Deux convictions sous-tendent ce propos
1. Nous nous sentons portés, emportés par un élan, une force, une puissance, une chaleur intérieure que nous appelons le Dieu vivant de la Bible, qui donne la vie, qui nous vivifie, qui nous redresse et vient nous guérir d’une blessure mortelle.
2. La hauteur, la profondeur de ce dynamisme créateur, Jésus-Christ les traverse pour nous. Il en est l’initiateur. Nous le recevons comme le verbe, le logos, la sagesse de Dieu et en même temps nous le recevons comme l’archétype de l’homme.
Dans cet entrelacement, nous pouvons oser l’affirmation d’une résurrection comme une victoire sur le chaos. D’entrée de jeu, je suppose que Dieu peut refaire ce qu’il a fait au commencement lorsqu’il a insufflé le souffle de la vie à ce monde tel que nous le connaissons.
La résurrection est liées à des images de guérison et de redressement tant dans l’Ancien testament que dans le Nouveau. A ce sujet le vocabulaire grec prolonge le vocabulaire hébraïque.
A la notion proliférante de la vie s’ajoute le fait de retrouver la santé et la paix. A quoi s’ajoute encore le fait de se lever, de se relever et le fait de se réveiller, la mort étant considérée comme un sommeil.
Paul de Tarse défend l’idée selon laquelle « le dernier ennemi qui sera vaincu est la mort ». Il s’agit donc d’affirmer très fort et très clairement que la prédication au sens large du terme vise une victoire sur la mort. « C’est une attente inconsciente de la parole qui délie et libère » écrit Diétrich Bonhoeffer à un ami au cours de l’un des plus sombres moments de son histoire personnelle et de l’histoire du monde.
Mais je dois dire en même temps que les récits de la résurrection de Jésus le Christ ne sont pas des événements de l’histoire, objectivables, mais une prédication, une proclamation tressée par un ensemble d’images, de symboles, de métaphores et d’oxymores intraduisibles.
Comme beaucoup d’autres récits bibliques, les récits de la résurrection constituent une construction mentale. C’est ce que la tradition juive appellerait un midrash. Chez les rabbins, le midrash comporte une histoire et une explication. Ce genre dépasse le sens littéral de l’Écriture pour faire accéder à un sens profond.
Ce sujet nous renvoie à une victoire sur la mort et l’entropie (dégradation de l’énergie qui atteint l’ensemble du cosmos) à la fin des temps, au moment de ce que l’on appelle traditionnellement la parousie (accomplissement final de l’histoire du monde coïncidant avec l’avec l’apparition évidente du messie glorifié). Cette victoire sur l’entropie évoque un « En-avant », un « à-venir » dans la direction d’un univers nouveau, repris, transformé, transfiguré. Il ne s’agit pas d’un fantasme d’une hallucination maladive, provoquée par l’angoisse de la mort et d’une catastrophe cosmique, mais d’une attente lucide et courageuse vécue dans l’espérance et la foi.
Généralement un désir d’éternité cherche à surmonter le temps, mais l’éternité n’est pas une répétition circulaire. Elle n’est pas un retour incessant et inlassable du même, mais une transformation intérieure de la conscience invitée à un shabbat illuminé par une joie festive et solidaire.
Telle serait la victoire sur la mort stimulée par la contemplation d’un cosmos repris en son entier. Victoire du corps transfiguré, mais non pas évasion de la chair.
Ainsi je déplace l’émergence de la Résurrection à la fin des temps et j’insiste sur l’espérance du « Dieu qui vient » et qui fera « toutes choses nouvelles ».