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La face cachée du blasphème

 

Prendre un théâtre d’assaut, brûler un journal,

est-ce bien un acte de croyant ?

 

 

Raphaël Picon

professeur et doyen de la faculté de théologie protestante de Paris

rédacteur en chef du mensuel Évangile et Liberté

 

article précédemment publié dans l'Humanité


 

24 novembre 2011

La dénonciation du blasphème entretient un leurre. Elle prétend que le sacré, ce noyau dur du religieux, aurait été profané. Or si l’adepte d’une religion estime que la réalité ultime à laquelle il se réfère est touchée par une critique qu’il juge blasphématrice, cette réalité est-elle encore ultime ? N’est-ce pas plutôt l’image qu’il se fait de celle-ci qui se trouve mise à mal ? Ce n’est jamais tant l’absolu en soi qui est blasphémé que l’imaginaire qu’il nourrit.

Ce que le blasphème heurte n’est pas un prétendu sacré mais l’identité des croyants. On l’oublie trop souvent, avant d’être un code rituel et un système dogmatique particulier, la religion est l’objet d’un investissement affectif. Elle est affaire de sensibilité personnelle et renvoie à l’intime de chacun. L’évangéliste Matthieu ne s’y est pas trompé lorsqu’il fait dire à Jésus : «  Quand tu veux prier, va dans la chambre la plus reculée.  »
«  Cache ton Dieu, c’est le secret de l’âme  », écrira quant à lui Paul Valéry.

Cette dimension affective fragilise la distinction pourtant nécessaire entre la critique et l’injure. Le croyant a vite fait de se sentir injurié par la mise en critique de ce qui structure une part de son identité. D’autant que ce qui est considéré comme blasphématoire joue fréquemment sur des codes comportementaux. On trouvera ainsi blasphématrice une image montrant le représentant de telle religion transgresser un code moral spécifique ou contrevenir à certaines normes sociales.

On se souvient de cette caricature montrant Mahomet avec une bombe dans le turban, ou cette publicité représentant Jésus en femme, lors de la Cène, en compagnie de femmes langoureuses et dévêtues. Ces images jouent avec certains codes dominants et font de ces représentants religieux les violateurs d’un ordre moral spécifique. Le fait est d’autant plus fort que la transgression joue sur certains clichés souvent tenaces de la religion incriminée : le christianisme et son rapport ambigu au corps et au sexe, l’islam et son rapport à la violence et au terrorisme. Le blasphème dérange ainsi par sa capacité à renforcer dans l’imaginaire commun certains stéréotypes dont veulent pourtant bien souvent se défendre les adeptes de la religion brocardée.

Toutes les religions ne sont pas à égalité devant la critique car toutes ne partagent pas la même mémoire. Il faut avoir profondément déconstruit ses mythes et textes fondateurs pour inscrire le religieux dans le champ de la seule représentation symbolique. Rien ne saurait plus dès lors identifier le dieu des confessions de foi, œuvre de la culture, à la réalité ultime à laquelle il ne peut que renvoyer. C’est aussi cela que la liberté d’expression critique à l’endroit du religieux se devrait d’accepter comme limite. Si elle peut fissurer ces représentations, elle ne peut atteindre ce qui se joue dans l’intime du croyant devant son Dieu.

Souligner cette dimension privée de l’expérience religieuse ne saurait pour autant la confiner en celle-ci. Car c’est en se montrant que la religion s’expose. La neutralisation du religieux dans la seule sphère privée empêche sa mise en critique. Or seule la critique sauve la religion du risque qui toujours la menace : celui de l’absolutisme. Un blasphème vise toujours juste quand il empêche nos images de devenir des idoles.


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