Spiritualité
Libéré de
prison
I
was inside
Bill
Loader
Professeur de Nouveau
Testament
à la Murdoch University de
Perth
Australie
9 février 2006
Je marche dans les rues de la ville de
Fremantle (Australie) et je vois
bien qu'on me regarde. Ils savent que je viens de sortir. Je crains
de croiser leurs regards. Cet homme qui sirote son café se
dit sûrement : « pourquoi l'ont-ils laissé
sortir ? Ce délinquant ! Sa place est sous les
verrous. Qu'il y reste ! ».
Comment pourrais-je prendre un nouveau
départ ?
C'est partout pareil. On ne me pardonne pas. J'aurais besoin d'être
vraiment pardonné. Mais les gens ne pardonnent pas vraiment.
D'ailleurs comment me croiraient-ils ? Comment pourraient-ils
savoir ce que j'ai vécu ? Ils ne peuvent pas savoir ce
que je ressens. Je ne suis pas de leur monde.
Ce n'est pas la charité que je
demande. Je ne veux pas qu'une dame d'oeuvres se penche sur mon cas.
Je veux seulement qu'on me laisse une petite place, qu'on
arrête de me dévisager. J'ai le frisson quand je vois
ces défilés où ils crient tous leur haine,
où ils s'opposent aux libérations conditionnelles et
réclament le rétablissement de la peine de mort. Ils
seraient capables de me lyncher : les gens qui ont la haine, ils
pourraient tuer, ils deviennent fou.
Ces défilés me font faire
des cauchemars. Je vois la foule qui
arrive dans ma rue. Je m'enfuis. Mais ils courent derrière
moi. Ils crient. Ils hurlent contre moi. Je sens leurs griffes qui me
saisissent. Je tombe sur le sol... et je me réveille en
sueur.
Je sais bien que vous pensez que
j'exagère. Mais vous ne pouvez pas savoir ce que c'est en
réalité : on vous a enfermé, on vous a
libéré, plus personne ne veut de vous, vous ne
rencontrez que des portes fermées. Vous vous sentez mal. Vous
n'êtes pas votre place. Et vous pensez que tout le monde le
sait. Et me dire le contraire ne m'aide pas.
Je voudrais seulement qu'on me
comprenne, qu'on me traite de
nouveau comme n'importe qui. Qu'on me donne une chance. Qu'on ait un
peu de patience avec moi. J'arriverai à m'en sortir,
même si cela prend un peu de temps. Je ne voudrais
pas qu'on dise que je suis fini. J'aimerais tant qu'on arrête
de me punir. Qu'on fasse une pause.
Je ne demande rien de vraiment impossible.
Bien sûr on sera méfiant avec moi. Je le comprends. Mais
qu'on me laisse une petite place. Je suis un être humain, j'ai
de l'expérience, des qualités. Je pourrais avoir un
travail comme n'importe qui. Je pourrais faire mes preuves. Qu'on ne
m'élimine pas !
Mais personne ne pardonne. Bien sûr on parle du pardon. On en parle dans
les Églises. On parle de pardonner une parole méchante
ou une pensée égoïste. Mais pas plus. Plus serait
trop. Trop difficile. Pourtant le brigand sur la croix a bien
été pardonné. Est-ce qu'on ne peut être
pardonné que quand on est cloué et sur le point de
mourir ?
Quelquefois je croise des regards qui me
comprennent et des larmes jaillissent. Mes larmes. Larmes de ma joie,
de ma douleur, de ma solitude, de mon espoir. Et mon coeur s'emplit
de lumière. Je me sens renaître, que ma vie vaut encore
la peine, que je vais pouvoir retourner à la maison, que je
vois mon père courir à ma rencontre, me prendre dans
ses bras...
Est-ce un rêve
impossible ?
Traduction Gilles
Castelnau
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