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Jésus est vivant

 

The Living Jesus

 

 

Anthony Freeman

 

prêtre anglican

Conférence donnée à l’église baptiste de West Worthing (Angleterre)

 


1er septembre 2010

Le chœur de notre paroisse avant d’entrer dans l’Église, écoute la prière suivante :
« Fais que nous adhérions de tout cœur aux paroles que nos bouches vont chanter ».
Je me suis toujours demandé si j’adhérais de tout cœur aux grandes affirmations de la foi chrétienne mentionnées dans les cantiques que nous chantons semaine après semaine.
Personnellement je réponds oui. Mais c’est parce que j’ai étudié les Écritures et les doctrines et que je suis capable de leur trouver un sens admissible en notre 21e siècle. Mais bien trop de fidèles de l’Église pensent qu’il faut comprendre ces choses comme on le faisait au 1er, au 4e ou au 16e siècle. Et il n’est pas étonnant qu’ils aient des problèmes.
C’est pourquoi lorsque j’entendais prier ceci, j’ajoute intérieurement
« et c’est à moi, en tant que prédicateur, de présenter ces vérités d’une manière acceptables pour les esprits d’aujourd’hui. »
Cela ne signifie pas qu’il faille tout simplifier comme pour des enfants. Bien au contraire, cela signifie un effort intellectuel afin de ne pas laisser croire que la fois s‘oppose à la raison et à l’intelligence. Saint Augustin disait : « je crois afin de comprendre » (credo ut intelligam) et saint Anselme : « la foi en recherche d’intelligence » (fides quaerens intellectum).
Voyons comment ce principe peut fonctionner à partir d’un exemple pratique, celui de la résurrection de Jésus.

 

Que voulons-nous dire en affirmant que Jésus est vivant ?
Les retraités doivent fréquemment faire signer par des autorités un certificat de vie justifiant leur droit de continuer à percevoir leur retraite. Pourrait-on certifier que Jésus de Nazareth, charpentier à Nazareth est en vie et habilité à toucher sa retraite ? Évidemment non. Quel que soit le sens que nous donnons à l’affirmation « Jésus est vivant », ce n’est pas celui que comprennent les compagnie d’assurance ou de retraite.
En disant que Jésus est vivant, nous savons très bien qu’il est mort et a été enterré. Il n’est pas vivant au sens habituel du mot.
Il est évident et essentiel de dire cela. En effet, personne n’a jamais dit, depuis que le christianisme existe, que Jésus serait vivant d’une existence ordinaire. Il y a suffisamment comme ça d’opposants à un christianisme ouvert, honnête et crédible pour ne pas laisser dire qu’avoir la foi serait de croire six choses impossibles avant le petit déjeuner !

Autre remarque : Les fans d’Elvis Presley aiment dire « Elvis est vivant ! ». Ils lui donnent même un titre royal (comme les chrétiens font pour Jésus) : « Le Roi est vivant ! ». C’est une manière de dire que la puissance de cet homme et de sa musique n’ont pas disparu avec sa mort. Est-ce cela que les chrétiens veulent dire en affirmant que Jésus est vivant, qu’il est Seigneur et Roi ? Affirme-t-on seulement la puissance vivante de son enseignement et de son exemple qui animent des millions d’hommes dans le monde entier ? Oui, certainement. Et d’ailleurs cela établit un pont entre le langage religieux et le langage courant.

Cet exemple d’Elvis permet d’affirmer que l’on peut « être vivant » tout en « étant mort » et il offre deux manières de comprendre le langage religieux.

1. D’abord, il donne un sens figuré, imagé, au mot « vivant ». Les compagnie d’assurance ou de retraite utilisent le sens littéral et dans ce cas « être mort » est le contraire d’« être vivant ». Et ceci demeure vrai dans le cas de ceux qui ont été cliniquement morts et sont plus tard revenus à la vie, comme les personnages bibliques de Lazare et du fils de la veuve de Naïn. Ils sont morts pendant un temps, puis ont vécu à nouveau durant une période courte ou longue avant de mourir, cette fois, définitivement. Par contre, lorsque nous disons que Jésus est vivant, nous affirmons que sa mort et sa vie sont toutes deux permanentes. C’est parce que Jésus est définitivement mort que ses disciples ont pu affirmer qu’il ne mourra plus et qu’il a vaincu la mort.
Ceci est fondamentalement important. Le fait de souligner la réalité de la mort absolue de Jésus est un élément central de la théologie chrétienne qui a toujours affirmé que Jésus n’est pas « revenu » de la mort mais qu’il a plutôt franchi la frontière de la mort. Il n’est pas étonnant que chrétiens et non chrétiens se demandent pareillement ce que cela peut bien vouloir dire.

