahabharata 5,15,17 (environ 500 avant J. C.)
lslam : « Aucun d'entre vous ne croit vraiment tant qu'il n'aime pas pour son frère ce qu'il aime pour lui-même » Hadith 13 de al-Nawawi, Mahomet (570-632)
Judaïsme : « Tu ne te vengeras pas, au tu ne porteras aucun grief contre les enfants de ton peuple, tu aimeras ton prochain comme toi-même : Je suis le Seigneur » Lévitique 19,18
Judaïsme rabbinique : « Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie. » (Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a. Sentence de Rabbi Hillel)
Taoïsme : « Regarde le gain de ton voisin comme ton propre gain, et la perte de ton voisin comme ta propre perte. », Dao De Jing, chapitre 49 (environ 600 avant J. C.)
Zoroastrisme : « La nature est bonne seulement quand elle ne fait pas aux autres quoi que ce soit qui n'est pas bon pour soi-même. Dadistan-i-Dinik 94,5 (environ 700 avant J. C.)

 

 

page 649

Épître aux Romains

Marc Schoeni

pasteur baptiste, docteur en théologie

 

La justice de Dieu

[...]
1, 24-32
C'est pourquoi Dieu les a livrés, par les convoitises de leurs cœurs, à l'impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps. Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, adoré et servi la créature au lieu du Créateur qui est béni éternellement. Amen.
C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes : leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; les hommes de même, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant l'infamie d'homme à homme et recevant en leur personne le juste salaire de leur égarement.
Et comme ils n'ont pas jugé bon de garder la connaissance de Dieu, Dieu les a livrés à leur intelligence sans jugement : ainsi font-ils ce qu'ils ne devraient pas. Ils sont remplis de toute sorte d'injustice, de perversité, de cupidité, de méchanceté, pleins d'envie, de meurtres, de querelles, de ruse, de dépravation, diffamateurs, médisants, ennemis de Dieu, provocateurs, orgueilleux, fanfarons, ingénieux au mal, rebelles à leurs parents, sans intelligence, sans loyauté, sans cœur, sans pitié. Bien qu'ils connaissent le verdict de Dieu déclarant digne de mort ceux qui commettent de telles actions, ils ne se bornent pas à les accomplir, mais ils approuvent encore ceux qui les commettent.

 

[…]
La révélation de la colère de Dieu
La première fois (v.24), il est question, en termes généraux, de « l'impureté » sexuelle. C'est suivi, pour que ce soit bien clair, d'une nouvelle mention de la cause, l'idolâtrie (v. 25). La deuxième fois (v. 26-27), il est question de l'homosexualité féminine et masculine. Pourquoi un tel développement ? C'est peut-être, parmi toutes les dérives que la Synagogue constatait dans la société gréco-romaine, celle qui illustre le mieux l'idolâtrie, le désir d'exalter le même au détriment de ce qui est autre et différent (différence sexuelle). La troisième fois (v. 28), il est question d'aveuglement éthique, résultant dans toute la panoplie des péchés possibles (longue liste de vices, v.29-31).

Le verdict de mort (1,32). Le jugement divin qui suit les actes mentionnés en 1,29-31 (il y a donc un jugement qui les suit aussi bien qu'un jugement qui les précède) est un verdict de mort, et c'est connu de tous. Cela n’empêche pas les humains de pécher et même de se donner malgré tout bonne conscience (ils « approuvent encore ceux qui les commettent »).

Si ce discours peut paraître pontifiant, voire homophobe (en 1.,26-27), Paul désamorcera cela par une surprise magistrale au début de la prochaine péricope.

 

2, 1-16
Tu es donc inexcusable, toi, qui que tu sois, qui juges ; car, en jugeant autrui, tu te condamnes toi-même, puisque tu en fais autant, toi qui juges. Or, nous savons que le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité contre ceux gui commettent de telles actions. Penses-tu, toi qui juges ceux qui les commettent et qui agis comme eux, que tu échapperas au jugement de Dieu ? Ou bien méprises-tu la richesse de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que cette bonté te pousse à la conversion ? Par ton endurcissement, par ton cœur impénitent, tu amasses contre toi un trésor de colère pour le jour de la colère où se révélera le juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres.

