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Dynamique de la foi

 

 

Paul Tillich

 

Traduction d’André Gounelle

Éd. Labor et Fides
142 pages – 18 €

 

 

28 octobre 2012

Dynamics of Faith a été publié en 1957 aux États-Unis par Paul Tillich. Il a été traduit en français en 1968. Le professeur André Gounelle nous en donne une nouvelle traduction qui tient compte de menues différences entre les textes anglais et allemand.
Il faut rappeler l’énorme impact et le profond renouveau que la théologie de Paul Tillich a apportée dans le monde de la pensée spirituelle. Son style n’est pas toujours facile à comprendre mais il en vaut véritablement la peine.

Voici quelques passages de ce si important ouvrage.


.

 

page 11

Ce qu'est la foi

 

La foi, préoccupation ultime

Il y a foi quand on est ultimement concerné ; la dynamique de la foi est celle de la préoccupation ultime de l’homme. Comme tout être vivant, beaucoup de choses concernent l'homme, avant tout celles qui conditionnent son existence même: se nourrir, s'abriter. Toutefois, à la différence d'autres êtres vivants, l'homme a des préoccupations spirituelles, cognitives, artistiques, sociales, politiques.
Quelques unes ont un caractère d'urgence, souvent d'urgence extrême, et chacune, aussi bien que les préoccupations physiologiques, peut prétendre avoir une valeur ultime pour une vie humaine ou pour la vie d'un groupe social. La valeur ultime exige de celui qui la reconnaît comme telle une soumission totale et comporte la promesse d'un accomplissement total, même si, en son nom, il faut lui subordonner toutes les autres valeurs ou les rejeter.
Quand un groupe national (le texte allemand dit : un peuple) fait de la vie et du développement de la nation sa préoccupation ultime, il exige qu'on lui sacrifie tout le reste, le bien-être économique, la santé et la vie, la famille, l'art et la connaissance, la justice et l'humanité. Les nationalismes extrêmes de notre siècle constituent des laboratoires pour l'étude de ce que signifie une préoccupation ultime dans tous les secteurs de l'existence humaine, y compris les plus petits soucis de la vie quotidienne. Tout se centre sur le dieu unique, la nation ; bien sûr, cette divinité se révélera démonique (Note de G.C. Paul Tillich écrit toujours « démonique » et non « démoniaque » car il craint la confusion avec des apparitions de petits démons cornus et fourchus), mais elle fait apparaître clairement le caractère inconditionnel de la préoccupation ultime.

[...]

Autre exemple, presque un contre-exemple, néanmoins tout aussi révélateur: la préoccupation ultime de la « réussite », du rang social et de la puissance économique. Dans la culture hautement compétitive de l'Occident, beaucoup de gens en font un dieu, et ce dieu agit comme doit le faire toute préoccupation ultime : il demande une soumission inconditionnelle à ses lois, même au prix du sacrifice de relations humaines authentiques, de convictions personnelles et de l'eros créateur. Il menace d'un échec social et économique. Il promet, avec l'imprécision de toutes les promesses de ce genre, l'accomplissement de son être.

 

 

page 56

Les symboles de la foi

 

Symboles et mythes

[...]

J'appelle « mythe brisé » un mythe qu'on comprend comme un mythe sans l'éliminer ni le remplacer (note de G.C. C’est-à-dire qu’on continue à parler de ce récit tout en ayant pris conscience de son caractère symbolique). Par sa nature même, le christianisme refuse tout mythe non brisé, parce qu'il présuppose le premier commandement : l'affirmation de l'ultime en tant qu'ultime et le rejet de toutes les formes d'idolâtrie quelles qu'elles soient.
On devrait reconnaître tous les éléments mythologiques dans la Bible, la doctrine et la liturgie pour ce qu'ils sont, et les maintenir dans leur forme symbolique sans les remplacer par des substituts scientifiques. Car on n'échappe pas aux symboles et mythes : ils sont le langage de la foi.

