Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Théologie du Process

 

Repenser « Dieu » 

 

 

What Shall We Do About "God"?

 

John B. Cobb

 

 

 


« Dieu », l’ennemi

 

22 décembre 2008
On préfère souvent parler de « spiritualité » plutôt que de « religion »
et on se détourne alors de « Dieu », ce qui me paraît d’ailleurs très saint. « Dieu » a pris plusieurs sens différents qui nous font souvent plus de mal que de bien.
Par exemple dans les controverses du 19e siècle sur l’évolution des espèces, « Dieu » symbolisait pour les scientifiques le refus des meilleures théories scientifiques : il intervenait pour récuser les preuves scientifiques au nom des anciennes Écritures. Il s’opposait à l’universalité des lois physiques. Un tel « Dieu » se comportait objectivement en ennemi de la science.

Pour beaucoup de gens l’idée même de « Dieu » est culpabilisante, notamment en ce qui concerne le sexe. On sait qu’on ne se conduit jamais comme Dieu le souhaiterait. Si l’on a été élevé dans la religion et même si l’on a cessé de croire en « Dieu », on ne peut se libérer d’un sentiment rémanent de honte et de culpabilité. Inguérissable blessure psychologique. Et même si notre éducation n’a pas été contaminée par un tel « Dieu », il demeure néanmoins peu attirant.

Lorsque la crise écologique commença à attirer l’attention, à la fin des années 1960, on se rendit compte que « Dieu » était également l’ennemi de la nature. « Dieu » avait désacralisé le monde en donnant aux hommes le droit de dominer la terre et de l’exploiter. Il ne s’intéressait qu’à l’histoire des hommes et à l’au-delà.

Lorsqu’on s’oppose à la guerre, on rencontre souvent un « Dieu » qui se comporte en ennemi. « Mon Dieu et ma patrie » est une expression récurrente qui a marqué depuis des siècles l’impérialisme occidental. Elle rend difficile l’analyse critique de notre politique. Elle favorise la mystique guerrière des jeunes et les pousse à s’engager dans l’armée. Lorsque des nations s’élèvent les unes contre les autres, la religion fournit des arguments aux uns et aux autres.

Lorsqu’on lutte pour la justice, « Dieu » se pose aussi en ennemi. Les marxistes reprochent aux croyants d’espérer une récompense dans le ciel pour avoir accepté l’injustice en ce monde. D’ailleurs, indépendamment même de toute récompense céleste, l’idée est généralisée que l’ordre social est toujours voulu par « Dieu ».
L’idée que l’ordre existant est voulu par « Dieu » est de plus soulignée par l’affirmation que « tout ce qui arrive » est voulu par « Dieu ». Si « Dieu » voulait que les choses soient différentes, il les changerait. En tant que créatures, nous ne sommes pas responsables de faire venir un monde meilleur.

Le « Dieu » omnipotent est, lui aussi, peu attirant. Lorsqu’on subit personnellement une injustice ou deuil que l’on attribue à la volonté de « Dieu », il est naturel et sain de le reprocher à Dieu ou de refuser de croire en lui. Il est probable que cette conception de « Dieu » est celle qui a le plus provoqué l’incroyance.



Les limites de l’athéisme


Après avoir dit cela, certains pourraient penser qu’il convient de renoncer à l’idée de « Dieu ». Mais les choses ne sont pas si simples. Nietzsche l’a dit : la disparition de Dieu de notre horizon est une catastrophe.

Si nous suivons l’exemple de ceux des scientifiques qui veulent se libérer de « Dieu », nous parvenons à un monde mécanique où n’existe que la matière en mouvement. Bien sûr, aucun scientifique athée ne croit réellement que tout ce qu’on dit, pense ou fait est complètement déterminé par les lois physiques. Mais ils le laissent penser et ils ne nous aident guère à penser autrement.

Si nous séparons la question du bien et du mal de la relation avec « Dieu », nous en arrivons à un relativisme moral vraiment problématique. 