2. Ensuite il est évident qu’Elvis ne continue à vivre que dans la mesure où ses fans écoutent sa musique. C’est dans les paroles des disciples de Jésus, dans leurs actes et dans leur vie renouvelée, que les mots « Jésus est vivant » reçoivent leur sens. Quoi qu’aient vécu les disciples le jour de Pâques et les semaines suivantes, c’est bien cela qui les a rendus capables – sans les y obliger – de proclamer : « la mort ne domine plus la vie, la mort ne rend plus la vie absurde : c’est la mort qui donne son véritable sens à la vie ».
L’Église a toujours enseigné que la vie éternelle est une nouvelle qualité d’existence qui commence ici et maintenant. Saint Paul disait bien que pour un chrétien, la vie éternelle commence à leur baptême, ce qui signifie « mourir au péché » sans attendre de mourir physiquement.
Nous sommes facilement tentés d’être de temps en temps débordés par la souffrance, la maladie, la cruauté et par dessus tout par la mort elle-même qui ôtent toute valeur à la vie. L’affirmation chrétienne que « Jésus est vivant » dit, au contraire, que tout ceci faisant partie intégrante de la vie lui donne, par là même tout son sens.


Évidemment parler ainsi de la résurrection
contourne en fait toutes les questions que celle-ci pose pourtant : que penser du tombeau vide, des portes fermées que Jésus traverse, du fait qu’on ne le reconnaît pas ? Mais il est incontestable que des millions de chrétiens ont eu leur vie transformée sur cette terre par les récits de la victoire de Jésus sur la mort, qu’ils puissent ou non être pris à la lettre. Quelle que soit la manière dont nous la prenons, cette histoire a le pouvoir d’apporter à chacun de nous, ici et maintenant, une nouvelle qualité de vie. C’est cela la vie éternelle. C’est cela le message de Pâques. C’est cela que l’Église veut dire en proclamant « Jésus est vivant ».

Néanmoins la question demeure de savoir « ce qui est vraiment passé le jour de Pâques ». Je dirai qu’il ne faut pas chercher à se servir de la Bible comme d’un télescope mais plutôt comme d’un salon des miroirs.
Un télescope fait voir clairement les objets lointains et on traite la Bible ainsi lorsqu’on s’imagine qu’elle nous révèle dans le détail des événements éloignés dans le temps, l’espace et  même dans les lieux célestes.
Mais ce n’est pas ce que fait la Bible. Elle nous montre les scènes du passé, comme dans un salon des miroirs, en de multiples réflexions et d’images superposées. C’est exactement le cas pour les textes de la résurrection, qui ne peuvent pas être résumés en un récit unique cohérent et dont même chacun pris individuellement est difficile à suivre logiquement.
Mais ce sont précisément ces ambiguïtés qui me paraissent les plus saisissantes : Marie Madeleine prend Jésus pour le jardinier, les pêcheurs ne le reconnaissent pas et curieusement n’osent pas lui demander de se nommer, car ils savent qu’il est le Seigneur.

Tout particulièrement dans les récits d’Emmaüs et des apparitions aux disciples dans la pièce aux portes fermée le premier jour de la semaine, je comprends que c’est l’eucharistie qui est la clé de la compréhension. A Emmaüs c’est dans leur repas commun que les apôtres ont été sensibles à la présence de Jésus parmi eux, mais ce n’était pas une présence physique.

Quant aux récits du tombeau vide, les quatre évangiles les mentionnent, mais de manière différente. Le texte le plus élaboré théologiquement est celui de saint Jean. Les différences qu’il présente avec le récit de la résurrection de Lazare ne viennent pas du hasard. Il faut aussi remarquer le thème de Jésus comme second Adam dans tout le récit johannique de la passion et de la résurrection.

Dans ces conditions je ne vois vraiment pas comment on pourrait préciser de manière historique les événements de Pâques. Mais à mon avis, l’importance n’est pas là. Elle est dans l’affirmation que la foi en la résurrection est confiance en la puissance de la vie sur la mort – et il ne s’agit pas d’un test permettant de savoir si nous sommes chrétien ou non !

J’ai commencé cet exposé en parlant du chœur paroissial. J’y reviens : la Royal School of Church Music cite ainsi une phrase de saint Paul : « je chanterai selon l’Esprit et avec intelligence ».

 

 Traduction Gilles Castelnau

 

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