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Mythes grecs, mythes bibliques

 

L'humain face à ses dieux

 

Elian Cuvillier et Jean-Daniel Causse

 

Cerf
185 pages 17 euros

 

Recension Gilles Castelnau

   

28 septembre 2007

C'est un livre qui s'attaque à la question toujours posée de savoir si les récits bibliques sont des mythes ou des récits historiques et si les mythes sont des descriptions imaginaires ou des analyses profondes de la réalité humaine. Il réunit des articles de Jean-Daniel Causse, Elian Cuvillier, Dany Nocquet, professeurs à la faculté de théologie protestante de Montpellier, Patrick Guyomard, psychanalyste, enseignant à Paris VIII, Catherine Salles à Paris X-Nanterre et Pierre Sauzeau professeur de langue et littérature grecque à Montpellier III.

Mythes grecs
« Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? »
Les Anciens, les mythes et la croyance religieuse
Le mythe d'Antigone.

Mythes bibliques
Le langage mythique de l'Ancien Testament : un langage théologique incontournable.
La résurrection de Jésus : un mythe ?
Le langage mythique dans le Nouveau Testament : approche psycho-anthropologique de trois récits bibliques.
Conclusion : un langage des origines.

 

Voici quelques pages de ce livre qui donneront une idée de son niveau et suggéreront aux internautes intéressés de l'acheter.

 

 

 

Catherine Salles


Page 38.

Il ne faut pas négliger un facteur qui explique la crédibilité du mythe dans l'esprit des Grecs. Les grandes légendes en effet contiennent des généalogies dont le point de départ est un dieu ou un héros et qui aboutissent aux grandes familles royales et aristocratiques historiques. Cette dimension qui peut nous sembler secondaire est très importante pour les Anciens. En effet pour eux, les grandes figures de la mythologie sont vivantes chez leurs descendants humains. Bien entendu ces arbres généalogiques combinant mythe et histoire, légende et réalité, ont la plupart du temps des dimensions politiques. Les monarques ou les hommes d'État revendiquent un ancêtre mythique pour justifier leur pouvoir. Les rois de l'Épire se présentent comme descendants de Néoptolème-Pyrrhus, fils d'Achille. Jules César et Auguste font remonter l'origine de leur famille à Vénus et à Énée. Les empereurs Galba et Vitellius font afficher dans leur palais leurs arbres généalogiques remontant pour le premier à Jupiter et Pasiphaé, au dieu italique Faunus pour le second. Dieux et héros se situent ainsi dans le temps vécu. Hérodote propose une chronologie « historique » indiquant la durée approximative entre la naissance des trois dieux grecs les plus récents (Dionysos, Héraclès, Pan) et son époque. Les historiens, pour évoquer un peuple ou une cité, commencent par rappeler le nom de leur fondateur mythique.

 

 

 

Dany Nocquet

Pages 112-113.

Le projet des auteurs bibliques n'est pas de faire de l'histoire. Le mythe est-il pour autant moins vrai que l'histoire ? Quand une histoire est-elle vraie ? Est-elle vraie lorsque les faits rapportés correspondent exactement à la réalité de ce qui a eu lieu ? Ou bien « lorsqu'à travers des faits évoqués ou des personnages quelque chose de la vérité profonde de J'homme est donné, lorsque des faits singuliers ont tout à coup une portée universelle ? ». La fonction du langage mythique est de dire par le moyen de la narration comment s'est réalisé dans les aléas de l'histoire de l'Univers et d'Israël, ce que les rédacteurs comprenaient comme de l'ordre du plan de Dieu depuis les commencements du monde et d'Israël. Le langage mythique de l'Ancien Testament n'a pas une fonction négative qui serait celle de camoufler une réalité peu glorieuse historiquement. Le mythe a bien plus une fonction théologique. Il s'agit de raconter une histoire accompagnée par Dieu depuis le commencement du monde et depuis les origines d'Israël. Relisant leur histoire tragique ou heureuse, les rédacteurs bibliques y découvraient les signes d'une altérité, de la présence de Dieu. Ils prenaient conscience d'une vérité qui leur était propre et que les autres peuples ne partageaient pas encore comme le suggère de manière étonnante Dt 4,19. Ce qui était vrai pour eux, le monothéisme, ne l'était pas encore pour les autres peuples : « Ne va pas lever les yeux vers le ciel, regarder le soleil, la lune et les étoiles, toute l'armée des cieux, et te laisser entraîner à te prosterner devant eux et à les servir. Car ils sont la part que le SEIGNEUR ton Dieu a donnée à tous les peuples qui sont partout sous le ciel... » (Dt 4,19). Pour pouvoir rendre compte de cette altérité, impossible à objectiver, le langage de la narration et du mythe s'est imposé pour se faire théologie, pour partager une vérité plus vraie que la réalité : « Le monde est tel qu'il nous apparaît fait de choses qui ne nous apparaissent point ! » Comme le suggère Françoise Smyth, le mythe est indispensable pour donner à penser, à discerner, pour étonner : les mythes de l'Ancien Testament ont une certaine efficacité tant ils sont capables de susciter l'étonnement, la réflexion, le discernement. On pourrait ajouter que les mythes sont indispensables pour porter une espérance. Le mythe biblique, comme regard sur les commencements inaccessibles, prend sens lorsqu'il ouvre une perspective et un avenir, permet d'exister, et appelle à sortir de soi-même.

