Refonte du Notre Père
Hugues Lehnebach
pasteur de l'Église protestante unie
29 août 2016
Notre Père qui es aux cieux.
Que Dieu soit un père aimant, c’est positif et va à l’encontre des dieux dominateurs.
Mais pourquoi le mettre aux cieux ? Jésus était donc théiste se représentant le monde à trois étages, avec Dieu tout en haut, la terre au-dessous, et l’enfer tout en bas.
Et si Dieu était une énergie au plus profond de la terre, présent et à l’œuvre en chacun et en toute chose ?
Que ton nom soit sanctifié.
Est-ce qu’il doit être « sanctifié » par les chrétiens seulement ? Ou est-ce que l’on souhaite voir un jour l’humanité entière rendre gloire à Dieu ? Cela signifie alors qu’il faut que toutes les religions y travaillent de conserve.
Que ton règne vienne !
Je trouve cela positif puisqu’on peut le comprendre comme un appel révolutionnaire à mettre à terre toutes les formes d’oppression. Si Rifkin a raison d’annoncer la fin prochaine du capitalisme, ce règne est en chemin.
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
C’est-à-dire que l’on souhaite que le monde dans son entier, l’homme, la nature et l’immensité de l’univers œuvrent en communion avec Dieu. Cela, il faut le garder !
Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien.
Pourquoi à nous et pas aux autres ? Pourquoi pas : « donne aussi du pain à ceux qui n’en ont pas ? » Il serait aussi possible de dire : « permets que nous sachions partager équitablement ce que tu nous donnes »
Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Pourquoi cette référence à la culpabilité qui donne tant de pouvoir aux prêtres et aux puissants ? Et bien des victimes sont culpabilisées sans être responsables de ce qu’elles ont subi !
Pourquoi pas quelque chose comme : « Donne nous d’être libérés de cette part en nous de "non-être" qui nous empêche d’être debout, en marche vers l’avenir ? »
Et puis cette idée sous-entend que si nous savons pardonner, Dieu va devoir en faire autant. Ainsi nous aurions barre sur lui ? C’est quasiment stupide.
Et ne nous conduit pas dans la tentation mais délivre nous du mal.
C’est si mal venu que même les Églises changent aujourd’hui la formule pour signifier que Dieu ne peut pas, lui Dieu d’amour, avoir de temps en temps l’idée de nous suggérer d’agir mal. Serait-ce alors un Dieu sadique qui adorerait faire le mal et que nous supplierions de nous laisser agir positivement ?
Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire.
On en revient donc au théisme, au Dieu tout puissant et dominateur. Bizarre ! Dieu ne se décline-t-il plutôt pas en une énergie souterraine qui propose, suggère, sollicite et laisse l'être que je suis, autonome et responsable pour lui répondre positivement ou négativement ?
Conclusion
Cette prière signifie un dialogue en vis-à-vis avec Dieu lui-même auquel on adresse des demandes. Il faudrait aujourd’hui trouver une formule introduisant à la communion plus mystique.
Jésus n’a jamais dû faire cette prière. Ce serait plutôt une invention d’un chrétien certes ! Mais d’un chrétien qui n’a pas tout compris de l’Évangile.
Que cela ne nous empêche pas de la réciter en cœur en totale solidarité à condition d’y réfléchir en la priant.
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