Il n’est pas évident qu’une société lancée à corps perdu dans la recherche de richesse et de pouvoir soit plus heureuse que celle qui résiste à ces valeurs au nom de la volonté de « Dieu ». Beaucoup d’entre nous ne vivent plus leur sexualité selon la volonté de « Dieu ». La plupart des jeunes et des jeunes adultes ont probablement de nombreuses relations sexuelles et manifestent peu d’inhibitions. Il n’est pourtant pas évident qu’ils s’en trouvent plus épanouis que les générations précédentes dont la sexualité était plus limitée. Leur recours fréquent à la drogue semble même suggérer plutôt le contraire.
Même si Dieu a vraiment désacralisé la nature et l’a donnée aux  hommes pour qu’ils l’exploitent, cela ne signifie pas que se débarrasser de« Dieu » va aider. Ce qui protégeait la nature des abus des hommes était un certain sens de son caractère sacré. L’athéisme élimine les scrupules provenant de la foi en « Dieu » mais n’amène pas à plus de respect pour la nature.
L’athéisme n’a pas non plus amélioré les choses en ce qui concerne la paix et la justice.

La Révolution française a remplacé « Dieu » par la « Raison ». Cela a incontestablement eu des effet positifs. Mais nul de propose aujourd’hui de recommencer.

 


Un monde plus riche
la pensée de Whitehead

 

Nous avons besoin d’une vision du monde plus riche que celle qui émerge d’un simple refus de « Dieu ». Ceci est largement reconnu ; il n’est que de considérer la considérable recherche de spiritualité qui se répand, de nos jours, et ouvre notre Occident à certaines des traditions de l’Orient.

En même temps, à l’Est, notamment en Chine, on imite l’Occident sans Dieu, par exemple dans le système d’éducation et on commence à prendre conscience des conséquences négatives de l’athéisme scientifique dont nous venons de parler. Les Chinois sont désormais nombreux à comprendre qu’une société ne peut vivre de la science mécanique seule. Ils leur faut redécouvrir leur culture traditionnelle et ses valeurs tout en s’ouvrant largement à la science occidentale.
On constate actuellement en Chine un intérêt remarquable pour la philosophie d’Alfred North Whitehead. Quatorze universités ont des centre d’études de sa pensée et organisent de nombreuses conférences. D’ailleurs Whitehead lui-même disait que ses conceptions fondamentales avaient de nombreux points communs avec les traditions chinoises.
L’Occident a lui aussi besoin de trouver une troisième voie dans son besoin de spiritualité en dehors de la notion qui n’est plus crédible d’un « Dieu » surnaturel, omnipotent, interventionniste et anthropocentrique, sans tomber pour autant dans le pur matérialisme.
(John Cobb dit ici qu’il croit à l’importance de la pensée de Whitehead et de la théologie du Process)

 


Repenser de façon critique la tradition chrétienne



Jusqu’à la fin du 19e siècle
, la foi en Dieu fournissait le cadre dans lequel la science moderne se développait librement. Les problèmes ont surgi d’une part de scientifiques qui répétaient que l’homme faisait partie d’une nature sans but ni raison et d’autre part de dérapages exagérément naïfs dans les affirmations de nombreux chrétiens.

Ce ne sont pas les athées qui ont récusé le « Dieu » moraliste. Les hommes ont toujours été demandeurs de règles et déjà les épîtres de Paul ont été lues de manière moraliste. Ni Jésus ni Paul n’ont enseigné d’autres lois que le commandement d’amour - qui ne peut ni s’imposer ni se commander. Heureusement, les épîtres de Paul ont parfois suscité une spiritualité d’amour.  L’amour de Dieu, l’amour pour Dieu, l’amour mutuel.

La Bible n’est pas aussi anthropocentrique qu’on l’a dit. Dieu déclare dans la Genèse que le monde est bon tout à fait indépendamment de la présence de l’homme. La Bible n’a pas de mot pour désigner la « nature » indépendamment de l‘humanité ou de l’histoire. Les hommes font simplement partie de la création de Dieu. La création n’est pas faite à partir de rien, comme cela a été affirmé plus tard.

