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Charles Gide

 

Éthique protestante
et solidarité économique

 

Frédéric Rognon

pasteur de l’Église protestante unie
professeur de philosophie des religions
à la Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg

 

Éd. Olivétan

168 pages – 14 €

20 juin 2016

Le sociologue Max Weber a montré combien les valeurs protestantes étaient en phase avec le libéralisme économique. Il ne faudrait pas en déduire pour autant que la compréhension protestante de la foi chrétienne n'a produit que le capitalisme.
Charles Gide, économiste protestant français (1847-1932), est à l'origine d'un courant que l'on a appelé le solidarisme, plus connu aujourd'hui sous l'appellation « économie sociale et solidaire » Ce père du mouvement coopératif a été inspiré par sa compréhension de l'Évangile et s'est toujours distingué par son approche théologique de l'économie. Cela se traduit chez lui par une insurrection contre toute injustice, et un appel à la solidarité entre tous les hommes, pour construire un monde meilleur, plus juste, pacifié, plus harmonieux. Un avant-goût du Royaume de Dieu.

Frédéric Rognon est, à juste titre, extrêmement intéressé par la recherche de Charles Gide d’un système social et économique qui soit juste et humain en harmonie avec l’idéal proposé par la foi chrétienne protestante et qui proposerait une alternative à la dureté du marxisme. Avec une grande exigence d’exactitude et de précision il suit en détail l’évolution de la pensée, de l’enseignement et des réalisations du grand économiste que fut Charles Gide (l’oncle de l’écrivain André Gide).
Il mentionne aussi son attitude modérée durant la Première guerre mondiale où son fils aîné fut tué et le second gravement blessé.

Voici quelques passages de cet ouvrage.


page 20

D'un Charles à l'autre

Les valeurs protestantes de sa tradition familiale ne sont pas la seule source d'inspiration de l'œuvre et des engagements de Charles Gide. Il importe d'évoquer une autre racine, paradoxale dans sa combinaison avec la première, mais non moins décisive. Il s'agit de l'influence d'un autre Charles : Charles Fourier.
Charles Fourier (1772-1837) est l'une des principales figures de ce que l'on appellera, après Marx et Engels, « le socialisme utopique ».

[...]

Charles Gide termine sa conférence par une envolée lyrique qui, en articulant étroitement ses convictions chrétiennes et sa vénération envers Fourier, révèle sa toute nouvelle foi dans le programme coopératif, capable selon lui de mettre un terme aux antipathies sociales :
« Il faut croire à la réalisation de cette dernière prophétie de Fourier : l'association amènera l'union. Non, la haine ne sera pas la plus forte ; oui, l'amour vaincra. Il faut le croire parce que l'expérience nous apprend que si la haine est puissante pour détruire, elle est impuissante à rien fonder ; parce que l'histoire nous montre que les seules œuvres qui aient été durables sur terre et qui aient réellement transformé le monde, oui, toutes - sans même excepter la Révolution française dans ce qu'elle a eu de durable et de vraiment fécond - ont été des œuvres d'amour ; parce que nous voyons bien que les seuls hommes qui aient été doués de la puissance créatrice, réformateurs ou inventeurs, ont été ceux-là seulement qui ont eu la puissance d'aimer. Il faut le croire enfin parce que c'est la Nature elle-même qui a voulu que l'amour seul fût le principe de vie et de fécondité et que rien ne pût exister en ce monde qui n'air été conçu dans un embrassement ! »

Charles Gide s'adresse finalement à Charles Fourier pour offrir une ultime réinterprétation de ses extravagances à la lumière de l'Évangile :
« Et toi aussi, homme bizarre dont nous venons d'étudier ce soir la doctrine et la vie, si tu as approché de la vérité de plus près que d'autres et s'il t'a été donné, malgré tes divagations, d'entrevoir l'avenir de nos sociétés d'un coup d'œil véritablement prophétique, c'est tout bonnement parce que ton cœur était riche d'amour pour tous, pour les hommes et les choses, pour les pauvres et les riches, pour les enfants et les fleurs. O toi qui rêvais un monde où "tout le monde fut heureux, même les bêtes", tu étais fou si l'on veut, mais du moins tu fus un fou débonnaire, ce qui nous repose de ces fous furieux dont l'espèce devient si commune aujourd'hui, et si j'avais eu à choisir une inscription pour ta tombe, j'y aurais fait graver cette promesse de l'Évangile : "Il te sera beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé ! »

 

page 61

Le Christianisme social

En profonde affinité avec le solidarisme, le Christianisme social s'en distingue cependant sur le plan confessionnel : le solidarisme est un mouvement pluridisciplinaire, à l'articulation du monde académique et de la sphère politique, tandis que le Christianisme social est un important courant théologique protestant (son pendant catholique s'intitule : le Catholicisme social), auquel se rattachent des professeurs de Facultés de théologie, des pasteurs et des fidèles. Les grandes figures du Christianisme social sont, en France, Tommy Fallot (1844-1904), Élie Gounelle (1865-1950), Wilfred Monod (1867-1943) et Charles Gide ; en Suisse, s'impose la personnalité de Leonhard Ragaz, et aux États-Unis, sous l'intitulé Social Gospel, celle de Walter Rauschenbusch (1861-1918).

