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Le paradoxe de la prière

 

 

Paul Tillich


Traduction Jean-Marc Saint

 

Romains 8, 26-27
L’Esprit vient au secours de notre prière, car nous ne savons pas ce qu’il convient de demander dans nos prières. Mais l’Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs inexprimables ; et celui qui sonde les cœurs sait à quoi tend l’Esprit, car c’est selon Dieu qu’il intercède en faveur des saints.

 

31 mai 2012

Ce passage de l’épître aux Romains sur l’Esprit qui intercède pour nous par des soupirs inexprimables est l’une des paroles les plus mystérieuses de Paul. Il exprime l’expérience d’un homme qui sait comment prier, et parce qu’il sait comment prier, dit qu’il ne sait pas comment prier. Nous pouvons, probablement, tirer de cette confession de l’apôtre la conclusion que ceux qui, parmi nous, font comme s’ils savaient comment prier, ne le savent pas du tout. À l’appui de cette conclusion nous pourrions trouver beaucoup d’exemples dans la vie quotidienne. Les ministres des Églises sont habitués à prier publiquement à toutes sortes d’occasions, certaines s’offrant naturellement à la prière, d’autres artificiellement et contre tout bon goût. Il n’est pas inutile de connaître le bon moment, ou le mauvais moment, de prier. Cet avertissement est à la périphérie de ce que Paul veut dire, mais il est nécessaire, spécialement à l’intention des ministres et des responsables laïcs de l’Église.

Le pas suivant nous rapproche du centre du propos de Paul. Il existe deux types de prières : les prières liturgiques fixes et les prières spontanées. Ces deux types montrent la vérité de l’affirmation de Paul que nous ne savons pas prier comme il faut. Les prières liturgiques deviennent souvent mécaniques ou incompréhensibles, et souvent les deux à la fois. L’histoire de l’Église montre que cela a été le sort même de la prière du Seigneur. Paul connaissait certainement le Notre Père, quand il a écrit que nous ne savons pas comment prier. Faire de l’exemple de prière donnée par Jésus à ses disciples une règle liturgique, ne prouve pas qu’on sache comment prier.

Si maintenant nous passons de la prière liturgique à la prière spontanée, les choses ne se présentent pas mieux ! Souvent, la prière spontanée n’est qu’une conversation ordinaire avec quelqu’un qu’on appelle Dieu, mais qui pourrait être un autre homme, auquel on raconterait ceci et cela, souvent longuement, que l’on remercierait et dont on attendrait des faveurs. Cela non plus ne prouve pas que nous savons comment prier.

Les Églises utilisant dans leurs liturgies des formules classiques devraient se demander si elles n’empêchent pas les gens d’aujourd’hui de prier, comme ils le pourraient honnêtement. Les Églises sans liturgie, qui laissent la liberté de prononcer des prières à tout moment, devraient se demander si elles ne profanent pas la prière en la privant de son mystère.

Maintenant avançons d’un troisième pas, au centre de la pensée de Paul. Au bon ou au mauvais moment, que la prière soit formulée ou spontanée, la question décisive demeure : la prière est-elle possible ou non ? D’après Paul, elle est humainement impossible.
Nous ne devrions jamais oublier, quand nous prions, que nous faisons quelque chose d’humainement impossible. Nous parlons à quelqu’un qui n’est pas quelqu’un d’autre, mais qui est plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes. Nous nous adressons à quelqu’un qui ne devient jamais l’objet de notre discours parce qu’il est toujours sujet, toujours en train d’agir, toujours en train de créer.
Nous lui racontons ce qu’il sait déjà, et, le lui racontant, nous exprimons les tendances inconscientes sur lesquelles poussent nos paroles conscientes. C’est pourquoi la prière est humainement impossible.

Sur le fondement de cette idée, Paul apporte une solution mystérieuse à la question de la prière authentique. C’est Dieu lui-même qui prie en nous quand nous le prions. Dieu en nous : c’est ce que signifie « Esprit ». Le mot « Esprit » est un mot différent pour dire « Dieu présent », avec sa puissance qui nous ébranle, nous inspire, et nous transforme. En nous, quelque chose qui ne vient pas de nous, intercède pour nous devant Dieu.

Nous ne pouvons franchir le fossé qui nous sépare de Dieu, même avec les prières les plus intenses et les plus fréquentes. Seul Dieu peut franchir le fossé entre lui et nous. Ce symbole est absurde si on le prend à la lettre. Mais comme symbole authentique, il est profond. Le symbole de Dieu intercédant pour nous auprès de lui, dit que Dieu, en sait davantage sur nous que ce dont nous sommes conscients. Il sonde les cœurs des hommes. Ce sont des mots qui anticipent sur des conceptions contemporaines dont nous sommes fiers à juste titre, selon lesquelles les faibles lumières de notre conscience émergent sur la base plus large des pulsions et des images inconscientes. S’il en est ainsi, qui d’autre que Dieu lui-même, peut présenter notre être à Dieu ; il est le seul qui connaisse les profondeurs de notre âme ?

Cela va nous aider à comprendre la partie la plus mystérieuse de la description de la prière, où Paul dit que l’Esprit lui-même intercède pour nous par des soupirs inexprimables. Précisément, parce que toute prière est impossible à l’homme ; précisément parce qu’elle présente à Dieu des niveaux profonds de notre être plus profond que la conscience, quelque chose advient qui ne peut se dire avec des mots. Les mots, créés et utilisés par et dans notre vie consciente ne sont pas l’essence de la prière. L’essence de la prière est l’acte de Dieu travaillant notre être et le présentant à lui. Paul appelle « soupir » la façon dont cela se produit. Le soupir est l’expression de la faiblesse dans notre existence de créature. Nous ne pouvons nous approcher de Dieu qu’avec des soupirs inexprimables, et ces soupirs sont son œuvre en nous.

C’est enfin la réponse à la question que posent souvent les chrétiens : quelle est la prière qui convient le mieux à notre relation à Dieu ? La prière de remerciement, ou la prière de demande, la prière d’intercession, de confession ou de louange ? Paul ne fait pas ces distinctions. Elles dépendent des mots. Le soupir de l’Esprit est en nous trop profond pour les mots et pour la distinction en types de prières. La prière spirituelle élève à Dieu par la puissance de Dieu et elle inclut tous les types de prières.

Un dernier mot à l’intention de ceux qui sentent qu’ils ne trouvent pas de mots pour prier et qui restent en silence devant Dieu. Ce peut être l’absence de l’Esprit. Il se peut aussi que leur silence soit une prière silencieuse, autrement dit, des soupirs trop profonds pour les mots. Alors celui qui sonde le cœur de l’homme, les écoute et les comprend.



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