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Une création nouvelle

 

 

Paul Tillich


Traduction Jean-Marc Saint

 

 

Galates 6,15
Ce qui importe, ce n’est ni la circoncision ni l’incirconcision, c’est une création nouvelle.

 

 

30 mai 2012

Si l’on me demandait de résumer en deux mots pour notre temps le Message chrétien, je dirais avec Paul : C’est l’annonce d’une « nouvelle Création ». Nous avons lu un texte sur la nouvelle création dans la seconde lettre aux Corinthiens de Paul. Permettez-moi d’en rappeler l’une des phrases avec les mots d’une traduction exacte : « si quelqu’un est uni au Christ il est un être nouveau ; l’ancien état de choses est passé, voici il y a un nouvel état de choses. » (2 Co 5.17).
Le Christianisme est l’annonce de la création nouvelle, de l’être nouveau, de la réalité nouvelle, apparue avec la présence de Jésus, lequel pour cette raison et précisément pour cette raison, est appelé le Christ. Car le Christ, autrement dit, le Messie, l’élu et l’oint, c’est celui qui apporte un nouvel état de choses.

Nous vivons tous dans l’ancien état de choses et notre texte nous demande avec insistance : participons-nous aussi à la création nouvelle ? Nous appartenons à l’ancienne création et le christianisme nous demande de participer aussi à la création nouvelle. Nous avons appris à nous connaître dans notre être ancien ; au cours de cette heure nous allons nous demander si nous avons aussi fait l’expérience d’un être nouveau.

Quel est cet être nouveau ? Paul répond d’abord en disant ce qu’il n’est pas. Ce n’est ni la circoncision, ni l’incirconcision. Cela signifie pour Paul et pour les lecteurs de sa lettre quelque chose de bien défini. Cela signifie qu’être juif ou païen n’a pas d’importance ultime, et que seul compte le fait d’être uni à celui en qui la réalité nouvelle est présente. Circoncision et incirconcision, qu’est ce que cela signifie pour nous ? Cela signifie quelque chose de très défini et en même temps de très universel.
Cela signifie qu’aucune religion comme telle ne crée l’être nouveau. La circoncision est un rite religieux observé par les juifs ; les sacrifices sont des rites religieux observés par les païens ; le baptême est un rite religieux observé par les chrétiens. Tous ces rites importent peu, seule importe une création nouvelle. Et puisque dans le langage de Paul ces rites représentent la religion dont ils sont une partie, nous pouvons dire : Aucune religion n’a d’importance, seul importe un état de choses nouveau.

Réfléchissons à cette affirmation saisissante de Paul. Elle déclare premièrement que le christianisme est plus qu’une religion ; c’est l’annonce de la création nouvelle. Le christianisme comme religion n’est pas important ; il est comme la circoncision ou l’incirconcision, ni plus, ni moins ! Pouvons-nous imaginer les conséquences de cette déclaration de l’apôtre pour notre situation ?
Dans le monde présent, le christianisme rencontre diverses formes de circoncision et d’incirconcision. La circoncision peut représenter aujourd’hui ce qu’on appelle la religion et l’incirconcision ce qu’on appelle la laïcité, avec ses exigences quasiment religieuses. À côté du christianisme, existent de grandes religions : lhHindouisme, le bouddhisme, l’islam et ce qui demeure du judaïsme classique ; ces religions ont leurs mythes et leurs rites – autrement dit leur « circoncision » - qui leur donnent leurs caractéristiques propres.
Existent aussi des mouvements laïques, tels le fascisme et le communisme, l’humanisme laïque et l’Idéalisme éthique. Ces mouvements s’efforcent d’écarter les mythes et les rites et représentent autrement dit l’incirconcision. Ils prétendent à la vérité ultime et exigent une complète consécration. Comment le christianisme se tournera t-il vers eux ? Leur dira-t-il : Venez à nous, nous sommes la meilleure des religions ; notre genre de circoncision ou d’incirconcision est supérieure au vôtre ?
Faut-il louer le christianisme comme s’il était notre style de vie, religieux et laïc ? Faut-il transformer le message chrétien en récit de réussite, et dire à la façon de la publicité : Faites en l’essai auprès de nous et vous verrez que vous ne pourrez plus vous en passer ! Certains missionnaires, certains clercs et certains laïcs font usage de pareilles méthodes. Ils montrent leur totale incompréhension du christianisme.

