Spiritualité
Qui est
Dieu ?
législateur et
juge ou amour ?
The
Character of God
Marcus Borg
professeur de théologie
à l'université de l'État d'Oregon,
États-Unis
2 janvier 2007
Le Dieu
législateur et juge
Certaines métaphores, certaines
images de Dieu sont les suivantes : Dieu est comme un roi, comme un
législateur, comme un juge, comme un
berger, comme un père - moins fréquemment comme une mère -
Dieu est comme un époux, comme
un potier, comme un chef de
guerre etc.
L'image la plus habituelle est celle du
législateur, du juge qui, de plus,
nous aime.
En tant que
législateur, Dieu nous a
donné les Dix commandements et d'autres lois encore concernant
notre vie. Dieu nous a dit ce qu'il attendait de nous.
En tant que juge, Dieu renforce la loi en annonçant le
Jugement dernier. Il nous aime quand même. Et comme nous
n'avons pas bien réussi à réussir, nous n'avons
pas bien réussi à suivre ses commandements, Dieu nous a
donné une autre manière de satisfaire à sa loi,
une autre manière d'être juste à ses yeux.
Au temps de l'Ancien Testament, on pouvait
offrir un sacrifice au Temple pour nous faire pardonner nos offenses.
Au temps du Nouveau Testament, Dieu a envoyé Jésus
comme sacrifice pour qu'il meure pour nos péchés et
rend ainsi le pardon possible.
Dieu nous aime mais c'est un amour
conditionnel. Il est prêt
à nous accepter, si nous sommes assez justes, si notre
repentance est assez sincère, si nous croyons en
Jésus.
Dieu nous aime mais il y a des conditions
à remplir. Finalement le Dieu législateur et juge
l'emporte sur le Dieu d'amour. L'importance du péché,
de la culpabilité, du pardon, de ce qu'il faut accomplir,
croire ou faire demeure au centre de la vie chrétienne.
J'étais récemment à une
session théologique. On commençait la journée
à 9 h. le matin, avec une prière à la chapelle.
Chaque jour la prière commençait par une confession des
péchés. Et je me disais : « mon Dieu, il
est à peine 9 heures du matin et nous sommes
déjà coupables ! ».
Je ne prétends naturellement pas
que nous soyons parfaits, je veux
seulement montrer ce qu'implique cette conception de
péché, culpabilité et pardon qui provient de
l'idée de Dieu qui nous aime tout en étant
législateur et juge. Dieu, Roi et Seigneur, selon les
métaphores bibliques.
En ce qui concerne le
Dieu - berger nous sommes naturellement les brebis.
En ce qui concerne le
Dieu - législateur et juge, nous sommes les
accusés.
L'image du Dieu - père
adoucit partiellement notre situation par rapport à celle du
Dieu - roi, mais c'est toujours un père autoritaire
et critique dont on nous parle. Un père qui, certes, nous aime
mais que nous décevons toujours car nous n'accomplissons
jamais vraiment sa volonté, nous sommes toujours
insuffisants.
Cette conception de Dieu entraîne
quatre conséquences.
- Elle fait croire que
la vie chrétienne consiste à répondre à
des exigences de Dieu, toujours être à la hauteur,
toujours faire ou croire ce que Dieu exige de nous.
- Elle fait croire que
Dieu opère toujours une distinction entre les bons et les
mauvais, les justes et les injustes, ceux qui sont à la
hauteur et ceux qui ne le sont pas. Ceux qui sont sauvés et
ceux qui ne le sont pas.
- Elle fait croire que
Dieu est, au fond, un Dieu de vengeance qui jugera finalement tous
ceux qui n'auront pas satisfait à ses exigences et qui enverra
tout le monde soit au ciel soit en enfer, en une sorte de grande
« purification ethnique divine » selon le
mot du pasteur John Dominic Crossan (crossan.htm).
- Elle fait croire que
loin de nous dépréoccuper de nous-même, Dieu au
contraire nous focalise sur notre salut et nous rend anxieux de
savoir si nous avons bien fait et cru ce qu'il fallait.
Le Dieu
d'amour
Le prophète Ésaïe
disait :
Tu as du prix à mes yeux,
dit l'Éternel,
Tu es honoré et je t'aime,
Ne crains rien, je suis avec toi Esaïe 43.4
Le Nouveau Testament ne dit pas autre
chose :
Dieu a tant aimé le
monde...
Jean 3.16.
Jésus y est considéré
comme l'incarnation de l'amour de Dieu, de Dieu en tant que Dieu
d'amour.
Cette conception de Dieu est tout autre
chose que celle du Dieu législateur et juge.
Dieu « nous
aime ». Nous
sommes « précieux à ses yeux et
honorés ». Dieu
nous chérit, au plus profond de nos cœurs, il souhaite que
nous nous tournions vers lui et que nous lui rendions sa
tendresse.
Au lieu que Dieu attende que nous lui
plaisions par nos bonnes œuvres, nos repentance sincère et
notre foi, comme dans la conception du Dieu législateur et
juge, c'est Dieu qui nous chérit et souhaite être en
communion avec nous.
Il ne faudrait évidemment pas
tomber dans le danger de la sentimentalité
individualiste : ce n'est pas
seulement moi que Dieu aime et libère, c'est tous les autres
aussi ! Le texte central qui fonde cette conception est celui de
la libération d'Égypte avec Moïse (première
partie du livre de l'Exode). Ce récit décrit une
libération à la fois économique, politique et
religieuse. La même idée traverse tout l'Ancien
Testament et le Nouveau Testament. Dieu n'accepte pas que nous soyons
esclaves d'aucune manière.
L'amour de Dieu est aussi
compassion, ce qui, dans
l'hébreu, est corrélé aux entrailles, à
un amour maternel. Dire que Dieu a compassion est dire que ses
entrailles sont touchées, qu'il donne la vie, qu'il nourrit
comme le fait une mère, avec tendresse, espérance,
soin.
L'amour d'une mère n'est pas fait que
de douceur sentimentale. Il se fait féroce lorsque ses enfants
sont mal traités. L'amour de Dieu se fait aussi féroce
dans sa tendresse maternelle pour ses enfants.
L'amour de Dieu n'est pas seulement
compassion. Il est aussi passion lorsqu'il s'agit de justice sociale
et qu'il voit ses enfants souffrir de misère humaine.
D'ailleurs son amour s'étend en dehors de l'humanité
à tous les êtres de la création et à leur
environnement.
Conclusion
Il est clair que ces deux idées de
Dieu induisent deux conceptions de
la vie chrétienne radicalement différentes l'une de
l'autre. S'agit-il de nous conduire de la manière
exigée par Dieu afin de mériter un jour notre salut
éternel ou d'établir dès maintenant une
communion d'amour avec Dieu ? Faut-il être juste
afin d'être accepté lors du Jugement dernier ou faut-il
aimer ce qu'aime le Dieu d'amour ?
Quelle image de Dieu sera la
nôtre ?
Traduction Gilles
Castelnau
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