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Le brûlant
mystère de Jésus
The
Burning Mystery
Richard
Holloway
évêque
épiscopalien d'Édimbourg (Écosse)
5 juin 2008
Au service de minuit de la
cathédrale d'Edimbourg, la
nuit de Noël, il y a quelques années, j'ai
commencé mon sermon en parlant d'un ancien manuscrit que l'on
venait de découvrir et que les savants dataient de
l'an 70 de notre ère.
J'expliquai que les spécialistes
n'étaient pas certains de son authenticité mais
étaient tous d'accord pour juger de son intérêt.
Ce document se présentait comme le récit personnel d'un
vieil homme, Jonathan fils de Simon, aubergiste à
Bethléem au début du 1er siècle.
Je continuai en disant qu'il avait été traduit en
anglais et je me proposais de le lire à l'assemblée en
guise de sermon.
Il commençait
ainsi :
Moi, Jonathan fils de Simon, de
Bethléem en Judée, je désire fixer par
écrit mes souvenirs d'événements dont on parle
aujourd'hui beaucoup et à propos desquels un médecin
nommé Luc mentionne dans son livre nommé « la
Bonne Nouvelle ».
Mon sermon fut publié et je
reçus bientôt des lettres de lecteurs me demandant
comment ils pourraient se procurer une copie de cet ancien
document.
On aura deviné que ce document
n'existait que dans mon imagination.
Je me conformais à une ancienne tradition qui consiste
à raconter une histoire destinée à faire passer
un message. Cette technique est nommée en hébreu
« midrash », un mot qui signifie « recherche »,
« réflexion ».
Il existe de très nombreux exemples
de ces midrash, notamment dans le Nouveau Testament et si l'on veut
lire correctemenht la Bible il faut tenir compte de ces conventions
littéraires.
C'est ainsi que la plupart des biblistes
pensent aujourd'hui que l'Évangile de Jean est lui-même
tout entier un midrash, une construction imaginative qui
représente l'aboutissement de plusieurs années de
réflexions et de méditation du ministère de
Jésus.
De même, une manière
d'interpréter le récit de la naissance de
l'Église au chapitre 2 des Actes des Apôtres, est de le lire comme un midrash.
Les auteurs du Nouveau Testament
écrivaient volontiers des midrash à partir d'un événement
important de l'Ancien Testament. Il le répétaient dans
le cadre d'une action de Jésus et montraient ainsi que
celui-ci assumait le rôle d'un des grands héros de
l'histoire hébraïque, et qu'il se conduisait, par
exemple, comme un nouveau Moïse.
Plusieurs thèmes de l'Ancien
Testament sont, par exemple, utilisés dans le chapitre 2
des Actes des Apôtres. Le grand événement de
l'histoire d'Israël était la libération de
l'Égypte. Les premiers chrétiens ont décrit la
résurrection de Jésus comme sa libération de la
mort. Cinquante jours après la sortie d'Égypte, les
enfants d'Israël sont arrivés au mont Sinaï
où, dans le tonnerre et les éclairs, Dieu
établit avec eux un contrat d'alliance, les prenant comme son
peuple. Selon un auteurs juifs, les anges en apportèrent la
nouvelle au peuple dans des langues.
C'est ainsi que cinquante jours après
Pâques (la « sortie
d'Égypte »
chrétienne), le même processus se répéta
le jour de Pentecôte (le « mont
Sinaï »
chrétien), lorsque les disciples Ce récit très
complexe a, finalement, un sens relativement simple : depuis la
première Pentecôte, c'est l'Église qui explique
le ministère de Jésus et qui le transmet au
monde.
.
Mais le ministère charismatique de
Jésus risque
évidemment d'être asphyxié dès lors qu'il
est interprété et transmis par une institution,
fut-elle ecclésiastique, celle-ci étant
forcément plutôt préoccupée de sa propre
survie.
C'est d'autant plus le cas que
l'Église se trouve investie avec toute sa puissance, du
rôle de transmettre la mémoire de Jésus dont
toute l'action, justement, était de protéger l'individu
contre l'oppression des institutions.
Jésus était le champion de
l'amour inconditionnel de Dieu pour
tous les exclus des institutions. Il était toujours du
côté des coupables et il est mort comme l'un d'entre
eux. Le grand prêtre Caïphe l'avait bien dit, dans son
implacable logique : « il vaut mieux qu'un seul homme meure
plutôt que tout le peuple » (Jean 11.50).
C'est ainsi que fonctionne le
système. Mais c'est précisément le contraire que
faisait Jésus, lui qui prenait le parti des perdus, des
exclus, des condamnés.
Notre difficulté à
être, nous-mêmes aujourd'hui
l'Église, vient du fait que
nous savons bien que notre tâche est d'exprimer l'acceptation
inconditionnelle de Jésus pour tout le monde et que nous
savons bien aussi que notre organisation n'est pas à la
hauteur puisque c'est nous qui la faisons fonctionner et non pas
Jésus. Nous nous efforçons d'incarner l'absolu de
l'amour de Dieu et nous ne pouvons pas nous empêcher de le
contredire.
Et pourtant, quelque infidèle que
soit l'Église, c'est bien par
elle et par elle seule que nous avons connu Jésus. La
vérité de l'amour inconditionnel de Dieu traverse
l'Église en dépit de ses compromis et de sa
timidité.
C'est pourquoi je suis capable de
célébrer la liturgie de l'Église et de
proclamer, semaine après semaine : « je crois en l'Église, une,
universelle et apostolique ». Car malgré tous nos compromis, nos
incompréhensions et l'inconstance de notre amour,
malgré la manière dont nous la défigurons,
l'image et la mémoire de l'homme de Nazareth demeure vivante
dans l'histoire des hommes.
Il sera toujours mystérieusement
présent dans nos combats,
malgré nos faiblesses et nos rechutes, pour soutenir le
défi qu'il lance au monde de son brûlant
amour.
Traduction Gilles
Castelnau
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