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L'Église peut-elle aider Dieu

à sauver le monde ?

 

 

 

John B. Cobb

 

22 avril 2010

Il faut d'abord se demander quel MONDE sauver ?
Si l'on pense à l'univers entier, il n'est pas en danger tellement pressant qu'il ait besoin pour l'instant d'être sauvé. Et s'il s'agit de son implosion dans des milliards d'années, je doute que l'Église ait la possibilité de s'en mêler ! S'il s'agit de la planète Terre, le seul péril qu'elle puisse courir est celui de l'impact d'une comète et là encore l'Église n'y peut pas grand chose. Nous nous bornerons dans cet article, à la seule surface de la terre qui est le domaine de la vie humaine, et que précisément l'humanité a déjà largement commencé à endommager.

Que signifie sauver le monde ?
Le monde sera-t-il sauvé comme un homme qui se noie est tiré de l'eau ? Comme une banque est préservée de la faillite par une intervention gouvernementale ou une espèce animale en danger est préservée de l'extinction ? Les hommes seront-ils arrachés à l'Enfer ? Le monde sera-t-il délivré de l'injustice et de l'oppression ? Ce salut sera-t-il définitif ou devra-t-il être réitéré ? Il est vrai que l'espèce humaine est actuellement en danger en raison de son gaspillage des ressources naturelles de la planète et de la pollution qu'elle engendre. La catastrophe menace effectivement à moyen terme. Un autre danger, social celui-là, peut venir de la révolte des hommes qui, en majorité, se voient exclus de la richesse du monde par la main mise d'une minorité privilégiée. Incontestablement, un salut va être nécessaire, qui apportera, provisoirement au moins, une situation acceptable, où les famines, les épidémies, les génocides auront disparu. C'est un tel salut que nous évoquons ici.

Comment aider Dieu ?
Il faut d'abord admettre que Dieu a besoin d'être aidé dans la mesure où il n'agit pas isolément, indépendamment de ses créatures ; le salut qu'il procure ne viendra pas tout seul, de façon apocalyptique. La vie du monde ne dépend pas que de lui. Nous ne devons pas attendre qu'il nous apporte des solutions toutes faites, car nous attendrions en vain. Dieu n'a pas d'autres mains que les nôtres. Dieu n'est pas un être agissant de son côté, indépendamment de nous. Il est le dynamisme créateur qui libère, renouvelle, donne la vie. Il est l'inspiration sans laquelle nous ne pourrions rien faire pour le salut du monde. C'est lui qui a toujours l'initiative dans un grand dessein de salut. Il ne nous a pas créés pour nous abandonner à nous-mêmes. Pour l'aider à sauver le monde il nous faut participer activement à l'œuvre qu'il poursuit parmi nous, en nous ; il nous faut être attentifs à son appel, disponibles à son Esprit, prêts à nous engager avec lui. Parmi toutes les sollicitations dont nous sommes l'objet, toutes les forces qui nous animent, ce sont les siennes qui sont réellement créatrices, digne de confiance. C'est lui qui est véritablement le sauveur du monde, il est le terreau vital dans lequel il faut demeurer enraciné.

L'Église seule ?
Dire que l'Église peut aider Dieu à sauver le monde n'exclut naturellement en rien l'aide qui lui vient d'ailleurs, d'autres institutions, d'autres traditions et bien entendu d'individus. Dieu accepte tout le monde, les incroyants comme les croyants et les croyants de toutes les sortes. Et la participation de musulmans ou de bouddhistes au salut du monde pourrait s'avérer finalement plus efficace que celle de l'Église chrétienne ; comme aussi celle de tel gouvernement, d'universités, de certaines ONG, ou de certains partis politiques. Ceux d'entre nous qui sont membres de l'Église sommes dramatiquement conscients de sa faiblesse et nous ne pouvons que souhaiter la participation d'autres plus capables que nous d'aider Dieu au salut du monde. Il se pourrait même que l'Église devienne un obstacle à l'oeuvre de Dieu alors que sa contribution est indispensable. L'Église peut certainement aider Dieu à sauver le monde. Mais la question se pose parfois de sa volonté à le faire.