La critique radicale du mythe vient de la résistance de la conscience mythologique primaire à toute tentative d'interpréter le mythe comme mythe. Tout acte de démythologisation l'effraie. Pour elle, le mythe brisé perd sa vérité et sa force de persuasion. Ceux qui vivent dans un monde mythologique non brisé éprouvent un sentiment de sécurité et de certitude. Ils refusent, souvent avec fanatisme, qu'on introduise un élément d'incertitude en « brisant le mythe », c'est-à-dire en faisant prendre conscience de son caractère symbolique.
Les systèmes autoritaires, religieux ou politiques, entretiennent cette résistance pour procurer la sécurité à ceux qu'ils gouvernent et un pouvoir incontesté à ceux qui gouvernent. La résistance à la démythologisation s'exprime dans le « littéralisme » qui comprend symboles et mythes dans leur acception immédiate.
Il utilise au sens propre le matériel emprunté à la nature et à l'histoire. Il ignore le renvoi à quelque chose d'autre qui caractérise le symbole. Il considère la création comme un acte magique qui s'est passé il y a bien longtemps.
Il localise la chute d'Adam dans une région géographique précise et l'attribue à un individu humain.
Il comprend biologiquement la naissance virginale du Messie.
Il voit dans la résurrection et l'ascension des événements physiques et dans la deuxième venue du Christ une catastrophe tellurique ou cosmique.
Il présuppose que Dieu est un être qui agit dans le temps et dans l'espace, qui habite un lieu déterminé, qui a un impact sur le cours des événements et qui est affecté par eux comme n'importe quel autre être dans l'univers.

Le littéralisme dépouille Dieu de son ultimité et, en termes religieux, de sa majesté. Il le rabaisse au niveau de ce qui n'est pas ultime, du fini et du conditionné.

En dernière analyse, est décisive non pas la critique rationaliste du mythe mais la critique religieuse interne. Si elle prend ses symboles à la lettre, la foi devient idolâtre. Ce qu'elle appelle ultime est inférieur à l'ultime. Quand la foi a conscience du caractère symbolique de ses symboles, alors elle rend à Dieu l'honneur qu'on lui doit.

 

 

page 64

Les types de foi

 

La foi de type ontologique

[...]

Dans les religions de type sacramentel, la foi ne consiste pas à croire qu’une chose est sacrée alors que les autres ne le sont pas, mais à être saisi par le sacré à travers un médium spécifique.

[...]

Cette question présuppose l'incapacité du fini, même du fragment le plus sacré de la réalité, à exprimer ce qui nous concerne ultimement. L'esprit humain oublie pourtant cette inaptitude et identifie l'objet sacré avec l'ultime. Il considère que l'objet sacramentel est sacré en lui-même, alors qu'en tant que porteur du sacré il renvoie au-delà de ce qu'il est. Le renvoi disparaît de l'acte de foi qui n'oriente plus vers l'ultime, mais vers ce qui représente l'ultime: l'arbre, le livre, l'édifice, la personne. La foi perd alors sa transparence. Le protestantisme a la conviction que la doctrine catholique de la « transsubstantiation », au cours de la cène, du pain et du vin en corps et en sang du Christ indique précisément cette perte de la transparence du divin et son identification avec un segment du monde qui nous environne.
La foi fait l'expérience de la présence du sacré, tel que l'incarne l'image du Christ, dans le pain et le vin de la cène ; pourtant, si on considère le pain et le vin du sacrement comme des objets sacrés possédant une efficacité intrinsèque qu'on peut conserver dans un tabernacle, on déforme doctrinalement la foi. Il n'y a rien de sacré en dehors de la corrélation de la foi. Les saints eux-mêmes ne le sont que parce que la source de toute sainteté transparaît à travers eux.

[...]