L’apôtre, qui fut à la fois un missionnaire, un clerc et un laïc déclare quelque chose de bien différent. Il dit : aucune religion particulière n’a d’importance, ni la nôtre, ni la vôtre ; par contre, je peux vous dire que quelque chose d’important est arrivé, quelque chose qui nous juge vous et moi, votre religion et la mienne : une création nouvelle est intervenue, un être nouveau est apparu ; nous sommes tous appelés à y participer.
Quand nous rencontrons des païens et des juifs nous devrions leur dire : Ne comparez pas votre religion à notre religion, vos rites à nos rites, vos prophètes à nos prophètes, vos prêtres à nos prêtres, vos saints à nos saints. Cela ne sert à rien ! Et surtout ne pensez pas que nous voulons vous convertir au christianisme anglais ou américain, ou à la religion du monde occidental. Nous ne voulons pas vous attirer à nous ni même aux meilleurs d’entre nous. Cela ne servirait à rien ! Nous voulons seulement vous montrer ce que nous avons vu et vous dire ce que nous avons entendu : il y a une nouvelle création au milieu de l’ancienne création et cette nouvelle création est manifeste en Jésus qu’on appelle le Christ.

Quand nous rencontrons des fascistes et des communistes, des humanistes scientistes et des représentants de l’éthique idéaliste, nous devrions leur dire : Ne vous vantez pas trop de n’avoir pas de rite ni de mythe, d’être libérés de la superstition et d’être parfaitement rationnels, « incirconcis » en tout sens du terme.
En premier lieu, vous avez vous aussi vos rites et vos mythes, et votre petite circoncision ; ils sont même très importants pour vous. Si vous en étiez complètement libres, vous n’auriez pas besoin de mettre en évidence votre in-circoncision. Cela ne sert à rien ! Ne pensez pas que nous voulons vous détourner de la laïcité pour vous tourner vers la religion, que nous voulons faire de vous des religieux, membres d’une religion supérieure, la religion chrétienne, et en son sein d’une grande dénomination : la nôtre ! Cela ne servirait à rien. Nous voulons seulement vous faire connaître l’expérience que nous avons faite ici et maintenant, dans le monde, celle d’une nouvelle création, souvent cachée, parfois manifeste, mais assurément manifeste en Jésus qu’on appelle le Christ.

C’est de cette manière que nous devrions nous adresser à ceux qui, religieux ou laïques, se tiennent en dehors de la sphère du christianisme. Nous ne devrions pas trop nous préoccuper de la religion chrétienne, de l’état des Églises, de leur fréquentation, de leurs doctrines, de leurs institutions, de leurs ministres, de leurs sermons et de leurs sacrements. C’est la « circoncision » et son absence, la sécularisation, aujourd’hui répandue de plus en plus dans le monde, c’est l’« incirconcision ». L’une et l’autre sont sans importance si l’on pose la question ultime, la question de la réalité nouvelle. Cette question infiniment importante devrait nous préoccuper plus que tout sous le ciel et sur la terre. La création nouvelle – c’est notre préoccupation ultime : elle devrait nous passionner infiniment - elle est la passion infinie de tout être humain. Comparativement, la religion ou l’a-religion, le christianisme ou le non-christianisme, importent très peu - et comptent pour rien ultimement.

Permettez-moi maintenant de vanter un instant le fait que nous sommes chrétiens ; soyons fous de vantardise, comme le dit Paul quand il commence à se vanter. Il est important qu’étant chrétien on puisse soutenir l’idée que cela n’a pas d’importance. La puissance spirituelle de la religion permet à celui qui est religieux de considérer sans crainte la vanité de la religion. Le fruit le plus mûr la pensée chrétienne consiste à comprendre que le christianisme comme tel ne sert à rien. Voilà de la vantardise, non pas une vantardise personnelle, mais une vantardise à propos du christianisme. Comme vantardise, c’est une folie. Mais comme vantardise relativement au fait qu’il n’y a pas de quoi se vanter, c’est de la sagesse et de la maturité. Avoir sans avoir – est une attitude juste à l’égard de tout ce qui est grand et merveilleux dans la vie, même à l’égard de la religion et du christianisme. Par contre, ce n’est pas une attitude juste à l’égard de la création nouvelle. L’attitude juste a l’égard de la création nouvelle est un désir passionné et infini.

Soulevons de nouveau la question : Quel est cet être nouveau ? L’être nouveau n’est pas quelque chose qui remplacerait simplement l’être ancien. C’est un renouveau de l’ancien, lequel a été corrompu, déformé, divisé, presque détruit, mais pas détruit complètement. Le salut ne détruit pas la création ; il fait de l’ancienne création une création nouvelle. Aussi faut-il parler du nouveau en termes de re-nouveau : du triple « re » de la re-conciliation, de la re-union, de la re-surrection.