L’omnipotence n’est pas non plus affirmée dans la Bible. Cette notion a joué un rôle exagérément important à partir du moment où Jérôme qui traduisait la Bible en latin, a choisi le mot « omnipotence » pour rendre l’hébreu « shaddai », un des noms propres de Dieu dans l’Ancien Testament. Les conséquences en ont été désastreuses pour la spiritualité chrétienne. La notion d’omnipotence ne rend pas compte de l’action du Dieu de la Bible qui s’implique dans la vie des hommes, est affecté par leur conduite et poursuit son dessein divin à travers leurs actions.

L’Ancien Testament rapporte de terribles actions accomplies par les grands ancêtres qu’étaient Abraham, Jacob, Joseph, Moïse, David. Certains de ces actes sont condamnés par le texte, d’autres non et quelques uns des pires sont même commandés par « Dieu ». Cela fait évidemment problème pour ceux qui considèrent que le texte biblique est sacré, que les personnages bibliques sont des modèles et que tout ce qui est dit de « Dieu » est vrai.

Néanmoins, dans tout l’Ancien Testament, l’accent est surtout mis sur l’appel de Dieu pour une société juste. La Torah - les « livres de Moïse » - s’efforcent de préciser l’organisation et le fonctionnement de cette société. Les « livres des prophètes » la décrivent  par de puissantes condamnations de l’oppression des pauvres et des faibles par les riches et les puissants.
Jésus est dans la ligne des prophètes. De son temps, Israël était contrôlé par Rome et les Juifs n’avaient guère de possibilité d’en réformer le gouvernement. Jésus appelait donc ses auditeurs à vivre dans le « Basileia Theou » - que je me plais à traduire non par « Royaume de Dieu » mais par « divin Commonwealth » - et non selon les valeurs de l’Empire romain. Les Romains ont compris cette attitude comme une menace politique contre l’autorité de Rome et l’ont exécuté pour cela ainsi que nombre de ses disciples futurs.
Manifester l’amour de Dieu en suivant Jésus est toujours dangereux mais ne s’oppose certainement pas à la justice.



La théologie du Process


A la fin du 19e siècle, l’« École de Chicago » naquit dans un séminaire baptiste de cette ville sous une variété de formes, culturelle, socio-historique, de l’empirisme radical et du rationalisme. Certains de ses responsables se reconnaissaient dans la pensée de Whitehead et, bien que toute l’École de Chicago soulignait le « processus de mouvement » contre la « substance statique », le label « théologie du Process » se rattache plutôt aujourd’hui à la pensée de Whitehead.
A la Claremont School of Theology de Californie, David Griffin et moi avons lancé le « Center for Process Studies » qui est devenu le centre national et international pour l’application de la pensée de Whitehead et qui a ramification en Chine même.

David Griffin et moi, ainsi que nos étudiants, avons beaucoup écrit, non seulement sur Dieu mais aussi sur le problème du mal, le Christ, l’Église, l’éducation chrétienne, l’entretien pastoral, la prédication, la nature de l’homme, l’histoire, le salut, la spiritualité, les relations interreligieuses, la science et la religion, la crise écologique, et aussi sur le développement durable, etc.

L’Orient et l’Occident sont en crise spirituelle et écologique, remettent en question leurs traditions religieuses et vivent donc une situation difficile.
Il faut faire des efforts. Nos ressources spirituelles nous offrent des ouvertures nouvelles. Il n’est pas question d’adopter purement et simplement la religion des autres, ni d’inventer une spiritualité totalement nouvelle.
Mais il nous faut absolument reprendre attentivement et de manière critique nos propres traditions, abandonner ce que nous jugerons historiquement et scientifiquement erroné ainsi que toute attitude répressive ou dominatrice et par contre valoriser tout ce que nous trouverons libératoire et régénérant, sur les plans individuel et collectif.

La pensée de Whitehead et la théologie du Process peuvent nous y aider considérablement.

 

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

Retour vers "théologie du Process"
Retour vers "John Cobb"
Retour vers "spiritualité"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.