Spiritualité
Jésus,
« le chemin, la vérité, la
vie »
« Si, pour être
sauvés, il faut connaître le mot
« Jésus », le salut n'est qu'une question
de syllabes »
Marcus
Borg
professeur de théologie
à l'université de l'État d'Oregon,
États-Unis
29 décembre 2006
Jésus est-il le seul chemin du
salut et le christianisme est-il donc la seule vraie religion ? Ou bien Dieu est-il également
connu en vérité et de façon adéquate dans
les autres religions, de telle sorte que le christianisme est,
certes, une grande religion mais pas la seule voie ? Ce
débat oppose les chrétiens fondamentalistes et
conservateurs et les chrétiens modérés et
libéraux.
La citation fréquemment
utilisée dans ce débat est celle où Jésus
dit, dans l'Évangile de Jean : « Je suis le chemin, la
vérité et la vie ; nul ne vient au Père que
par moi » 14.6
Ce verset a été cité
pendant des siècles en faveur de l'exclusivisme
chrétien, qui affirme que le salut n'est possible que par
Jésus et donc que dans le seul christianisme.
Mais la plupart des biblistes doutent que
cette interprétation soit juste correcte.
Comme c'est généralement le
cas dans l'évangile de Jean, Jésus n'a pas
prononcé lui-même les paroles qui lui sont
attribuées. Le 4e évangile,
rédigé vers la fin du premier siècle,
reflète un stade relativement tardif de la tradition
chrétienne. Les quatre évangiles combinent des
souvenirs historiques et des commentaires métaphoriques mais
le texte de Jean est le plus chargé de métaphores et le
plus éloigné des gestes historiques de Jésus et
de ses propres paroles. Il est le plus symbolique des quatre
évangiles.
- Pour expliquer notre verset, la première chose est donc de le replacer
dans le contexte historique de Jean. La plupart des biblistes
considèrent que cet évangile a été
écrit dans l'atmosphère de l'intense conflit qui eut
lieu à la fin du premier siècle entre les
chrétiens d'origine juive et les chrétiens d'origine
païenne : « les
Juifs étaient convenus que, si quelqu'un reconnaissait
Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue. »
Jean 9.22
L'exclusion de la synagogue était,
à l'époque, considérablement plus grave
qu'être aujourd'hui mis à la porte d'une quelconque
dénomination chrétienne. Elle impliquait que l'on
n'était plus considéré comme juif (ou du moins
comme un juif acceptable). Dans la société
traditionnelle de l'époque, où la plupart des gens
passaient leur vie entière dans le même village, cela
représentait une sanction sociale insupportable, qui rompait
les liens familiaux et de voisinage, rendait les mariages difficiles
etc.
Ces drames n'avaient pas eu lieu du vivant
de Jésus ; ils se sont produits au minimum une ou deux
décennies après la destruction du Temple, qui eut lieu
en 70. C'est alors que des membres de la première
Église ont pu être tentés de quitter leur
communauté pour revenir à leur synagogue
d'origine.
C'est à eux que pensait Jean en
mettant dans la bouche de Jésus les mots « je suis le chemin, la
vérité et la vie, nul ne vient au Père que par
moi ». Il voulait
dire : « demeurez dans
la communauté de Jésus, ne revenez pas en
arrière ». Il
visait la synagogue de l'autre côté de la rue et ne
pensait pas à récuser toutes les religions du monde
entier.
- Le verset a, sans doute aussi, une signification
universelle. On peut en rendre
compte en analysant le sens de la métaphore centrale du
texte : Jésus est « le chemin ». Un chemin n'est pas un ensemble de dogmes à
admettre, c'est une route à suivre.
Quel est donc, dans l'évangile de
Jean, le chemin de Jésus ? Depuis le début du
texte, le chemin que suit Jésus le conduit à la mort.
Elle le conduit également à la glorification.
Le « le chemin » est donc la route de la mort et de la
résurrection :
« En vérité je
vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre
ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de
fruit. » Jean 12.24.
Dans le langage de Jean, le « chemin » de Jésus est le chemin de notre vie
spirituelle marquée par notre mort et notre
résurrection : la mort d'une ancienne manière
d'être et la résurrection à une nouvelle
manière d'être. C'est le chemin vers Dieu.
J'ai entendu un hindouiste dire de ce
verset de Jean :
« la mort d'une ancienne
manière d'être et la résurrection à une
nouvelle manière d'être est enseignée dans toutes
les religions du monde ».
Ce « chemin » est universel. Il est connu de millions d'hommes qui
n'ont jamais entendu parler de Jésus.
Le « chemin » de
Jésus n'est donc pas un
ensemble de doctrines auxquelles il faudrait adhérer, comme si
on entrait dans une nouvelle vie par le seul fait de croire que
certaines choses sont vraies, comme s'il fallait avant tout
connaître le nom de « Jésus ».
Le « chemin » est celui de la mort et de la résurrection
que Jésus a incarné dans sa vie d'homme.
Traduction Gilles Castelnau
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