[…]

 

La révélation du jugement de Dieu
Apparemment, le début du chapitre 2 marque une Rupture : après un discours général à la troisième personne, Paul introduit un « tu » qu'il interpelle et prend à partie ; cette manière de s'adresser directement à un interlocuteur personnalisé est appelée « diatribe ». Pourtant, ce « tu » n'est pas sans lien avec la péricope précédente. Il ne s'agit pas d'un interlocuteur bien déterminé, mais de « toi, qui que tu sois, qui juges » . 0r qui est enclin à juger, sinon la personne, juive ou non- juive, qui vient d'entendre la « révélation de la colère de Dieu » en 1,18-32 et qui partage les valeurs monothéistes sous-tendant ce réquisitoire contre l'idolâtrie ? Sur le lecteur qui juge, le jugement revient comme un boomerang, car il est tout aussi « inexcusable » (v. 1 ; voir 1,20) que les idolâtres. Ceci rappelle l'enseignement de Jésus dans les Synoptiques (Mt 7,1-5// Luc c6,37-42). Paul développe ce réquisitoire en boomerang aux versets 2-5, sur la base d'une vérité partagée : « Nous savons que le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité contre ceux qui commettent de telles actions » (v. 2). Le « bon » monothéiste qui juge autrui se voit appelé à la conversion (v.4), avant que l'annonce personnalisée du jugement n'atteigne son point culminant au v. 5 : « Tu amasses contre toi un trésor de colère pour le jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu ». En 1,18, « la révélation de la colère de Dieu » se disait au présent. Mais il y a eu glissement, comme le montrera clairement le temps futur employé dans la proposition relative du v. 6 : « ... qui rendra à chacun selon ses œuvres ». Paul parle désormais du jugement futur à la fin des temps. […]

 

 

page 1188


Apocalypse

Jacques Descreux

maître de conférence à l'Université catholique de Lyon

 

[...]
11,19-12,18
Et le temple de Dieu dans le ciel s'ouvrit,
et l'arche de l'alliance apparut dans son temple.
Alors il y eut des éclairs, des voix, des tonnerres, un tremblement de terre et une forte grêle.
Un grand signe apparut dans le ciel :
une femme, vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
Elle était enceinte et criait dans le travail et les douleurs de l'enfantement.
Alors un autre signe apparut dans le ciel :
C'était un grand dragon rouge feu.
Il avait sept têtes et dix cornes et, sur ses têtes, sept diadèmes.
Sa queue, qui balayait le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre.
Le dragon se posta devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance.
Elle mit au monde un fils, un enfant mâle ;
c'est lui qui doit mener paître toutes les nations avec une verge de fer.
Et son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône.
Alors la femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a fait préparer une place,
pour qu'elle y soit nourrie mille deux cent soixante jours.
Il y eut alors un combat dans le ciel :
Michaël et ses anges combattirent contre le dragon.
Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges,
mais il n'eut pas le dessus :
il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel.
Il fut précipité, le grand dragon, l'antique serpent, celui qu'on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier,
il fut précipité sur la terre et ses anges avec lui.
Et j'entendis une voix forte qui, dans le ciel, disait :
Voici le temps du salut,
de la puissance et du Règne de notre Dieu,
et de l'autorité de son Christ ;
car il a été précipité, l'accusateur de nos frères,
celui qui les accusait devant notre Dieu, jour et nuit.
Mais eux, ils l'ont vaincu par le sang de l'agneau et par la parole dont ils ont rendu témoignage :
Ils n'ont pas aimé leur vie jusqu'à craindre la mort.
C'est pourquoi soyez dans la joie,
vous les cieux et vous qui y avez votre demeure !
Malheur à vous, la terre et la mer,
car le diable est descendu vers vous,
emporté de fureur,
sachant que peu de temps lui reste.
Quand le dragon se vit précipité sur la terre, il se lança à la poursuite de la femme qui avait mis au monde l'enfant mâle.
Mais les deux ailes du grand aigle furent données à la femme
pour qu'elle s'envole au désert, au lieu qui lui est réservé pour y être nourrie,
loin du serpent, un temps, des temps et la moitié d'un temps.
Alors le serpent vomit comme un fleuve d'eau derrière la femme pour la faire emporter par les flots.
Mais la terre vint au secours de la femme :
la terre s'ouvrit et engloutit le fleuve vomi par le dragon.
Dans sa fureur contre la femme, le dragon porta le combat contre le reste de sa descendance,
ceux qui observent les commandements de Dieu et gardent le témoignage de Jésus.
Puis il se posta sur le sable de la mer.

 

La chute du grand dragon
Ap 12 raconte sur le mode du mythe l'inauguration du Règne du Christ proclamée en 11,15.

Dans le ciel se produisent trois apparitions : l'arche d'Alliance (symbole de la présence de Dieu), une femme et un grand dragon (11,19-12,3). Introduits comme des « signes », ces deux derniers ont valeur de présage. Qui sont-ils ? Le nom générique « femme » et la souffrance de son enfantement rappellent la malédiction de la première humaine (Gn 3,16) ; elle sera confrontée comme elle au serpent mais restera intègre (12,13-17). Chez les prophètes de l'Ancien Testament, la femme enceinte dans la douleur personnifie Israël ou Sion dans la détresse. Les souffrances de l'enfantement symbolisent parfois l'épreuve précédant l'ère messianique. Bref, la femme représente l'humanité fidèle, le peuple de Dieu eschatologique. Les douze étoiles qui la parent, correspondant au zodiaque, lui donnent l'allure d'une déesse antique. Son identification à Marie est liée au développement de la piété mariale aux IV-Ve siècles.