 

Être réconcilié

Paul associe dans sa lettre la création nouvelle et la réconciliation. Le message de la réconciliation est : Soyez réconcilié avec Dieu. Cessez de lui être hostile, car jamais il n’est hostile envers vous. Le message de la réconciliation n’est pas que Dieu a besoin d’être réconcilié. Comment pourrait-il l’être ? Il est la source et la puissance de la réconciliation, qui pourrait le réconcilier ? Mais païens, juifs, et chrétiens – nous avons tous essayé et essayons encore de nous réconcilier avec lui à l’aide de rites, de sacrements, de prières et de services, d’actions morales et d’œuvres de charité. Si nous tentons de le faire, si nous essayons de lui donner quelque chose, de lui montrer des bonnes œuvres pour l’apaiser, nous échouons. Il n’y en a jamais assez ! Nous ne pouvons jamais le satisfaire ; l’exigence est infinie.
Du fait que nous ne pouvons pas l’apaiser, nous devenons hostiles envers lui. N’avez-vous jamais remarqué la somme d’hostilité envers Dieu qu’on trouve dans les profondeurs de gens honnêtes et bons qui excellent en œuvres de charité, en piété et en zèle religieux ? Il ne peut pas en être autrement ; chacun est hostile, consciemment ou inconsciemment, envers ceux dont il se sent rejeté. Tout le monde se trouve ans cette situation, que l’on nomme « Dieu », « nature », « destin » ou « condition sociale » ce qui nous rejette.

Chacun éprouve de l’hostilité envers l’existence dans laquelle il est jeté, envers les puissances cachées qui déterminent sa vie et celle de l’univers, envers ce qui le rend coupable et le menace de destruction parce qu’il est devenu coupable. Nous-nous sentons tous rejetés et hostiles envers ce qui nous a rejeté. Nous essayons de l’apaiser et l’échec nous rend encore plus hostiles encore. Cela se produit souvent à notre insu.
Mais il y a deux symptômes que nous ne pouvons pas éviter de voir : l’hostilité envers nous-même et l’hostilité envers les autres. On parle souvent de l’orgueil, de l’arrogance, de la suffisance et de la complaisance des gens. C’est souvent le niveau le plus superficiel de leur être. En dessous, au niveau plus profond, il y a un refus de soi, un dégoût et même une haine de soi. Soyez réconciliés avec Dieu signifie aussi : soyez réconciliés avec vous-mêmes ! Car nous ne le sommes pas ; nous cherchons à nous apaiser nous-mêmes. Nous-nous efforçons de nous rendre plus acceptables. Celui qui se sent rejeté par Dieu et qui se rejette se sent aussi rejeté par les autres. Plus il éprouve d’hostilité envers son destin, plus il en éprouve envers lui-même et envers les autres. S’il nous arrive d’être saisi d’horreur devant l’hostilité inconsciente ou consciente que les autres trahissent à notre égard, ou en découvrant notre propre hostilité envers ceux que nous croyons aimer, n’oublions pas qu’eux aussi se sentent rejetés par nous et que nous-nous sentons rejetés par eux. Ils se sont efforcés de se faire accepter et ils ont échoué. Nous-nous sommes efforcés de nous faire accepter et nous avons échoué. Leur hostilité comme la nôtre s’accroît.

Soyez réconciliés avec Dieu ! Cela signifie aussi : soyez réconciliés avec les autres ! Mais cela ne signifie pas : essayez de vous réconcilier avec les autres ! Cela ne signifie pas non plus : essayez de vous réconcilier avec vous-mêmes ! Essayez de vous réconcilier avec Dieu, vous échouerez !

Voici le message : Une nouvelle réalité est apparue au sein de laquelle vous êtes réconciliés. Nous n’avons rien à montrer pour entrer dans l’être nouveau ; nous devons seulement nous ouvrir pour qu’il nous saisisse : Rien à montrer !