L'expérience de la présence du sacré, qui fonde la foi, ne devient-elle pas impossible si l'ultime transcende toutes les formes d'expérience ? Le mystique répond qu'il existe un lieu où l'ultime est présent dans le monde fini, à savoir la profondeur de l'âme humaine. Là, le fini et l'infini entrent en contact. Pour y accéder, l'homme doit se vider de tous les contenus finis de sa vie ordinaire, abandonner toutes les préoccupations secondaires pour s'attacher à la préoccupation ultime. Il doit aller au-delà des fragments de la réalité par lesquels la foi sacramentelle fait l'expérience de l'ultime.

[...]

On identifie souvent l'humanisme avec l'incroyance et on l'oppose à la foi. Cette identification n'est possible que si on définit la foi par la croyance en l'existence et l'activité d'êtres divins. Par contre, l'humanisme implique la foi comprise comme préoccupation ultime pour l'ultime. L'humanisme est l'attitude qui fait de l'homme la mesure de sa propre vie spirituelle, en art et en philosophie, en science et en politique, dans les relations sociales et l'éthique personnelle. Pour l'humanisme, le divin se manifeste dans l'humain et l'homme a pour préoccupation ultime l'homme ; il s'agit ici, bien sûr, de l'homme dans son essence, de l'homme véritable, de l'homme idéal et non de 1'homme réel dans son aliénation par rapport à sa vraie nature.

En ce sens, lorsque l'humaniste déclare qu'il a l'homme pour préoccupation ultime, il voit en lui l'ultime dans une réalité finie ; de même que la foi sacramentelle perçoit l'ultime dans un fragment de la réalité ou que la foi mystique découvre le lieu de l'infini dans la profondeur de l'homme. Ces formes de foi se différencient en ce que la sacramentelle et la mystique dépassent les limites de l'humanité et essaient d'atteindre l'ultime au-delà de l'homme et de son monde, tandis que l'humaniste reste à l'intérieur de ces limites. Pour cette raison, on qualifie la foi humaniste de « séculière » en contraste avec les deux autres dites « religieuses ». Séculier s'applique à ce qui appartient au cours ordinaire des événements, pas à ce qui s'en détache ou le dépasse pour entrer dans un sanctuaire. Le latin et quelques-unes des langues qui en dérivent se servent du mot « profane » qui signifie « ce qui est devant les portes du temple ».

Compris ainsi, profane est synonyme de séculier. Souvent des gens disent qu'ils sont séculiers, qu'ils vivent à l'extérieur des portes du temple et que, par conséquent, ils n'ont pas la foi ! Mais si on laisse entendre qu'ils n'ont pas de préoccupation ultime, qu'ils ne prennent rien inconditionnellement au sérieux, ils le nient avec force. En le niant, ils attestent qu'ils sont dans un état de foi. Ils représentent le type humaniste de foi qui a lui-même quantité de variantes. Qu'ils soient séculiers ne les exclut pas de la communauté des croyants.

 

 

page 70

La foi de type moral

[...]

Ceux qui connaissent l'attitude religieuse des nations islamiques opposent parfois la foi en Mohammed à la foi en Christ. Il faut leur répondre qu'est décisive dans l'islam non pas la foi en Mohammed comme le Prophète, mais la foi en un ordre sacré qui détermine la vie quotidienne de la plupart des gens. La foi ne se demande pas : « Moïse, Jésus ou Mohammed ? » ; elle s'interroge sur celui qui exprime le plus adéquatement une préoccupation ultime. Le conflit entre les religions ne se situe pas entre des formes de croyance, il porte sur les diverses expressions de ce qui nous concerne ultimement. Le divin se manifeste-t-il ultimement dans le domaine juridique ? Voilà la question qui se pose. Toutes les décisions de foi sont existentielles et non théoriques.

 

 

page 88

La vérité de la foi

 

Vérité de foi et vérité historique

[...]

