Rencontrer Jésus
pour la première fois
Le Jésus historique ; le cœur de la foi contemporaine
« Meeting Jesus Again for the First Time:
The Historical Jesus & The Heart of Contemporary Faith »
Ed. HarperCollins, New York. 1994. 150 pages
Marcus Borg
professeur de théologie à l'université de l'État d'Oregon, États-Unis
Recension Mike Christianson
12 mai 2011
Marcus Borg, qui est professeur de théologie à l’Université d’État de l’Oregon, sans être explicitement Quaker, se rapproche néanmoins de leur manière de penser.
Il a déclaré ceci :
« ... Je ne considère plus que la vie chrétienne soit avant tout une question de croyances : croire en Dieu, croire en la Bible, croire en la tradition chrétienne. La vie chrétienne est plutôt d’entrer dans une relation avec ce que désigne la tradition chrétienne que l’on peut appeler Dieu, le Christ ressuscité et vivant, l’Esprit. »
D’une part le professeur Borg juge « inadéquates » les conceptions traditionnelles du Jésus historique et leurs conséquences sur la « vie chrétienne ». Dans le monde catholique et chez les protestants historiques, la thèse qu’il critique le plus est celle du divin sauveur, c’est-à-dire qu’il convient de croire que Jésus a réellement été ce qu’il a dit être et qu’il est mort pour nos péchés.
D’autre part il remarque que bien des gens ne savent pas vraiment que faire de ces affirmations doctrinales et se contentent de penser à Jésus comme à un maître de morale qu’il faudrait imiter, ce qui donne évidemment une image moraliste de la vie chrétienne (il faut « être bon »).
Le professeur Borg affirme que ces deux conceptions sont inadéquates : la vie chrétienne ne consiste pas à croire des choses ou à être bon. En se basant sur les travaux bibliques et historiques des théologiens modernes, il propose une image de Jésus qui nous incite à une union avec Dieu renouvelant toujours notre propre vie.
Bien qu’il fonde toujours ses affirmations sur la Bible, ce n’est pas la théologie qui est à l’origine de ses réflexions. Dans sa trentaine et dans ses années d’études théologiques, il dit avoir vécu des expériences spirituelles « d’émerveillement absolu », du « sentiment que la terre est pleine de la gloire de Dieu et rayonne de sa présence ». Ces expériences spirituelles « d’émoi sacré, de sainteté éblouissante » de « mystère immense et irrésistible, faisant frissonner et suscitant pourtant une attirance incoercible » l'ont amené à une toute nouvelle manière de concevoir Dieu, Jésus et la vie chrétienne.
Il écrit :
« J’ai pris conscience que Dieu n’est pas un être surnaturel présent dans un au-delà ». J’ai commencé à penser que le mot Dieu désigne l’élément sacré qui est au cœur de notre être, le mystère saint qui nous entoure et qui est aussi en nous. J’ai appris que ces (saintes) expériences, bien qu’extraordinaires, sont sommes toutes relativement communes, bien connues dans les autres cultures, depuis des siècles, dans toute l’histoire et jusqu’à aujourd’hui.
C’est ainsi que l’existence de Dieu – le sacré, le saint, le numineux - m’est apparue progressivement de plus en plus évidente. Dieu n’était plus un concept, un article de foi : il est devenu un être de communion.
Cette transformation de ma compréhension de Dieu a influencé aussi celle de Jésus. Je suis désormais capable de discerner la présence centrale de Dieu (autrement dit de « l’Esprit ») dans la vie de Jésus lui-même. Je vois dès lors Jésus comme celui dont la spiritualité – sa conscience de la présence en lui de l’Eprit – était le fondement de sa vie.
Ceci est l’élément que je considère désormais comme essentiel pour comprendre Jésus : il n’était pas seulement profondément impliqué dans la vie sociale du monde mais il était aussi enraciné dans le monde de l’Esprit. La relation de Jésus avec l’Esprit est la source de tout ce qu’il a été.
Le professeur Borg fait du Jésus de l’histoire d’avant Pâques, le portrait d’un homme de spiritualité : un « homme saint », rempli et en communion totale avec la Lumière, comme disent les Quakers. Cette conception peut être très utile pour nous aider à comprendre les assemblées quakers ainsi que ceux qui ne peuvent pas se dire « chrétiens » à la manière des catholiques et des protestants.
En mettant en relation la notion de foi avec celle de l’expérience spirituelle, le professeur Borg intègre avec maîtrise et lucidité les connaissances bibliques, le témoignage personnel et la profondeur psychologique. Il nous ouvre à la réalité du Dieu qui nous est intérieur.
Traduction Gilles Castelnau