Le dragon est, quant à lui, l'adversaire de tous ceux qui sont attachés à Dieu. Il précipite d'abord à terre des étoiles (des anges), bouleversant le cosmos. Ce motif biblique dénonce l'arrogance d'une créature qui défie Dieu sans pouvoir l'affronter directement. Puis le dragon entend dévorer l'enfant de la femme. Les allusions du v. 5 à Es 7,14 ; 66,7 et au Ps 2,9 identifient l'enfant au Messie. Son enlèvement (le terme évoque un rapt) pointe l'événement pascal : sans que le diable n'ait pu l'atteindre, le Christ est séparé violemment du peuple de Dieu et intronisé au ciel. L’inauguration de son règne, célébrée en 11,15, n'est pas à venir, elle a eu lieu à Pâques. Telle est la conviction qui fonde l'espérance de l'Apocalypse.

Puisque le « vainqueur » a reçu la promesse de mener les nations avec une verge de fer (voir 2,26-27), l'enfant représente aussi tout chrétien fidèle. Uni au Christ il échappe à l'emprise du dragon et participera à la royauté du Christ.

Le fuite de la femme au désert où elle reçoit une nourriture providentielle pendant 1260 jours (voir p. 1185) définit la condition postpascale du peuple de Dieu comme un nouvel exode (12,6). La femme vit à distance de Dieu, mais il veille sur elle.

L’événement pascal signe la défaite du dragon (même idée en Jn 12,31 pour le prince de ce monde). Ripostant à son attaque de 12,4, Michel (l'archange protecteur du peuple de Dieu) et ses anges l'évincent du ciel (v. 7-9). Celui qui précipitait à terre les étoiles subit leur sort. Sa chute constitue le fil rouge du récit (voir v. 3.9.13.18).

L’hymne céleste que Jean entend alors donne le sens des événements (v. 10-12). L’éviction du procureur du tribunal divin permet la manifestation du salut. Selon l'idée antique que les combats sur terre répliquent des combats célestes, la victoire des anges sur le dragon est expliquée comme la victoire des chrétiens sur leur procureur. Ils l'ont obtenue par la mort expiatrice de l'agneau-Christ qui les a pardonnés (voir 1,5) et a vidé ainsi l'accusation de tout contenu, mais aussi par leur fidélité jusqu'à la mort qui déjoue la séduction du dragon. La chute à terre de celui-ci permet d'affirmer que la venue du Christ, conformément aux espérances juives, a défait l'Adversaire, bien que les hommes continuent à souffrir sur terre de sa violence.

À terre, le dragon poursuit - le verbe peut signifier « persécuter » - la femme (v. 13-16) puis sa descendance (v. 17). Décidément, l'agressivité le caractérise. Les ailes salvatrices du grand aigle (v. 14] symbolisent la providence divine lors de la fuite d'Égypte (Ex 19,4). Si le texte grec du v. 6 suggère qu'au désert, la femme Est à distance de Dieu, le v. 14 ajoute qu'elle y est aussi à l'abri du serpent. Loin d'elle, celui-ci cherche à l'engloutir par un fleuve. Les masses d'eau représentent parfois, dans l'Ancien Testament, les ennemis combattant Israël. La terre qui sauve la femme en avalant le fleuve rappelle à la fois comment Dieu sauva Israël de ses poursuivants égyptiens (Ex 15,12 ) et comment il châtia les rebelles de son peuple (Nb 16,30.32 ; Dt 11,6]. Le serpent ne peut attenter à l’intégrité de la femme : Dieu garantit la fidélité de son peuple. Le dragon peut toutefois nuire à la descendance de la femme (allusion à Gn 3,15), aux disciples du Christ. Il se poste entre terre et mer d'où sortiront ses lieutenants (13,1.11).

 

Le dragon, figure de l'inhumain

L’Apocalypse présente le dragon comme l'envers monstrueux de la femme (12,3-4) : Il a sept têtes et une queue, non une tête et des pieds ; il n'est pas vêtu mais la couleur de son pelage trahit son caractère destructeur. Ses dix cornes et dix diadèmes expriment un pouvoir total, tandis que la couronne de la femme est honorifique. Il veut tuer l'enfant auquel elle donne vie. Selon 12,9, le dragon résume les ennemis mythiques de l'humanité : le serpent de la Genèse, le Diable (le « diviseur ou « calomniateur ») et Saton, le procureur des hommes au tribunal divin. Son objectif est de séduire le monde, de l'écarter de Dieu. Malgré son immense Pouvoir, il échoue dans toutes ses entreprises agressives en Ap 12 (contre l'enfant messianique, contre Michel et ses anges et contre la femme). Cela annonce sa défaite finale en Ap 20.

 

 

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