Années
100-110
Épîtres de Jean
31 août 2012
L’épître commence par un
prologue qui rappelle celui de l’Évangile de
Jean :
1 Jn 1.1-4
Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons
vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé
et que nos mains ont touché, concernant la parole
de vie, car la vie a été manifestée, et nous
l'avons vue et nous lui rendons témoignage,
et nous vous annonçons la vie éternelle, qui
était auprès du Père et qui nous a été
manifestée, ce que nous avons vu et entendu,
nous vous l'annonçons, à vous aussi, afin
que vous aussi vous soyez en communion avec
nous. Or, notre communion est avec le Père
et avec son Fils Jésus-Christ. Et nous
écrivons ces choses, afin que notre joie
soit parfaite. La nouvelle que nous avons
apprise de lui, et que nous vous annonçons,
c'est que Dieu est lumière,
et qu'il n'y a point en lui de ténèbres.
Jn 1.1-4
Au commencement était la Parole,
et la Parole était avec
Dieu, et la Parole était
Dieu. Elle était au commencement avec Dieu.
Toutes choses ont été faites par elle, et rien
de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.
En elle était la vie, et la vie était la lumière
des hommes.
- Mais le commencement n’est
pas le même. Dans l’évangile il désignait le
commencement du monde alors que dans l’épître il
s’agit du commencement du ministère de Jésus.
- La Parole (en grec le
Logos), était dans l’Évangile le Souffle
créateur du monde alors que dans l’épître elle
représente le message de la vie.
- La lumière était dans
l’Évangile la parole
incarnée alors que dans l’épître la lumière est Dieu.
- Quant au
conflit qui est dénoncé dans le corps de
l’épître il est le fait d’opposants à
l’intérieur même de l’Église alors que dans
l’Évangile il provient des Juifs.
Il est clair que l’épître a été écrit largement
après l’évangile, sans doute entre 100 et 110.
Les
opposants
Certes l’Évangile de Jean avait
tendance à diviniser le Christ :
Jean 10.30-33
Moi et le Père nous sommes un.
Alors les Juifs prirent de nouveau des pierres
pour le lapider.
Jésus leur dit : Je vous ai fait voir
plusieurs bonnes œuvres venant de mon Père :
pour laquelle me lapidez-vous ?
Les Juifs lui répondirent : Ce n'est pas
pour une bonne œuvre que nous te lapidons,
mais pour un blasphème, et parce que toi, qui
es un homme, tu te fais Dieu.
Mais il soulignait très fortement l’humanité de
Jésus :
Jean 1.14
Et la parole a été faite chair
Jean 4.6
Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord
du puits.
Jean 11. 35-36
Jésus pleura (sur la mort de son ami Lazare).
Sur quoi les Juifs dirent : Voyez comme il
l'aimait.
Par contre les opposants mentinnés dans
l'épître divinisent le Christ à la manière du gnosticisme ( 1 ) au point
de ne plus voir en lui le Fils ou l'homme Jésus
:
1 Jn 2.22-23
Qui est menteur, sinon celui qui nie que
Jésus est le Christ ?
Celui-là est l'antéchrist, qui nie le Père et
le Fils. Quiconque nie le Fils
n'a pas non plus le Père ; quiconque confesse
le Fils a aussi le Père.
1 Jn 4.2-3
Reconnaissez à ceci l'Esprit de Dieu : tout
esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair
est de Dieu ; 3 et tout esprit qui ne confesse
pas Jésus n'est pas de Dieu, c'est celui de
l'antéchrist, dont vous avez appris la venue,
et qui maintenant est déjà dans le monde.
L’épître recadre une lecture déviante de
l’Évangile. Son auteur y rappelle notamment,
contre les gnostiques, la grande idée de
l’évangéliste Jean que le sang du Christ ôte le
péché du monde :
1 Jn 1. 7-10
Le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout
péché.
Si nous disons que nous n'avons pas de péché,
nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité
n'est point en nous. Si nous confessons nos
péchés, il est fidèle et juste pour nous les
pardonner, et pour nous purifier de toute
iniquité. Si nous disons que nous n'avons pas
péché, nous le faisons menteur, et sa parole
n'est point en nous.
1 Jn 2.1-2
Et si quelqu'un a péché, nous avons
un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le
juste. Il est lui-même une victime expiatoire
pour nos péchés, non seulement pour les
nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier.
Le conflit semble avoir été dramatique :
l’auteur de l’épître ne plaisante pas avec
l’orthodoxie de la pensée :
1 Jn 2.18-19
Petits enfants, c'est la dernière heure, et
comme vous avez appris qu'un antéchrist vient,
il y a maintenant plusieurs antéchrists : par
là nous connaissons que c'est la dernière
heure. Ils sont sortis du milieu de nous, mais
ils n'étaient pas des nôtres ; car s'ils
avaient été des nôtres, ils seraient demeurés
avec nous, mais cela est arrivé afin qu'il
soit manifeste que tous ne sont pas des
nôtres.
