Marcus Borg
professeur de théologie à l'université de l'État d'Oregon, États-Unis
22 avril 2011
Avant tout, je vois un sens politique à la croix de Jésus. Jésus a été exécuté par les autorités et la raison la plus convaincante sur le plan historique est qu’à cause de sa passion pour le Royaume de Dieu, il s’est impliqué dans une critique radicale du système oppressif de son époque. C’est ce système qui l’a tué. La croix nous montre ce que les régimes autoritaires sont capables de faire à ceux leurs opposants.
Mais, dans le Nouveau Testament, la croix a aussi un sens plus personnel et individuel. Elle est un symbole, une image de la transformation qui est celle du disciple de Jésus. Elle signifie la mort et la résurrection en communion avec le Christ.
C’est ce que dit Paul : « J’ai été crucifié avec Christ. Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ».
La croix est en ce sens une figure de la transformation spirituelle et psychologique qui conduit le disciple du Christ à une nouvelle identité, une nouvelle manière d’être.
Il y a aussi la compréhension de la croix comme sacrifice offert une fois pour toutes en sacrifice pour le péché. Si on prend cette idée à la lettre - comme on le fait couramment dans les Églises - cela signifie que Dieu ne peut pardonner les péchés que si un sacrifice convenable lui est offert : quelqu’un doit être puni et ce quelqu’un est Jésus.
De plus, seuls ceux qui connaissent cette histoire et qui y croient peuvent être sauvés.
Il me semble qu’une telle idée est insultante pour Dieu. Elle signifie que Dieu aurait exigé la souffrance et la mort de cet infiniment grand homme. Dieu ne voudra jamais qu’un innocent soit crucifié et le suggérer est horrible.
Par contre, si on comprend que l’interprétation de la mort de Jésus comme sacrifice pour le péché a été une explication post-pascale trouvée par les premiers chrétiens, on voit bien qu’elle est une métaphore destinée à affirmer la grâce absolue. Dieu s’est déjà occupé de ce qui pourrait, à notre avis, nous séparer de lui.
Cela signifie que Dieu nous accepte comme nous sommes et que nous n’avons pas à nous préoccuper de nous mettre en règle avec lui, car cela est déjà fait.
Ce dont il s’agit est d’avoir la confiance absolue en Dieu qui permettra notre transformation et finalement, ultimement, la transformation du monde.
Traduction Gilles Castelnau