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Gilles Castelnau


 

Leçon 7


La Résurrection du Christ

 

 

La résurrection du Christ n'est pas l'affirmation peu crédible, d’un cadavre reprenant vie tout seul dans l’obscurité d’un sépulcre.
C’est la conviction de la victoire sur la mort que le dynamisme créateur divin a donné à Jésus après que lui-même l’ait fait rejaillir sur les hommes qu’il rencontrait tout au long de son ministère.
C’est le symbole central de l'action infiniment répétée au cours de l'Histoire de l'humanité, du Dieu sauveur, créateur de vie. De même que la croix du Christ est le prototype de toutes les défaites et de toutes les souffrances des hommes, de même la Résurrection du matin de Pâques est celui de tous les actes créateurs de renouveau accomplis dans tous les siècles par Dieu, de toutes les interventions divines rapportées dans l'Ancien Testament et dans les évangiles.

Les récits de la mort de Jésus sur la croix présentent celle-ci comme un fait historique indubitable, dont tous les passants de Jérusalem pouvaient être témoins mais dont le sens profond dépend de la foi de chacun, de sa lucidité spirituelle.

Les récits de la résurrection du Christ le matin de Pâques sont d'un genre différent : ils nous décrivent un fait dont le sens profond dépend, lui aussi de la foi de chacun mais dont la réalité n'est sensible qu'à la foi : les passants indifférents n'auraient pu en être témoins. Un journaliste n’aurait rien saisi sur sa pellicule. Cela ne signifie pas que l'événement de la Résurrection du Christ est moins « vrai » que sa mort mais que celle-ci se situe à un autre niveau d'existence.

C'est ainsi qu'on ne peut harmoniser les récits de la Résurrection dans les quatre évangiles ; des difficultés insurmontables se présentent à celui qui s’y essaye. La foi n’est pas de croire à la vérité historique des évangiles mais de laisser le témoignage intérieur du saint Esprit nous en permettre une lecture dynamisme, mêler notre souffle humain à son Souffle divin.

Le théologien Paul Tillich dit que notre préoccupation ultime, fondamentale, est de résister à la menace de la mort, du néant dans nos existences.
Nous connaissons, dit-il, l'angoisse du vide, de l'absurde ; l'angoisse de la culpabilité, de la damnation même ; et toujours notre appartenance au monde de Dieu nous renouvelle le courage de vivre tel que Jésus-Christ nous l'a fait connaître à travers le Vendredi saint et Pâques. L'art, la littérature se font l'écho du mal de vivre que nous ressentons parfois. Dieu répond à cette préoccupation et nous rend capables en union avec lui de surmonter cette angoisse.

Un souffle printanier parcourt les évangiles, c’est celui que le Ressuscité fait rejaillir sur son entourage. Encore faut-il ouvrir son cœur à cette présence créatrice. Le salut de Dieu surgit d’une présence en nous qui est plus que nous mais qui n'est pas sans nous. Comment l’éprouver si l’on demeure passif, sans projets et sans espérance, si l’on n’a jamais le temps de méditer quelques instants et si l’on croit ne pouvoir compter que sur soi-même.

Comment le comprendre si, quand vient l'obscurité de la vie, on prend des euphorisants, de la drogue, de l'alcool, et que l'on se borne à demander un congé maladie pour déprime en répétant : « quand on voit ce qu'on voit et qu'on sait ce qu'on sait, on a bien raison de penser ce qu'on pense ! »

Le « péché » est négliger l'énergie de Dieu en nous et dans les autres, ne pas être amoureux de la vie et contribuer à la détruire en nous et dans les autres, nous dessécher, admettre la laideur, l'ennui et la médiocrité. C'est nous réfugier dans une immobilité sécuritaire, dans un pessimisme amer et désabusé, nous enfermer dans un groupe sectaire, ne pas transmettre à la jeune génération la conscience de la vie agissante dans le cosmos entier mais la regarder s’enfoncer dans un égoïsme indifférent à la souffrance d’autrui. C’est permettre à la mort et au pessimisme de l’emporter sur la vie et la joie. C’est laisser la résurrection de Pâques s’engluer dans la mort du Vendredi saint.

 

 

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