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La cruauté envers les animaux

n’est pas tolérable

 

Les chrétiens sont spirituellement aveugles

dans leurs relations avec les autres créatures

 

 

Andrew Linzey

prêtre de l'Église d'Angleterre

directeur de l’Oxford Centre for Animal Ethics

 

 

16 octobre 2011

On a parfois l’impression que la sensibilité de nos contemporains à la souffrance des animaux s’accroît. Il est certainement vrai que, depuis 40 ans, un grand pas a été fait. La chasse est réglementée, la chasse à cours est interdite, l’élevage d’animaux à fourrure aussi. L’élevage des veaux et des truies en boxes et l’élevage en batterie disparaissent progressivement. L’expérimentation sur les grands singes est restreinte. L’Animal Welfare Act de 2006 a introduit pour la première fois un « devoir de protection » pour les animaux domestiques.

Ces changements législatifs sont sous-tendus par un important accroissement des travaux philosophiques sur le statut moral des animaux, en général très critiques des pratiques actuelles. Ils ont eux-mêmes été appuyés par des travaux scientifiques qui ont démontré que tous les mammifères au moins éprouvent non seulement la souffrance physique mais aussi mentale, y compris la peur, l’appréhension, le choc, le traumatisme, l’angoisse et la terreur, tous sentiments que l’on croyait jusqu’ici caractéristique des êtres humains.

Et pourtant, la maltraitance des animaux est comme l’hydre à multiples têtes. Lorsqu’une tête est coupée, une autre surgit. Il y a eu progressivement une réduction de l’expérimentation animale au début des années 1990, mais celle-ci a désormais retrouvé son niveau des années 1980 – plus de 3,7 millions en 2010 dans le Royaume Uni, dont beaucoup en raison de l’augmentation massive des manipulations génétiques.

On a démantelé les pires fermes d’élevage-usines mais on assiste maintenant à l’émergence de « méga-fermes laitières » dans lesquelles des milliers de vaches sont gardées dans l’obscurité et sans pâturage naturel.

La cruauté envers les animaux ne montre aucun signe de diminution. Le nombre de plaintes dont la RSPCA (équivalent britannique de la Société protectrice des animaux) a été saisie a augmenté d’année en année de 137 245 en 2007 à 159 686 en 2010. Est-ce parce que l’on est aujourd’hui plus sensible à la souffrance des animaux ou parce qu’on les maltraite davantage ? Peut-être les deux. De toutes façons cette augmentation est inquiétante.

 

Comment se fait-il que notre société ne prenne pas conscience que la cruauté envers les animaux ne peut pas plus être tolérée que la cruauté envers les enfants ?

La réponse est en partie la simple inertie politique. Le gouvernement n’a rien fait pour empêcher la construction des méga-fermes laitières. Malgré un consensus général de l’opinion pour l’interdiction d’animaux sauvages dans les cirques, le DEFRA (Département britanniques pour l’environnement, l’alimentation et l’agriculture) et le Premier ministre tergiversent. Le gouvernement manœuvre pour revenir sur l’interdiction de la chasse avec des chiens. Le gouvernement précédent se préparait au moins examiner la question des relations de la cruauté envers les animaux et la violence humaine, mais l’administration actuelle considère que ce n’est plus à l’ordre du jour.

En dépit du fait que la preuve scientifique a été apportée de l’inutilité et même de la nocivité de la destruction des blaireaux pour lutter contre la tuberculose bovine, le gouvernement propose pourtant de la maintenir. J’ai écrit à Caroline Spelman, Secrétaire d’État à l’Environnement pour lui demander ses arguments scientifiques mais j’attends toujours sa réponse.

Les Églises sont absentes de ce débat. A part quelques respectables exceptions, les archevêques et évêques anglais n’ont fait aucune déclaration sur la question depuis au moins dix ans. Alors qu’ils sont normalement loquace pour déplorer les politiques sociales régressives, ils ne semblent pas capables de s’intéresser aux animaux. Ils s’expriment facilement sur les questions environnementales mais ils se taisent dès qu’il s’agit des devoirs que nous pouvons avoir pour les autres créatures. Ce qui est vrai de l’enseignement de l’Église l’est encore davantage de sa liturgie. On ne trouve aucune prière en faveur des autres créatures de Dieu dans le « Common Worship » (liturgie de l’église anglicane).

Tout ceci ne représente pas seulement un échec en matière d’éthique mais aussi - et bien plus qu’on ne pense généralement - un échec fondamental en théologie. Le philosophe allemand Ludwig Feuerbach a dit que le christianisme n’est rien d’autre que la consécration et même la déification de l’espèce humaine.

La théologie chrétienne a besoin des animaux pour se sauver elle-même et nous sauver nous-mêmes de l’idolâtrie. L’ « idolâtrie » de l’espèce humaine consiste à la déifier en la présentant comme la seule – ou l’exclusive – préoccupation de Dieu le créateur.

Afin de s’en prémunir, la théologie doit prouver qu’elle est capable de fournir ce qu’elle promet : une conception du monde réellement centrée sur Dieu et non pas sur l’homme. Si elle se focalise sur l’homme à l’exclusion de toutes les autres vies, elle révèle un dérapage dans sa doctrine du Dieu créateur.

Les chrétiens n’ont pas vraiment réussi à dépasser l’idée que le monde entier était fait pour nous et que les animaux n’étaient que des objets, des machines, les instruments et des commodités plutôt que des partenaires. Nous n’avons pas compris que le Dieu de Jésus est aussi le « logos » par lequel – et pour lequel – toute créature existe.

Penser que les animaux n’ont d’importance que par ce qu’ils font pour nous, ou comment ils comblent nos besoins, est profondément non-théologique. La vérité est que nous sommes spirituellement aveugles aux autres créatures, aussi aveugles que les hommes l’ont été à l’égard des femmes, les blancs à l’égard des noirs et les hétérosexuels à l’égard des gay.

Le prêtre anglican Arthur Broome qui a fondé la RSPCA en 1824 l’a définie comme une association chrétienne fondée sur des principes chrétiens. Il avait bien vu que la charité chrétienne, si elle devait être réelle, devait s’étendre au delà des êtres humains. Nous sommes un certain nombre à l’espérer toujours.

 

Church Times
30.9.2011

Traduction Gilles Castelnau

 

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