Depuis que la recherche historique a mis en lumière les caractéristiques littéraires des écrits bibliques, ce problème a pris une place majeure dans une partie importante de la pensée du grand public et des théologiens. Les sections narratives de l'Ancien et du Nouveau Testament combinent histoire, légende et mythologie sans qu'il soit possible, très souvent, d'opérer un tri plausible.
La recherche historique montre bien qu'on n'a pas les moyens de dépasser un certain niveau de probabilité dans la quête des événements historiques qui ont donné naissance au portrait biblique de Jésus, qu'on appelle le Christ. Des travaux analogues sur le caractère historique des écritures saintes et des traditions légendaires des religions non chrétiennes aboutissent au même résultat.

On ne peut pas faire dépendre la vérité de la foi de l'exactitude factuelle des récits et des légendes qui servent à l'exprimer. On tombe dans une déformation désastreuse du sens de la foi quand on l'identifie avec la croyance en la validité historique des récits bibliques, comme on le fait pourtant aussi bien à un haut qu'à un bas niveau de réflexion.

Bien des gens considèrent qu'eux-mêmes ou d'autres n'ont pas la foi parce que les récits néotestamentaires de miracles ne sont pas pour eux des documents fiables. Bien sûr, ils ne le sont pas. Déterminer le degré de probabilité ou d'improbabilité d'un récit biblique doit se faire avec les outils d'une solide méthode philologique et historique et ne relève pas de la foi.

L'édition du Coran utilisée aujourd'hui est-elle identique au texte original, comme la plupart des musulmans le croient avec ferveur ? Le Pentateuque est-il constitué en grande partie d'écrits de sagesse sacerdotale datant de la période qui suit l'exil à Babylone ? Le livre de la Genèse contient-il plus de mythes et de légendes sacrées que d'histoires réelles ? L'attente d'une catastrophe universelle finale qu'envisagent les livres les plus récents de l'Ancien Testament ainsi que le Nouveau Testament a-telle son origine ou non dans la religion perse ? Quelle est la part de légende, de mythe et d'histoire dans les récits de la naissance et de la résurrection du Christ ? Parmi les comptes rendus des premiers jours de l'Église, quelle version paraît la plus probable ? Il n'appartient pas à la foi d'en décider.
Toutes ces interrogations relèvent de la recherche historique qui y répond en terrnes de plus ou moins grande probabilité. Il s'agit ici de vérité historique, non de vérité de foi.

La foi peut dire que la loi vétérotestamentaire, présentée comme loi de Moïse, a une validité inconditionnelle pour ceux qu'elle saisit, indépendamment de la part, grande ou petite, qu'on peut attribuer à un personnage historique qui porterait ce nom.
La foi peut dire que dans l'image que donne le Nouveau Testament de Jésus le Christ, se manifeste une réalité qui a une puissance de salut pour ceux qu'elle saisit, indépendamment de ce qu'on peut attribuer au personnage historique nommé Jésus de Nazareth.
La foi peut avoir l'assurance de ce qui la fonde, la loi de Moïse, Jésus le Christ, le prophète Mohammed, Bouddha l'éveillé, mais pas des conditions historiques qui ont perrnis à ces hommes de devenir porteurs de préoccupation ultime pour de larges sections de l'humanité.

Pour le croyant, la foi porte en elle la certitude de ce qui la fonde, par exemple, un événement dans l'histoire qui a transforrné l'histoire. Elle ne comporte cependant pas un savoir historique sur le déroulement de l'événement lui-même. La recherche historique ne saurait donc ébranler la foi même quand elle aboutit à une critique des traditions qui rendent compte de cet événement.

Avec cette indépendance de la vérité historique, nous touchons à une des conséquences les plus importantes de la conception qui voit dans la foi une préoccupation ultime. Elle libère les croyants d'un fardeau qui leur devient insupportable quand les exigences de l'honnêteté intellectuelle ont formé leur conscience. Si cette honnêteté devait entrer en conflit avec ce qu'on a appelé « l'obéissance de la foi », Dieu apparaîtrait scindé en son être ; il aurait des traits démoniques ; ce qui nous concernerait ne serait plus une préoccupation ultime, mais un combat entre eux préoccupations limitées. On aurait, enfin de compte, une foi idolâtre.

 


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