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Jésus et la vie chrétienne

 

Jesus and the Christian Life

 

 

Marcus Borg

professeur de théologie à l'université de l'État d'Oregon, États-Unis

 


19 janvier 2009

Je dirai en commençant qu’il est important de faire la distinction entre le Jésus historique et le Christ ressuscité, le Jésus d’avant Pâques et le Jésus d’après Pâques.

Quand j’étais un jeune de l’Église, je ne savais pas faire cette distinction et le résultat était que je voyais davantage Jésus comme divin que comme humain. Je mélangeais ce que je lisais dans les évangiles avec la prédication que j’entendais au temple, les cantiques, les credo etc. Je l’imaginais marchant sur les chemins de Galilée comme un Dieu et je perdais de vue l’homme remarquable qu’il était. Le théologien sud-africain Albert Nolan exprime ainsi cette remarque :
« On sous-estime largement Jésus : quand on le prive de son humanité, on le prive de sa grandeur ».
Ceci m’amène à préciser une affirmation traditionnelle concernant Jésus, à savoir qu’il est, pour nous chrétiens, la révélation décisive de ce que peut être une vie humaine pleine de Dieu. Le Jésus homme est la Parole fait chair, la Sagesse de Dieu, l’Esprit de Dieu incarné dans une vie humaine.

- Jésus était premièrement un mystique juif. C’est-à-dire qu’il connaissait Dieu, il connaissait le Sacré, il connaissait l’Esprit (pour moi ces termes me semblent interchangeables). Il était celui pour qui l’Esprit de Dieu représentait une expérience concrète.

- Jésus était deuxièmement un maître de sagesse. Il enseignait un chemin qui mène au-delà des conventions, un chemin que peu de gens suivent, un chemin étroit comme il disait lui-même, un chemin de sagesse alternative et subversive.

- Jésus était troisièmement un prophète social, comme les grands prophètes de l’Ancien Testament. Il avait comme eux une expérience vivante de Dieu au nom duquel il élevait une voix de protestation religieuse et sociale contre les dominations de son temps, les exploitation économiques et politiques, légitimées par une idéologie religieuse, au nom de Dieu. Son ministère passionné de prophète social a entraîné son exécution. Le Vendredi saint a donc une signification politique.

Quelle vie spirituelle nous est donc suggérée par l’imitation de l’homme Jésus, par l’ouverture à l’Esprit qui l’animait ?
On peut d’abord dire qu’il n’est pas beaucoup question de croire des choses ni de préparer son entrée future au Paradis, mais de mettre consciemment l’accent sur la relation avec Dieu qui change concrètement notre mentalité.

- La spiritualité dont je parle est précisément de mettre notre attention à cette communion avec Dieu que Jésus vivait comme un mystique et de l’approfondir, comme nous le faisons évidemment avec les êtres qui nous sont chers.

- Ensuite il était un maître de sagesse et nous pouvons nous aussi partager la sagesse alternative qu’il nous faisait connaître. Elle nous recentre sur Dieu, sur le sacré et fait contraste avec la sagesse courante dans lequel nous vivons habituellement comme tout le monde, depuis notre enfance.
Cette fausse sagesse détourne notre attention des merveilles de la vie du monde ; elle prétend en même temps nous apprendre à vivre. Nous y demeurons englués avec les années, elle constitue notre culture.
Le ministère de Jésus est justement un appel à abandonner cette forme de pensée et à acquérir une vision de la vie radicalement nouvelle. La sagesse qu’enseigne Jésus vise donc à nous décentrer radicalement de la sagesse traditionnelle de ce monde afin de nous recentrer sur l’Esprit de Dieu. Ou, comme l’exprimait le Nouveau Testament, à nous faire mourir à l’ancienne manière d’être afin de renaître à une nouvelle manière d’être. Nous sommes là au cœur de la vie chrétienne. Nous nous ouvrons à l’esprit de compassion. Nous voyons enfin en notre prochain une créature merveilleuse. Et nous sommes délivrés de l’attachement aux valeurs de notre culture qui nous bourdonnent dans la tête.

- Le rôle de Jésus comme prophète dans sa dimension de justice sociale est le moins habituel et le plus déstabilisant. Le Dieu de la Bible, tel que Moïse, les prophètes et Jésus le font connaître, est passionné de justice sociale (qui n’est pas la justice des tribunaux). Dieu est plein de compassion pour la souffrance des hommes, notamment la souffrance provoquée par un système social injuste. Les Américains qui ont un esprit très individualiste ont de la peine à entrer dans cette conception. Et pourtant, que de souffrances ont été provoquées depuis des siècles par les puissants qui exploitent les pauvres, par toutes les idéologies que sont le racisme, le sexisme, le nationalisme, l’impérialisme, toutes formes diverses de systèmes sociaux dévoyés.
Beaucoup d’entre nous se souviennent de la honte d’une jeune femme, il y a quarante ou cinquante ans, lorsqu’elle se trouvait enceinte en dehors des liens du mariage. Pensez à la honte qu’éprouvaient encore récemment les homosexuels dans de larges secteurs de la société. Honte provoquée par les conventions d’un système social trop rigide fréquemment légitimé par la religion et que l’on croyait voulu par Dieu.
Jésus était un prophète social, dans la tradition des grands prophètes sociaux d’Israël, qui s’élevait contre les injustices sociales de son temps. Prendre Jésus au sérieux signifie avoir conscience des énormes souffrances que nos systèmes sociaux traditionnels font souffrir à tant de gens. Le prendre au sérieux signifie centrer notre vie sur l’Esprit de Dieu, entrer dans la sagesse alternative de Jésus qui est compassion et justice.

Ma conclusion est centrée sur l’idée de repentance. Quand j’étais jeune, on associait la repentance à la contrition de ses péchés et au sentiment de culpabilité. Mais la racine grecque de ce terme de « repentance » (metanoia), suggère tout autre chose : elle signifie « aller plus loin que le sentiment que l’on a ». Nous « repentir » afin de prendre Jésus au sérieux, signifie donc dépasser les sentiments que nous avons normalement - sentiments dominés et aveuglés par la sagesse et les préoccupations ordinaires, et nous focaliser selon l’Esprit de Dieu dans l’émerveillement de la vie et la compassion à l’égard du prochain. Dépasser les sentiments individualistes à la manière des idéologies actuelles afin de voir la souffrance et d’entendre les plaintes des hommes opprimés par l’injustice de notre société et d’être animés par l’Esprit de justice émanant du cœur de Dieu.

C’est ainsi, me semble-t-il, que l’on peut prendre Jésus au sérieux.

 

 

Traduction Gilles Castelnau


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