L’amour
Cette virulence de la
polémique et l’exclusion violente de
ceux qui sont présentés comme de
véritables antéchrists fait contraste avec les
magnifiques paroles d’amour de l’épître :
1 Jn 4.7-21
Bien-aimés, aimons nous les uns les
autres ; car l'amour est de Dieu, et quiconque
aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui
n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est
amour. [...]
Et cet amour consiste, non point en ce que
nous avons aimé Dieu, mais en ce qu'il nous a
aimés et a envoyé son Fils comme victime
expiatoire pour nos péchés. Bien-aimés, si
Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi
nous aimer les uns les autres. Personne n'a
jamais vu Dieu ; si nous nous aimons les uns
les autres, Dieu demeure en nous, et son amour
est parfait en nous. [...]
Et nous, nous avons connu l'amour que Dieu a
pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour
; et celui qui demeure dans l'amour demeure en
Dieu, et Dieu demeure en lui. [...]
La crainte n'est pas dans l'amour, mais
l'amour parfait bannit la crainte ; car la
crainte suppose un châtiment, et celui qui
craint n'est pas parfait dans l'amour. Pour
nous, nous l'aimons, parce qu'il nous a aimés
le premier. Si quelqu'un dit : J'aime Dieu, et
qu'il haïsse son frère, c'est un menteur ; car
celui qui n'aime pas son frère qu'il voit,
comment peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ?
Et nous avons de lui ce commandement : que
celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
.
2e et 3e épîtres de Jean
Ces deux petites épîtres se
situent dans la même ligne théologique et
reflète la même lutte contre les
« opposants » :
2 Jn 5-7
Ce que je te demande, Kyria, non comme te
prescrivant un commandement nouveau, mais
celui que nous avons eu dès le commencement,
c'est que nous nous aimions les uns
les autres. Et l'amour
consiste à marcher selon ses commandements.
C'est là le commandement dans lequel vous
devez marcher, comme vous l'avez appris dès le
commencement.
Plusieurs séducteurs sont
entrés dans le monde, qui ne confessent point
que Jésus-Christ est venu en chair. Celui qui
est tel, c'est le séducteur et l'antéchrist.
Les opposants étaient
effectivement présents dans la première épître,
en relation de polémique avec la communauté et
l’auteur développait contre eux des arguments
théologiques :
1 Jn 2.18-19
Petits enfants, c'est la dernière heure,
et comme vous avez appris qu'un antéchrist
vient, il y a maintenant plusieurs antéchrists
: par là nous connaissons que c'est la
dernière heure. Ils sont sortis du milieu de
nous, mais ils n'étaient pas des nôtres ; car
s'ils avaient été des nôtres, ils seraient
demeurés avec nous, mais cela est arrivé afin
qu'il soit manifeste que tous ne sont pas des
nôtres.
Par contre la 2e
épître montre ces opposants en train
d’arriver et l’auteur se borne à dire qu’il
ne faut pas les laisser pénétrer la
communauté :
2 Jn 10-11
Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas
cette doctrine, ne le recevez pas dans votre
maison, et ne lui dites pas :
Salut ! car celui qui lui dit :
Salut ! participe à ses mauvaises œuvres.
.
Dans la 3e épître la situation
est inversée. C’est un certain
Diotrèphe qui interdit l’accès de sa communauté
à d’excellents prédicateurs johanniques comme
Démétrius malgré les instructions de l’auteur
qui en appelle à Gaïus :
L'ancien, à Gaïus,
le bien-aimé, que j'aime dans la vérité [...]
Nous devons donc accueillir ces hommes, afin
d'être ouvriers avec eux pour la vérité. J'ai
écrit quelques mots à l'Église mais Diotrèphe,
qui aime à être le premier [...] ne reçoit pas
les frères, et ceux qui voudraient le faire,
il les en empêche et les chasse de l'Église.
[…] Pourtant tous, et la vérité elle-même,
rendent un bon témoignage à Démétrius
; nous aussi, nous lui rendons témoignage, et
tu sais que notre témoignage est vrai.
Dans ces deux
épîtres, on n’est donc plus dans le
cadre d’une réflexion théologique mais dans
celui de l’excommunication d’hérétiques venant
perturber une saine orthodoxie.
Il est difficile de savoir si l’une de ces deux
petites épîtres a été écrite avant ou après
l’autre.
__________
( 1 ) Le
gnosticisme était un mouvement né
précisément au 1er
siècle de notre ère dans des milieux
spiritualistes enseignant que le salut vient de
la « connaissance » (gnose signifie
connaissance) de la divinité malheureusement
emprisonnée en l'homme dont la chair physique
est comme la gangue entourant l'or d'une pépite.
L'homme est « sauvé » lorsqu'il prend
conscience qu'il appartient au monde d'en haut,
de la lumière, de la pureté, de la vérité que le
Christ est précisément venu nous révéler.