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Le « Dieu » ennemi

 

« God » the enemy

 

John Cobb

 

 

21 août 2008
Si l'on préfère fréquemment aujourd'hui parler de « spiritualité »
plutôt que de religion, c'est sans doute que l'on a un problème avec « Dieu ». C'est d'ailleurs très sain. Le mot « Dieu » a eu beaucoup de significations qui ont fait plus de mal que de bien.

Par exemple lors des controverses de la fin du 19e siècle concernant l'Évolution, le mot « Dieu » symbolisait l'opposition aux meilleures théories scientifiques.

« Dieu » permet de disqualifier les découvertes scientifiques en leur opposant d'anciennes Écritures.

« Dieu » intervient d'une manière qui récuse le fonctionnement des lois scientifiques.

Ce « Dieu » est sans aucun doute l'ennemi de la science.

Pour beaucoup de gens, « Dieu » est associé à la culpabilité, notamment pour tout ce qui touche à la sexualité. « Dieu » a réglementé les conduites et même les désirs d'une manière impossible à suivre. Lorsqu'on a eu une éducation religieuse, même si l'on a cessé de croire en ce « Dieu », on peut éprouver des difficultés à se libérer de sentiments persistants de honte et de culpabilité. Et même si l'éducation que l'on a reçue n'émane pas de ce « Dieu », on n'en demeure pas moins rebuté par son image.

Lors de la crise écologique qui a commencé à la fin des années 1960, on a pris conscience que « Dieu » était aussi l'ennemi de la nature elle-même. En focalisant l'attention sur le seul déroulement de l'histoire et sur le monde au-delà, « Dieu » avait désacralisé le monde et l'homme avait acquis le droit de dominer la terre et de l'exploiter.

Ceux qui recherchent la paix s'aperçoivent souvent que « Dieu » est leur ennemi. « Pour Dieu et pour la patrie » est un slogan fréquent et l'union de Dieu et de la nation a caractérisé pendant des siècles la civilisation occidentale et a motivé son impérialisme, ce qui rend aujourd'hui difficile toute réflexion politique critique.

Cette manière de penser renforce l'idéologie mystique guerrière qui anime certains jeunes et justifie les conflits entre nations.

Ceux qui recherchent la justice trouvent aussi que « Dieu » est un ennemi. Les marxistes réprouvent que les croyants attendent une récompense au ciel après avoir accepté d'être victimes de l'injustice en ce monde. Il est trop facilement admis que l'ordre de la société a été voulu et instauré par « Dieu ».

De plus cette idée que l'ordre du monde est voulu par « Dieu » s'aggrave lorsqu'on se met à penser que  « tout ce qui arrive » est voulu par « Dieu ». Il est probable que personne ne croit vraiment que « Dieu » est omnipotent mais l'idée peut réapparaître pour justifier l'inaction face au mal : Si « Dieu » voulait vraiment que les choses changent, il les changerait, mais en ce qui nous concerne, en tant que créatures, nous ne sommes pas responsables.

L'idée d'un « Dieu » omnipotent pose aussi problème. Lorsqu'on vit une injustice choquante ou un deuil douloureux et qu'on pense que « Dieu » en est responsable, le plus naturel est de se révolter contre lui ou de refuser de croire plus longtemps en lui. Il est probable que la plupart des gens qui se sont détournés de Dieu l'ont fait pour cette raison.

[...]

.

 

L'idée que « Dieu » est omnipotent est globalement absente de la Bible. Elle a tenu une place importance dans l'histoire du christianisme en raison de son utilisation par Jérôme dans sa traduction de la Bible d'hébreu en latin : il a, en effet, rendu « shaddaï » qui est un nom propre de Dieu par « omnipotent ». Les conséquences pour la spiritualité chrétienne ont été désastreuses. Alors que dans la Bible, Dieu réagit en fonction des gens, est affecté par leur attitude et poursuit principalement son dessein par leurs propres actions et à travers elles, ce qui n'est évidemment pas l'omnipotence.

Les Écritures hébraïques rapportent de terribles actions accomplies par les anciens héros qu'étaient Abraham, Jacob, Joseph, Moïse et David. Certaines de ces actions sont condamnées dans le texte, d'autres non et même certaines des pires sont dites ordonnées par « Dieu », ce qui ne peut manquer de poser un problème à ceux qui considèrent le texte biblique comme sacré, les personnages bibliques comme des modèles et assurent que tout ce qui est dit de « Dieu » est vrai.

Pourtant toute la Bible hébraïque met l'accent de manière primordiale sur l'appel de Dieu pour une société juste. La torah - ou livres de Moïse - concrétisent cette volonté par les commandements qui constituent un guide détaillé de l'organisation et du fonctionnement de la société. Les prophètes apportent une forte condamnation de l'oppression des pauvres et des sans-pouvoirs par les riches et les puissants. Les juifs accordent leur préférence à la torah et les chrétiens aux prophètes. Les prophètes critiquaient fréquemment le gouvernement de leur nation et quelques uns l'ont payé de leur vie.

Jésus se situait plutôt dans la ligne des prophètes. Il vivait du temps de l'occupation romaine et les Juifs n'avaient guère la possibilité de réformer leur gouvernement. Il appelait donc ceux qui l'écoutaient à vivre non dans le royaume romain mais dans le royaume de Dieu (je préfère traduire « le divin Commonwealth »). Il faisait connaître comment on vit dans le divin Commonwealth et son contraste avec les valeurs de l'empire, ce qui était déstabilisant pour les autorités romaines et a provoqué son arrestation et sa condamnation à mort ainsi que celle de nombre de ses disciples par la suite.

Exprimer son amour pour Dieu en suivant Jésus est toujours dangereux mais n'est certainement pas opposé à la justice.

[...]

Il n'est pas nécessaire d'adopter d'autres cultures ni de créer une spiritualité tout à fait nouvelle. Mais ce qui est nécessaire est d'approfondir nos propre traditions de manière critique et avec attention, de rejeter ce qui s'avère être historiquement et scientifiquement faux ainsi que ce qui est répressif et oppressif alors que nous croyons à ce qui est guérison et libération, aussi bien sur les plans individuel que collectif.

 

 

Traduction Gilles Castelnau

 

 

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