31 janvier 2010
Quand des agnostiques veulent s’intéresser au message de l’Église, ils se rendent compte fréquemment que la difficulté n’est pas seulement de découvrir Dieu mais aussi de trouver le langage qui permet d’en parler avec honnêteté.
Notamment dans les Églises libérales, ils sont surpris de constater que les gens ne parlent guère de ce qu’ils croient de Dieu. La question de la foi ne semble pas préoccuper particulièrement les fidèles. Cela prend souvent un certain temps avant que les nouveaux venus soient capable de discerner les différentes conceptions de Dieu qui ont cours dans nos Églises.
- Les croyants peuvent en effet parler de Dieu avec leur intelligence qui considère le big-bang et tout ce qui s’en est suivi.
- Ils peuvent aussi parler de Dieu avec leur cœur admiratif et émerveillé devant le spectacle du monde.
- Ils peuvent aussi parler de Dieu avec le sentiment de culpabilité et de frustration que l’on éprouve quand on considère la différence entre le monde tel qu’il est, rempli de crimes, de guerres, de catastrophes et de désastres et tel qu’il devrait être plein de justice et de paix.
- Ils peuvent encore parler de Dieu en désignant ainsi la conscience qui les rend attentifs à ce qui existe et ne devrait pourtant pas exister.
- Ils parlent également de Dieu, en disciples de Jésus, pour mentionner leur capacité à utiliser, comme lui, des images et des métaphores qui les font progresser dans la direction dont ils savent bien qu’elle est la bonne. La métaphore que beaucoup de chrétiens préfèrent est celle qui apparaît dans l’évangile de Jean : « Dieu est amour ». Jean, ou l’éditeur qui prit son nom, n’a pas dit que Dieu aime ou que Dieu nous donne l’amour mais que Dieu est amour.
James Quinn a écrit : Dieu est amour et là où il y a l’amour véritable, Dieu lui-même est avec nous.
Les disciples de Jésus parlent souvent d’amour à propos de la présence de Dieu, à tel point que les autres gens pensent qu’ils devraient exercer une influence aimante et positive sur la société.
- Mais l’amour n’est pas le thème unique de la piété chrétienne, la colle en est un autre ! Bien sûr le terme n’est pas utilisé, pourtant l’idée est récurrente d’avoir été « recollé » par Dieu alors qu’on se sentait tomber en pièces détachées. Un jeune père de famille qui venait de vivre la pire semaine de sa vie, sa fille étant atteindre de leucémie et lui-même perdant son travail, disait qu’il se demandait comment il avait fait pour ne pas tomber en petits morceaux. La plupart des chrétiens diraient dans un cas pareil que Dieu avait été avec eux. C’était un peu le sentiment de ce jeune père lorsqu’il disait que Dieu avait recollé ses morceaux lors de cette épreuve.
- Une autre manière encore dont on parle de Dieu dans les églises est tout simplement le « tu » auquel on adresse les prières. Les gens reçoivent un soutien dans la prière sans se demander si Dieu est vraiment présent là-haut pour les écouter, ou s’il est prêt à intervenir dans la vie de la nature et dans les affaires humaines. Quand ils parlent de Dieu, ils pensent tout simplement à la possibilité qu’ils trouvent en lui d’épancher leurs angoisses, leurs désirs, leurs craintes, leurs espoirs et tout ce qu’il y a d’insuffisant et de médiocre en eux.
Un psychiatre, Joe Tarantolo, a parlé du « Dieu à qui je parle et auprès de qui je me lamente ». Beaucoup de chrétiens se lamentent dans leur prière. Ils se ressentent au fond d’eux-mêmes faibles et pitoyables, ne voudraient pas que les autres s’en rendent compte et ne peuvent l’avouer honnêtement qu’à Dieu seul. Dieu est aussi le « tu » à qui ils adressent leur reconnaissance lorsque du bien leur est arrivé de manière inattendue et imméritée.
En voici un exemple personnel. Je songeais à prendre une retraite anticipée pour m’occuper d’un réseau internet de chrétiens libéraux (Jim Adams a effectivement créé le réseau TCPC. Note de G.C.) mais mes revenus auraient été insuffisants. C’est alors que ma sœur est décédée en me léguant une somme importante. Dieu fut celui à qui j’adressai alors en même temps mes lamentations pour la mort prématurée de ma sœur et ma reconnaissance pour cet argent qui m’ouvrait un avenir nouveau. Je ne pense naturellement pas que Dieu aurait tué ma sœur pour m’obtenir son argent, mais il fallait bien que j’ouvre mon cœur à quelqu’un.
- Les chrétiens parlent souvent de Dieu devant la manque de justice du monde. Ils lui disent leur colère devant le mal et la souffrance et peuvent ainsi se détourner d’un esprit de vengeance au profit d’une énergie créatrice.
On pourrait résumer ces différentes conceptions de Dieu que connaissent les chrétiens libéraux en citant Tony Barnard, chanoine de la cathédrale anglaise de Lichfield, près de Birmingham : « Dieu est ce qui donne un sens et un but à ma vie ».
Les agnostiques critiques qui ne vont pas à l’église pourraient constater que les chrétiens libéraux s’entraident mutuellement dans leur recherche du sens de la vie dans une réflexion commune ouverte et sincère à propos de Dieu. Dans cet esprit, gnostiques et croyants peuvent réfléchir ensemble aux grandes questions de la vie qui se posent pareillement à tous.