 

Être réuni

Le premier signe de la réalité nouvelle est d’être réconcilié, le second signe est d’être réuni. La réconciliation rend possible la réunion. La nouvelle création est la réalité qui réunit ce qui est séparé. L’être nouveau s’est manifesté en Christ parce chez lui la séparation ne l’a jamais emporté sur son unité avec Dieu, avec l’humanité et avec lui-même. C’est ce qui confère à l’image que les évangiles présentent de lui une puissance irrésistible et inépuisable.
Nous découvrons en lui une vie humaine qui maintient l’unité en dépit de tout ce qui la pousse à la séparation. Il représente et médiatise la puissance de l’être nouveau, parce qu’il représente et médiatise la puissance d’une unité ininterrompue. Là où apparaît la réalité nouvelle, on se sent uni à Dieu, fond et sens de toute existence. On éprouve ce qu’on appelait jadis l’amour du destin ; ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui, le courage d’assumer sa propre angoisse.

On fait alors l’expérience étonnante d’être uni à soi, non dans l’orgueil et la suffisance, mais dans l’acceptation profonde de soi. On s’accepte soi-même comme une réalité d’une importance éternelle, éternellement aimée, éternellement acceptée. Le dégoût de soi, la haine de soi disparaissent. La vie trouve un centre, une direction, un sens. Toute guérison – physique ou mentale – crée une réunion de soi avec soi. Là où intervient une véritable guérison, là est l’être nouveau, la création nouvelle. Mais pour qu’advienne une guérison véritable il ne suffit pas qu’une partie du corps ou de l’esprit soit réuni à l’ensemble, il faut que cet ensemble - notre être entier notre personnalité entière - soit uni à lui-même.

La nouvelle création est une création qui guérit, parce qu’elle réuni à soi et qu’elle réunit aux autres. Rien de plus caractéristique de l’ancien être que la séparation entre les hommes. Rien n’est recherché plus passionnément que la guérison de la société, que l’être nouveau au sein de l’histoire et dans les relations humaines. La lourde accusation de n’avoir pas contribué à l’union de l’humanité pèse lourdement sur la Religion et sur le Christianisme. Qui peut nier le bien fondé de ce défi ?
Néanmoins, l’humanité continue de vivre, et elle ne vivrait plus si la puissance de la réunion, de guérison, de la création nouvelle ne l’emportait en permanence dans l’histoire humaine sur la séparation. Chaque fois que l’un de nous est saisi par un visage humain en tant qu’humain, chaque fois que sont surmontés des répugnances personnelles, des préjugés raciaux, des conflits nationaux, la différence des sexes, de l’âge, de la beauté, de la force, de la connaissance et beaucoup d’autres causes de séparation – alors advient la création nouvelle ! L’humanité ne vit que parce que cela se produit sans cesse.

Si l’Église, en tant qu’assemblée de Dieu a une signification ultime, elle-ci tient au fait qu’on y proclame, qu’on y reconnaît, et qu’on y réalise, même partiellement, dans la faiblesse et les distorsions, la réunion des l’humains les uns avec les autres. L’Église est le lieu où la réunion de l’homme avec l’homme est un événement effectif, en dépit du fait que l’ Église de Dieu soit trahie continuellement par les Églises chrétiennes. Trahie et repoussée, la création nouvelle sauve et maintient les Églises, l’humanité et l’histoire, qui pourtant la trahissent et la repoussent.

 

Résurrection

L’Église, comme tous ses membres, rechute de l’être nouveau dans l’ancien être. C’est pourquoi le troisième signe de la création nouvelle est la re-surrection. Le mot « résurrection » évoque auprès de beaucoup un cadavre surgissant de la tombe, ou tout autre image fantastique. Or le mot « résurrection » désigne le triomphe d’un état de choses nouveau, la naissance d’un être nouveau à partir de la mort de l’ancien.

La résurrection n’est pas un événement qui pourrait se produire dans un certain futur lointain, elle est, ici et maintenant, aujourd’hui et demain, la puissance de créer la vie à partir de la mort de l’être nouveau, Là où est l’être nouveau, là est la résurrection, autrement dit la création éternelle de tout moment du temps. L’être ancien porte la marque de la désintégration et de la mort. L’être nouveau place une marque nouvelle sur l’ancien. De la désintégration et de la mort naît une réalité d’une signification éternelle. Ce qui fut immergé dans la dissolution émerge dans la création nouvelle.

La résurrection se produit maintenant ou jamais. Elle se produit en nous et autour de nous, dans l’âme, dans l’histoire, dans la nature et dans l’univers. Réconciliation, réunion, résurrection – telle est la création nouvelle, l’être nouveau, l’état de choses nouveau. Y participons-nous ? Le message du christianisme n’est pas le christianisme, mais une réalité nouvelle. Un état de choses nouveau est apparu. Il apparaît encore. Il est caché et il est visible, il est ici et il est là. Acceptez-le, entrez et laissez-vous saisir par lui.


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