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Le burkini

est un révélateur de l’absence

de liberté vestimentaire

 

 

Ève Lurbe

prédicatrice laïque


article paru dans l'hebdomadaire protestant Réforme
le 15 septembre 2016

 

22 septembre 2016

Les prises de position en faveur du « burkini » seraient plus crédibles si cette tenue n’était imposée par des hommes à des femmes qui ont parfois intériorisé leur propre soumission

0n dit que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. Pourtant, certaines prises de position comme la défense du burkini au nom de la tolérance permettraient d'en douter.

Ses partisans présupposent une symétrie entre les femmes musulmanes et les autres Françaises relativement à. leur liberté de « s'habiller comme elles veulent ». C'est ce que voulaient faire croire, parce qu'elles le croyaient candidement, la cinquantaine de personnes qui se sont baignées tout habillées le 28 août à Douarnenez en soutien au burkini. « On est encore en démocratie. » « Ces femmes ne font de mal à personne. » De fait, le droit républicain n'a pas pu dire le contraire.

C'était donc un faux problème ; une tempête dans un verre d'eau ; pire, une éruption d'islamophobie savamment instrumentalisée par les politiques. Rideau.

 

Pointe d'iniquité

Je dois faire partie de ceux qui ont mauvais esprit, car je trouve qu'il y a un vrai problème. Ce n'est pas la loi qui pourra y remédier, mais d'abord et avant tout les musulmans eux-mêmes. Ils sont déjà nombreux à se prononcer courageusement contre l'islamisme assassin qui ne de cesse que de gagner du terrain idéologique ici, et n'hésite pas là-bas à massacrer entre autres des femmes récalcitrantes et cependant sagement musulmanes. C'est dans ce contexte que déferlent chez nous les tenues couvrantes des petites filles (venez à Montpellier), les niqabs des plus grandes... les burkinis, tandis que ces messieurs se promènent tranquillement en bermudas, tee-shirts et tongs. Certes, chacun s'habille comme il veut, mais, par temps de canicule, il faut beaucoup d.'autopersuasion pour ne pas discerner une légère pointe d'iniquité.

Défendre le droit de s'habiller comme on veut suppose de pouvoir faire exactement ce que les baigneuses de Douarnenez ont fait - revêtir un déguisement d'un jour en toute sécurité -, soit de pouvoir faire exactement ce que leurs protégées musulmanes n'ont jamais le loisir de faire de crainte de représailles : changer de tenue comme cela leur chante. Des sites de vente en ligne proposent une gamme de seyants burkinis de différentes teintes, et les jeunes filles donnent libre cours à leur coquetterie en variant la couleur des hijabs et en se maquillant les yeux, mais ce n'est pas tout à fait ce que je voulais dire par « changer de tenue ». À l'inverse des baigneuses de Douarnenez qui jouaient de bon cœur comme à carnaval, ces musulmanes ne jouent pas à se déguiser quand elles portent le burkini, ce produit au croisement, comme son nom l'indique, d'un islamisme déterminé et d'un marketing calculateur qui voudrait, par la ruse d'une analogie trompeuse, faire passer ce dernier avatar de la burka pour l'espiègle petite cousine du bikini. Hélas, il n'y a pas de symétrie entre notre liberté vestimentaire et comportementale et leurs obligations vestimentaires et comportementales.

Le burkini n’a fait son apparition que parce que les femmes concernées ne se sentaient pas légitimes en bikini. Pas légitimes... et qui dit la loi en l'occurrence ? Dans toutes les sociétés, la femme, étant la plus faible, dépend du bon plaisir et de la bonne volonté de l'homme. C'est lui qui énonce la loi, le code de bonne conduite. Or, dans les plaidoiries en faveur du burkini, l'homme a disparu comme par enchantement, On nous brosse le tableau idyllique d'une société flottant sur un nuage, où chaque jeune fille, chaque femme, jouit d'une liberté physique et morale totale, où elle n'est pas influencée par l'appréciation des hommes de son milieu, et honni soit qui mal y pense.

Il conviendrait de redescendre sur terre et de remettre l'homme dans le paysage - et soudain, ô surprise, les perspectives changent du tout au tout.

Le problème est celui de la double norme vestimentaire et donc comportementale entre les hommes et les femmes.

Ce ne sont pas les femmes qui s'habillent comme elles veulent ; mais plutôt les hommes, car ce qu'elles font dément ce qu'elles disent. Loin de s'habiller comme elles veulent, elles s'habillent comme elles doivent.

La liberté vestimentaire des jeunes filles et des femmes arabes est suspendue à l'autorisation, à la permission de leur milieu. Plus les quartiers où elles habitent sont ethniquement homogènes, plus la gamme de vêtements que leur permettent de porter les hommes, dont le plus souvent les garçons de leur âge, sous peine de harcèlement, se réduit comme peau de chagrin. Avec ou sans niqab, les filles se voient contraintes de raser les murs pour éviter d'être molestées. Si elles ont adopté le burkini comme une aubaine, c'est tout de même bien parce qu'elles étaient empêchées par leur imprégnation culturelle de porter un simple maillot de bain, ni même un tee-shirt que personne n'aurait remarqué mais qui n'aurait pas été à leurs yeux suffisamment « décent ».

 

Despote intériorisé

Le milieu ambiant dépasse les personnes particulières. Il n'y a pas toujours un mari draconien, un père censeur, un frère tyrannique derrière ces femmes. « C'est moi qui ai décidé ! » Ce serait plus simple si ce n’était pas vrai. On se défend mieux contre un tyran identifiable. Se dresser contre un despote intériorisé est une autre affaire. Cela s'appelle l'émancipation. Il me sera permis dans Réforme de rappeler l'évangile du 4 septembre dernier (Lc 14,25-32), où Jésus, une fois de plus, exhorte à soulever le joug des allégeances familiales et autres ; il en fait la condition sine qua non pour le suivre en personnes libres. Personne ne veut convertir les musulmans, mais on pourrait attendre des chrétiens qu'ils aient puisé dans l'Évangile matière à exercer leur esprit critique sur la flagrante instrumentalisation que les islamistes (mâles) font de l'islam, et dont les femmes, gardiennes et vitrines de leur « honneur », sont les constantes victimes domesticables à merci, au lieu de jouer leur jeu.

Car il n'y a pas, insistent les vrais connaisseurs de l'islam, de vêtement intrinsèquement islamique, s'il y a bien une pratique islamiste du vêtement, qui vise justement à faire passer pour une prescription islamique intemporelle ce qui n'est qu'une norme politico-religieuse islamiste, afin de l'imposer comme telle aux femmes. De façon plus pernicieuse, ces dernières, tant celles qui adoptent ces tenues couvrantes que celles qui ne les adoptent pas, se sont laissées convaincre qu'il est de bonne religion de s'y conformer. Quelle régression depuis une génération !

Jupe interdite, vêtement estival échancré interdit, piscine interdite, cinéma interdit, flirt interdit, danse classique interdite... Femmes de tous les pays, nous nous étions fait une autre représentation de la cause féministe. La pseudo-tolérance qui tolère béatement que les garçons tiennent les filles sous leur férule se rend dramatiquement complice des oppresseurs au lieu d'être solidaire des opprimées.

C’et un appel qui est ici lancé aux hommes musulmans de bonne volonté. Il ne dépend pas seulement des musulmanes qu’elles s’habillent comme elles veulent, mais, de façon décisive, de leurs « hommes », qui tiennent les rênes, et qui le savent bien.


 


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