Ce qui distingue sans doute le plus nettement les solidaristes des chrétiens sociaux est l'accent mis par ces derniers sur la conversion des cœurs. Mais ce qui distingue le Christianisme social des autres courants théologiques (le libéralisme comme l'orthodoxie) est la focalisation sur la notion de « justice sociale », dont les chrétiens sociaux voient la trace tour au long de la Bible, depuis les commandements de la Torah jusqu'aux prophéties d'Amos, du Sermon sur la montagne jusqu'à l'épître de Jacques. Ainsi le Christianisme social instaure-t-il une dialectique entre changement personnel de vie et réforme sociopolitique, entre repentance et militance. Les partisans du Christianisme social refusent en effet de s'illusionner quant à la possibilité de réformes sociales en profondeur, si on se limite à la conversion individuelle, en comptant par exemple sur son caractère contagieux. Ils mettent donc aussi, et simultanément, l’accent sur l 'action sociale, sans pour autant s'imaginer que la société va s'améliorer sans changer l'homme. À leurs yeux, la conversion spirituelle et l'action sociale doivent aller de pair, doivent même se nourrir mutuellement.
[...]
Les chrétiens sociaux prennent donc au sérieux la « question sociale », et sont volontiers critiques à l'encontre des Églises bourgeoises qui ont négligé la présence et le témoignage chrétiens en milieu populaire. Ils prônent l'engagement social, syndical, voire politique, en vue de soulager la détresse des plus pauvres, de faire progresser les droits des salariés, et de rendre la société un peu plus équitable. A la lumière de l'Évangile, ils pointent les questions concrètes afférentes au chômage, à la précarité, aux conditions de travail, aux accidents du travail, à l'insalubrité des logements,
à la prostitution, à l'alcoolisme, comme autant d'injustices à combattre. Leur théologie privilégie le motif du « Royaume de Dieu », qu'ils considèrent comme étant une réalité qui se construit chaque jour, sur la terre, notamment au moyen des luttes sociales.

On peut situer l'acte de naissance du Christianisme social en France en octobre 1888. C'est alors que se tient, à Nîmes, à l'initiative de Tommy Fallot, le premier Congrès de l'« Association Protestante pour l'Étude Pratique des Questions Sociales» (APEPQS). Avec Édouard de Boyve, Charles Gide est l'un des deux seuls laïcs signataires de l'appel à sa création : la jonction est ainsi faite entre des pasteurs sensibles aux questions sociales et l'École de Nîmes qui, en les accueillant dans sa cité, manifeste son attachement à la tradition protestante, et son souci de faire vivre une sensibilité réformée au sein du mouvement solidariste.

 

page 92

Un pacifiste dans la Grande guerre
[...]
Charles Gide refuse de céder à l'hystérie patriotique et antiallemande.
[...]
C'est ainsi qu'il proteste contre la diffusion massive des nouvelles concernant « les atrocités allemandes » :
« Si elle a pour but, comme on le dit, d'éclairer les pays neutres, une si grande publicité n'était pas nécessaire, car les journaux de ces pays, parce qu'ils ont le respect de leurs lecteurs, ne la publieront pas in-extenso, et probablement on ne la laissera pas mettre en vente. Et si elle a pour but de stimuler dans la population française la haine pour les Allemands, on peut dire que c'est un soin superflu ».
Charles Gide va jusqu'à rédiger un texte dans lequel il s'efforce, « au prix d'un effort surhumain », « d'entrer dans la peau d'un Allemand », pour tenter de saisir le conflit du point de vue ennemi, afin de comprendre pourquoi tous les Allemands, « depuis le Kaiser jusqu'au socialiste démocrate », sont persuadés « que cette guerre n'a pas été provoquée par eux mais qu'elle leur a été imposée par des ennemis implacables - alors que nous sommes précisément dans la conviction contraire ? ». Ce manuscrit sera censuré, y compris par la revue La Paix par le Droit, et demeurera inédit.
La censure s'exerce également, en février 1915, à l'encontre de l'un de ses articles, intitulé La guerre aux non-combattants, publié dans L’Émancipation, qui paraît avec deux pages entièrement blanches. Dans son article du mois suivant, intitulé : Pages blanches, Charles Gide a recours à une grinçante ironie :
« Quand j'ai la faiblesse de relire mes articles, j'ai lieu d'ordinaire de m'en repentir, tant ils m'apparaissent comme lamentablement incomplets et incolores… Mais je dois dire qu'en me relisant la dernière fois j'ai été ébloui. Quel relief, quelle plénitude, quelle couleur, lui donnaient ces pages blanches ! Quelle éloquence muette ! Et si le but d'un article est, comme il se doit, de faire penser le lecteur et de faire travailler son esprit, combien celui-ci aura merveilleusement atteint le but !
[...]
Certains même m'ont écrit, de l'étranger, pour me demander à le reproduire - in extenso bien entendu. Je me suis même demandé si je ne pourrais pas, à l'avenir, réveiller la même curiosité sympathique en coupant moi-même mes articles ? Malheureusement je crains que la mention "coupé par l'auteur" soit loin d'exercer la même action suggestive. »

 



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