 

 

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Que peut faire l'Église ?
Elle doit veiller au comportements qu'elle induit chez ses membres par sa prédication, son culte, son enseignement, car il peut être positif ou négatif. Une prédication déviée peut, en effet, amener les fidèles à se désintéresser de la vie du monde sous prétexte que Dieu dirige seul les événements. Un enseignement fidèle fait, au contraire, prendre conscience de la présence de Dieu au coeur du monde, de l'existence de nos prochains, du bien commun que nous pouvons chercher ensemble dans un amour et une espérance qui dépassent notre seul intérêt.
Si l'Église veut aider Dieu à sauver le monde, elle ne doit ni approuver la réalité telle qu'elle est, ni estimer tout changement impossible. En ce qui concerne le respect envers les animaux et la nature, l'enseignement constant de l'Église a toujours été de les considérer comme créatures de Dieu.
Le récit de la Genèse rappelle qu'après les avoir créés Dieu a dit que « cela était bon » ; on cite aussi la mention de l'alliance de Dieu avec Noé et tous les êtres vivants. Il faut bien reconnaître que, surtout en Occident, l'Église s'est davantage intéressée aux hommes qu'aux animaux qu'elle a laissé sans rien dire exploiter et maltraiter. Pourtant cette doctrine de la création est actuellement progressivement remise en honneur ; je n'en prends comme exemple que la conférence du Conseil Œcuménique des Églises dont le thème était « Justice, paix et sauvegarde de la création ». La prise de conscience se fait parmi les fidèles de nos Églises que le salut du monde inclut fondamentalement l'ensemble des êtres vivants. En repensant cette question, l'Église aiderait vraiment Dieu à sauver le monde.

Salut individuel ou collectif ?
Le fait même d'attribuer à chaque homme de ce monde la valeur absolue d'un enfant de Dieu donne évidemment à la doctrine de l'Église une connotation individualiste. Mais Paul disait que nous sommes membres les uns des autres, et l'enseignement de l'amour fraternel exclut que quiconque soit abandonné à sa solitude car le salut de chacun dépend du sort de tous. Certes, les évangiles rapportent des rencontres individuelles de Jésus avec les hommes ; mais lorsqu'il guérissait et pardonnait c'est la réalité totale du Royaume de Dieu que Jésus introduisait en notre monde. Le salut de chacun n'est pas indépendant du sort de tous les autres. L'Église est ce microcosme dont chaque membre est connu et aimé à titre personnel, et dont l'ensemble représente davantage que la somme des seuls participants.

Salut présent ou à venir ?
On a souvent pensé qu'il fallait sacrifier le présent pour construire un avenir meilleur ; on a davantage prêché la patience et la résignation que l'espérance et la créativité. Mais on voit bien aujourd'hui que, ce faisant, on a laissé libre cours à l'esprit de domination et d'exploitation des puissants et des profiteurs. C'est dans le présent qu'il faut promouvoir un esprit d'espérance en un avenir plus humain et plus juste pour tous. L'Église devra chercher un équilibre entre une sérénité souriante mais passive et une énergie révolutionnaire mais anxieuse. C'est un chemin de foi qui est le nôtre, car notre dessein pour ce monde doit être celui de Dieu. Chemin d'espérance car il est préparation du monde à venir. Chemin d'amour vécu avec nos contemporains.

La mondialisation libérale
L'économie mondiale profite à certains qui s'enrichissent, tandis que les autres travaillent dans des conditions de plus en plus dures et précaires. Les responsables de nos services sociaux nous le rappellent constamment. Certains pasteurs s'efforcent aussi de nous en faire prendre conscience. Mais le fait est que la majorité des membres de nos Église fait partie des nantis. Au delà de l'humanité, la course au profit s'étend sans scrupule aux animaux domestiques que l'on traite comme des produits manufacturés afin d'en abaisser le prix de revient et d'améliorer la qualité de consommation. Nombre d'espèces sauvages souffrent également de la dégradation de leurs conditions de vie et de la destruction de leur habitat. L'Église devra prendre conscience de toute cette souffrance et nous y sensibiliser si elle veut aider Dieu à sauver le monde.

Défis à l'Église
Ces idées ne sont pas nouvelles, mais elles proposent néanmoins un changement important de la tendance actuelle qui évite ce que l'on appelle les questions qui fâchent. On craignait moins la discussion, il y a seulement un demi-siècle, et nos Églises historiques étaient alors davantage impliquées dans la vie du monde. Par ailleurs, l'omniprésence dans notre civilisation de Mammon, le Dieu Argent, sous-tend plus que jamais tous les aspects de notre civilisation et nous craignons son affrontement.
Pourtant si l'Église veut aider Dieu à sauver le monde, il faudra bien qu'elle se réveille de sa torpeur. Il faudra recommencer à prêcher concrètement le respect du prochain, la recherche du bien commun contre l'individualisme égocentrique ; il faudra prendre en compte toute la souffrance des hommes et la rapide dégradation de l'environnement. Pour relever ces défis, il nous faudra bien chercher des alliés parmi les fidèles des autres religions, collaborer avec les militants de diverses idéologies, comme les féministes, les protecteurs des animaux, les écologistes, tous les hommes de bonne volonté. Aider Dieu à sauver le monde demeure la vocation de l'Église, c'est parfaitement dans ses possibilités. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est de volonté et de courage.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

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