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« Fils de l'homme, frère vraiment »

 

André Comte-Sponville

propos recueillis par Philippe Malidor

Article publié dans l'hebdomadaire protestant Réforme
24 décembre 2016

 

 

23 décembre 2016

Noël n'est pas la fête des enfants. C'est la fête des cadeaux et des marchands de jouets, de l'égoïsme familial, de l'avidité, de la convoitise. À peu près le contraire de ce qu'il faudrait enseigner à nos enfants. Voyez ce Père Noël postiche et bedonnant qui drague le client en bas âge sur les trottoirs. On le paye pour ça. Je m'étonne que nos Églises n'y trouvent pas à redire. La croyance au Père Noël est pire qu'une hérésie.

Le contraire du Père Noël, c'est quoi ? Un enfant plutôt qu'un vieillard. Pauvre plutôt que riche. Caché plutôt qu'exposé. Nu plutôt que déguisé. Enfin qui n'a rien à vendre, ni même rien à donner, je veux dire rien de matériel - rien d'autre, plus tard, que sa vie et son amour. Le contraire du Père Noël, c'est Jésus-Christ : l'enfant nu, entre le bœuf et l’âne, l’innocent crucifié, entre deux voleurs... La Crèche et le Calvaire. Ces deux images sont légitimement les plus fameuses de cette belle histoire.

Que Jésus soit Dieu ou fils de Dieu, c’est ce que j’ai cru durant mon enfance, et que je ne crois plus. Comme pour le Père Noël ? Ce n'est pas la même chose. Car ceux qui m'enseignaient la divinité de Jésus me transmettaient quelque chose qu'ils tenaient eux-mêmes pour une vérité essentielle, qui éclairait leur vie et leur cœur. Aucun mensonge là-dedans, aucune hypocrisie, bien au contraire : plusieurs, pour cette vérité-là, ou qu'ils croyaient telle, auraient donné leur vie.

Il nous reste la célébration du solstice d'hiver, mais attention de ne pas adorer la nature elle-même, ce qui ne serait que paganisme ! Noël va plus loin, qui n'adore qu’un enfant. C'est adorer 'humanité, si l’on veut mais sans puissance aucune. Les Rois mages ne s'y tromperont pas : tout leur or, tous leurs diamants, toutes leurs armées sont sans valeur aucune, s'ils ne se mettent au service de cette faiblesse-là, de cet amour-là qui sont le vrai Dieu ou son image la plus ressemblante.

Quand on ne croit plus en Dieu, il reste un juif pieux, il y a deux mille ans, qui laissa comme un sillon de lumière. « Mais pour vous qui êtes athée Jésus n’est pas Dieu, ni fils de Dieu, ni ressuscité... » Et alors ? Je ne l'en aime que davantage. Fils de l'homme, comme il disait lui-même, engendré et non pas créé, né d'une femme, comme nous tous, et mortel, comme chacun de nous. C'est en quoi il est notre frère vraiment. « Mon Dieu mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Le voilà qui partage notre détresse, notre souffrance, notre angoisse, notre désespoir peut-être. L’histoire pour moi s'arrête là. Qu'elle continue pour d'autres trois jours de plus, je ne l’ignore pas. Mais je n’ai pas besoin de cette éternité-là ni de cette espérance.

Nos crèches sont plus vraies que nos catéchismes. J'aime que Jésus ait une famille qu'il ait été aimé d’abord et ait pu apprendre pour cela à aimer. C'est l'esprit du Fils : la grâce d’être aimé précède la grâce d’aimer et la rend possible. Ce que Jésus symbolise ? La primauté de l'amour, même faible, même vaincu, même humilié, même supplicié. Pâques marquera sa victoire, sa toute-puissance, sa divinité. Noël marque sa faiblesse, sa fragilité, son humanité. C'est pourquoi Noël, pour l'athée que je suis, est plus vrai, plus éclairant, plus émouvant.

 

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