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Comment prendre Jésus au sérieux

 


Taking Jesus Seriously


Marcus Borg

professeur de théologie à l'université de l'État d'Oregon, États-Unis

 

 

12 décembre 2008

Que signifie être « pour » Jésus ? Que signifie le prendre au sérieux ? Que signifie « suivre Jésus » ?
J’ai fait des recherches sur le Jésus historique, le Jésus
« d’avant Pâques » et je voudrais dire deux choses.


. 1 .

La première est qu’il nous a montré à profondément centrer notre vie en Dieu, en l’Esprit. Dieu ou l’Esprit était le centre de la propre vie de Jésus.
Jésus était historiquement un mystique juif et ceci est la chose la plus importante que l’on puisse dire de lui. Les mystiques existent dans toute les cultures ; ce sont des gens qui vivent de manière fréquente une forte expérience de la présence de Dieu - ou de l’Esprit, ces deux termes me semblant synonymes et interchangeables.
La tradition juive antérieure à Jésus connaît de nombreux personnages, comme Abraham, Jacob, Moïse, les grands prophètes, pour lesquels Dieu ou le monde du sacré représentait une réalité vécue. Ces gens ne croyaient pas simplement en Dieu d’une foi profonde, mais ils le connaissaient. Et si l’on admet que de tels hommes ont réellement pu exister, il me paraît clair que, quoique l’on puisse dire de Jésus par ailleurs, il faut d’abord reconnaître qu’il était de ceux qui connaissaient Dieu par expérience personnelle.


Dire que Jésus était un mystique juif entraîne une certaine conception de Dieu [ou du sacré]. Cela implique, en effet, que Dieu [ou le sacré] ne soit pas considéré comme une personne, demeurant là-haut hors du monde mais plutôt comme l’Esprit qui nous entoure, englobe tout et n’est séparé de nous que par notre propre pensée.
La distance d’avec Dieu, dans le cas d’un mystique comme Jésus, est devenue infime et il invitait ses disciples à vivre la même communion au même Dieu, au même Esprit qu’il expérimentait lui-même.

Comment pouvons-nous, nous centrer nous aussi dans l’Esprit de Dieu ? Comment vivrons-nous ce que Jésus a pu vivre ?
Les évangiles proposent plusieurs images, dont celle du chemin. Notamment le chemin que Jésus a suivi de Galilée à Jérusalem. Jérusalem ou tout avait commencé et où tout s’est terminé. La ville de la mort et de la résurrection.
Dans la grande section centrale de l’Évangile de Marc qui va de 8.27 à la fin du chapitre 10, Jésus parle de sa mort et de sa résurrection à Jérusalem :
« Le Fils de l’Homme doit aller à Jérusalem et y souffrir. Et le 3e jour il ressuscitera ».
Après avoir répété cette prédiction à trois reprises, Jésus parle de le suivre sur le chemin de la mort et de la résurrection.
Le carême est précisément ce chemin de mort et de renouveau. Il commence le Mercredi des Cendres où le signe de la croix est marqué avec de la cendre sur nos fronts et les mots « tu es poussière, tu retourneras à la poussière ».

Le chemin du carême culmine dans la Semaine sainte avec le Vendredi-saint et Pâques qui nous fait participer à la mort et à la résurrection de Jésus. C’est une manière, il est vrai un peu abstraite, de mourir à notre ancienne identité - celle qui nous vient de notre culture, de notre tradition familiale - pour renaître à une nouvelle identité centrée dans l’esprit de Dieu. Mourir à notre précédente manière d’être pour renaître à une nouvelle manière d’être, centrée en Dieu.
Concrètement cela signifie pour certains d’abandonner une conduite particulière qui leur nuit ou nuit à autrui, abandonner une relation qui tourne mal, renoncer à une vieille rancune, à un métier ou un job que nous avons perdu ou que nous ne pouvons plus garder. Peut-être faire mourir ce qui est, en fait déjà mort en nous.
On peut en effet faire mourir - et même plusieurs fois par jour - ce qui est mort en nous, dans l’union avec Dieu. Et ceci nous élève au-dessus de nous-même et nous libère de nos fardeaux trop lourds.
Et ceci ne nous laisse pas inchangé.


. 2 .


La deuxième manière de prendre Jésus au sérieux et de le suivre et celle de la compassion et du désir de justice pour le monde de chaque jour. Compassion sans justice n’est que sentimentalisme individualiste et justice sans compassion est politique glacée.
La compassion est au cœur de l’enseignement de Jésus et de la fidélité à Dieu qu’il nous a montrée :
« Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux. » Luc 6.36
Le mot miséricorde en hébreu comme en grec est corrélé aux « entrailles », au ventre féminin qui donne la vie. Avoir de la compassion signifie que l’on ressent les choses comme une mère pour ses enfants, qu’elle voit beaux et précieux et pour lesquels elle souhaite le meilleur. La compassion implique aussi une certaine férocité passionnée lorsque la mère voit ses enfants menacés : la compassion n’est pas une vertu douçâtre !

Dire que la compassion est la vertu centrale du christianisme n’est pas aussi banal qu’on pourrait le penser. Certains affirment en effet que la vertu cardinale est plutôt d’être juste, de pratiquer une morale étroite et irréprochable, ce qui est tout à fait différent de la compassion et peut même lui être contraire. Mais Jésus était effectivement plein de compassion et non de moralisme.
Il était aussi plein de passion pour la justice, ce que l’on oublie trop souvent, notamment aux États-Unis.
On identifie souvent la justice avec une attitude répressive focalisée sur la punition des fautes. On oublie alors que la compassion est précisément le contraire de cette justice. Mais dans la Bible, le contraire de la justice n’est pas la compassion, c’est l’injustice.
La notion de justice et d’injustice dépend de la manière dont les sociétés sont structurées et dont les fonctionnent les systèmes politique et économique.

Comme les prophètes d’Israël avant lui, Jésus s’est passionné pour la justice et s’est opposé à toutes les élites de son temps, puissances dominantes oppressives, légitimées par la religion du temps et préoccupées de leurs seuls intérêts.
Comme les anciens prophètes d’Israël, en s’opposant au système politico-religieux qui opprimait les faibles, Jésus se faisait l’avocat de la justice de Dieu.
La justice de Dieu est une justice sociale. La justice de Dieu concerne le partage des ressources de la terre et s’oppose à l’intérêt des uns au détriment des autres.
C’est sa passion pour la justice pour tous qui a conduit Jésus à la mort. Le chemin du carême nous rappelle aussi cette vérité : Jésus n’est pas simplement mort, il a été tué.

Il a été tué à cause de ses critiques passionnées du système en place et de son enthousiasme pour le système du Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu est l’utopie qui désigne ce que serait la vie sur terre si Dieu la dirigeait vraiment à la place des autorités actuelles. C’est une telle mort qui est célébrée le Vendredi saint.
La justice est la forme concrète de la compassion. Justice et compassion ne s’opposent pas, elles font toutes deux partie de la vie de ceux qui suivent Jésus.
Finalement l’Évangile de Jésus est très simple à comprendre. Il n’a rien de compliqué. Il s’agit de prendre au sérieux ses relations avec Dieu et d’aimer sérieusement ce que Dieu aime en notre monde.

 

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