Libre opinion
Attitude de
solidarité
individuelle et collective
Jean
Hoibian
29 septembre 2007
Dans un évangile on raconte
l'histoire d'une militance exemplaire.
Un inconnu gît sur le bas
côté d'une route. Physiquement et symboliquement il est
gravement atteint. Il a presque perdu la vie, il est seul, on lui a
volé ses papiers et son argent. A-t-il quelque part une
famille qui se soucie de lui ? Que va-t-il devenir ?
La route est presque déserte, elle
n'a pas bonne réputation. Ce n'est pas une autoroute
dotée de surveillances multiples et de postes de secours.
Qu'allait donc faire cet homme dans cette galère ? Mais,
choisit-on toujours le bon chemin ?
Passent près de lui des
notables qui jettent un oeil et
accélèrent.
- « Encore un ivrogne,
un clochard, ou bien un violent qui s'est battu (j'ai bien crû
apercevoir du sang). Il y a des services pour les S.D.F.... Si
j'y pense encore en arrivant en ville, je signalerai
l'incident », pensent
&endash;ils.
Ce sont des gens pressés, ils ont des choses importantes
à faire, le temps c'est de l'argent,d'ailleurs les consignes
officielles sont strictes : se garder de toucher des
blessés, peut être contagieux, dangereux, si l'on n'est
pas breveté Croix-Rouge, spécialiste des
marginaux.
Arrive un étranger qui
s'arrête, qui voit le
blessé de la vie, de la route. Il éprouve de l'empathie
et prend la décision d'agir. Mais de quoi se
mêle-t-il ? il va se compromettre en s'approchant de
l'homme à demi-mort. Il va prendre le risque de se salir,
d'être contaminé, de prendre du retard ?
Oui,
mais il assume.
Il soigne les plaies comme il peut, il bande les membres
blessés. Il réconforte l'inconnu. Il aurait pu
s'arrêter là :
- « Bon courage mon
brave ! remettez-vous !
secouez-vous ! »
Non ! il installe le blessé sur
sa propre monture (faisons-nous place facilement à un sdf dans
notre auto ?) et à pied conduit l'équipage
jusqu'à ce qu'il trouve une hôtellerie.
Vient le deuxième temps de la
militance : l'approche de
l'Inconnu : l'écouter, le comprendre,
échanger, devenir proche, envisager l'avenir. Il y passe toute
la soirée et une partie de la nuit.
- « Dans quel
pétrin me suis-je fourré, pense le voyageur sympa...
moi, un étranger dont les papiers sont récents et
m'obligent à la plus grande
réserve »...
Il doit partir le bénévole, mais il ne veut pas se
laver les mains de ce cas social et l'oublier. Il le confie à
l'institution sociale (l'hôtellerie) pour que le
méprisé, l'oublié, reçoive logement,
nourriture, soins mais aussi accompagnement fraternel. Et comme
ça coûte cher le travail des professionnels, il fait un
don important.
Le bénévole (celui qui fait
le bien) s'en va. Est-il quitte vis-à-vis du
marginal ? A chacun de nous de
s'interroger ? La société toute entière se
décharge de ses responsabilités sur les associations.
Puis elle court vers ce qui lui parait important :produire,
consommer, gaspiller. Pas de temps pour réfléchir aux
causes de la misère, de la délinquance, du
mal être...
Notre héros est un citoyen
conscientisé (comme chacun de nous ! n'est-ce
pas ?)
- « Je
reviendrai, dit-il, savoir ce qu'est devenu mon protégé
(mon prochain), voir si je peux l'aider ou simplement boire avec lui
le verre de l'amitié ! »
Voilà ce qu'est
l'ARAPEJ. Celle d'hier et celle
d'aujourd'hui ! Et voici un commentaire très libre de la
parabole, du conte, du bon samaritain, vieux de 2000 ans,
l'histoire d'un homme qui agit à contre-courant du parler et
l'agir correct de son époque. L'indignation est une vertu,
elle doit nous conduire à la solidarité pour tous ceux
qui ne peuvent se remettre debout et reprendre la route de la
dignité et de la liberté,sans une action solidaire
individuelle et collective. La critique,le mépris, le rejet,
sont des attitudes qui nous déshonorent !
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L'ARAPEJ : Association Réflexion-Action Prisons
et Justice a
célébré son trentième anniversaire le
11 avril 2007 dans le salon d'honneur de l'Hôtel de
ville de Paris, sur invitation de Bertrand Delanoë. Le petit
texte ci-dessus est la conclusion de l'intervention du
soussigné.
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