N'est-ce pas par l'écriture dans ce langage mythico-narratif qu'Israël est advenu et que son histoire a fait sens, pour les Israélites d'abord et puis pour toute une part de l'humanité ? N'est-ce pas à ce langage mythique des origines de la Bible (sans oublier celui de la Grèce) que nous devons une grande part de ce que nous sommes ?

 

 

Elian Cuvillier

Page 116

« Mythe » et « langage mythique »
Pour beaucoup de nos contemporains, le langage mythique est considéré comme « primitif ». I1s admettent certes que le mythe véhicule un message, mais en utilisant des représentations naïves se fondant sur une compréhension préscientifique du monde où le surnaturel règne en maître. Selon cette compréhension, il convient donc de dépouiller Je mythe de ce revêtement merveilleux afin d'en extraire le sens profond, lequel, pour être accessible à l'homme moderne, doit être formulé de façon intelligible pour sa raison. Le présupposé implicite est double. D'une part, le mythe relève d'un « savoir » caché sous une enveloppe narrative. D'autre part, nous ne pouvons plus aujourd'hui faire nôtre la représentation du monde que le récit mythique présuppose. Interpréter les mythes consisterait alors à traduire le message caché derrière les histoires souvent invraisemblables qu'ils racontent.

À la suite de beaucoup d'autres je voudrais m'inscrire en faux contre cette compréhension du mythe. Le langage mythique est une tentative de raconter quelque chose qui ne relève pas du savoir mais de l'indicible et de l'irreprésentable, à savoir le rapport de l'homme à sa destinée et à l'altérité. Dit autrement, les mythes tentent d'objectiver - sous la forme d'histoires mettant en scène des personnages et des situations compréhensibles par tous - le rapport de l'homme aux grandes questions de l'existence. Il cherche ainsi à exprimer, aussi « rationnellement » que possible, le mystère des origines de l'homme et de son devenir. Ce faisant, il touche à l'universel en même temps qu'au singulier; je dirais plus précisément qu'il touche à l'universel parce qu'il concerne chacun de nous au plus profond de lui-même. C'est l'impossible à dire que le mythe essaie d'exprimer. Non pas pour annuler cet indicible mais pour l'approcher autant que possible et tenter d'en traduire les conséquences pour l'existence humaine.

 

 

Page 118, note 1

Le mythe d'Oedipe ne cherche pas à décrire ce qui s'est passé une fois, en un lieu et un temps précis, dans l'histoire d'Oedipe et de sa famille. Plus fondamentalement il dit ce qui se passe toujours dans la vie de chaque homme et de chaque femme. Et il dit encore que comprendre cela peut permettre d'appréhender sa vie autrement et de se déplacer. De même, le récit biblique de la tour de Babel ne raconte pas ce qui s'est passé à un moment précis de l'histoire humaine. Il dit bien plutôt ce qui se passe toujours avec les hommes : leur rêve de toute-puissance et la parole qui s'inscrit en faux contre ce rêve dangereux. Dans un autre ordre d'idée, on peut dire que le langage mythique des récits anciens de création et de fin du monde s'apparente, mutatis mutandis, au discours scientifique contemporain sur les origines de l'univers el sur son devenir. Dit autrement, les discours des scientifiques, paléontologues et astrophysiciens, comportent une dimension mythique qu'il nous faut savoir reconnaître et entendre : ils disent quelque chose d'une compréhension particulière de l'homme dans le monde et de la façon dont on peut saisir son rapport à l'origine et à la fin. Et la chose la moins intéressante n'est certes pas le constat que, souvent, ces mythes modernes prennent la forme d'un récit par 1equel on tente de traduire la façon dont « 1es choses ont pu se passer » ! Dans le même sens, Bernard DEFORGE, op. cit., p. 87 : « Je ne vois décidément pas de différence fondamentale entre les cosmogonies antiques et le big bang des astrophysiciens d'aujourd'hui. »

 

 


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