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La flibuste protestante

 

 

Gilles Carbonell

 

 

23 mai 2016

Il est peu connu que la flibuste fut essentiellement protestante, une sorte de riposte du faible au fort. Au moment des grandes découvertes, le « fort » était Charles Quint, roi d’Espagne et des Pays-Bas, suivi par Philippe II, un danger majeur pour le royaume de France alors menacé dans sa survie. Et les principaux « faibles » en face de lui étaient le roi de France, le roi d’Angleterre et les princes et ducs des Pays-Bas espagnols. L’un après l’autre, ceux-ci vont porter la guerre sur mer contre les intérêts économiques du roi d’Espagne, en soutenant les actes plus ou moins légaux des pirates et de leurs armateurs.


Les richesses du Nouveau Monde

Les guerres de religions proprement dites ne commenceront qu’en 1562, mais les premières escarmouches, les premiers pillages de vaisseaux appartenant à l’Espagne très catholique, se produisent dès que parviennent à Séville, les premières caravelles et leurs riches chargements. Dans cette période, la flibuste est le fait de marins, de Dieppe et de Honfleur notamment, comme Jean Fleury de Vatteville, ou d’armateurs comme Jean Ango. Dans ces actions, les huguenots sont les plus présents car les plus motivés, et pour de multiples raisons : ils sont en butte à l’ostracisme dans le royaume de France, ils sont séduits par l’idée qu’un monde nouveau peut émerger enfin, débarrassé des compromissions dénoncées par Martin Luther, et puis aussi, disons-le, une attirance pour le grand large et... les affaires lucratives !
Et enfin, et peut-être surtout : l’Espagne a partie liée avec la papauté. En effet, dès 1493 (l’année qui a suivi l’arrivée de Christophe Colomb aux Antilles), le pape Alexandre VI Borgia (d’origine espagnole) publie la bulle « Inter cetera » qui accorde aux espagnols le privilège d’évangélisation aux Amériques ( 1 ). C’était exclure la France et l’Angleterre de tout commerce et de toute action dans ces territoires, à peine d’excommunication. François Ier avait obtenu habilement que ces dispositions ne s’appliquent qu’aux territoires déjà découverts, François Ier qui déclarait « Je voudrais bien voir la clause du testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde. »

Du côté espagnol, les conquistadores, venant pour la plupart des régions pauvres d’Espagne, s’illustrent par leur folie sanglante, leur soif d’« autre chose », d’un autre monde. Ils sont accompagnés dans leurs expéditions par un incroyable réseau de contrôleurs qui entendent, au nom du roi d’Espagne, contrôler absolument tout ce qui provient du Nouveau Monde. Or ce qui arrive quand on tente de contrôler les mouvements de marchandises de manière trop contraignante, c’est que cela développe la contrebande, la fraude et le pillage. Les corsaires français le comprennent très vite et se livrent alors à deux activités qu’on pourrait dire « complémentaires » : les rapines et le commerce discret des biens ainsi détournés.

Toutes ces raisons et d’autres ont fait que les huguenots ont été très vite attirés par l’aventure marine, de même que les aventuriers du grand large trouvaient dans les idées de la Réforme des thèses qui leur correspondaient.

 

La période française

Si la flibuste fut d’abord exercée et financée par des individus tentés par l’aventure, elle fut ensuite organisée, canalisée et protégée par un personnage proche du pouvoir royal : capturer les galions pour affaiblir le roi d’Espagne et donner à la France ses propres colonies, ce fut le rêve et la grande activité... de l’amiral de Coligny !

De fait, il est difficile de démêler l’enchevêtrement de tricheries, de manœuvres sournoises, d’oppositions religieuses, de considérations stratégiques, de banditisme pur et simple, de calculs économiques et financiers, qui constitue le paysage dans lequel vont évoluer les « pirates ».

Les rois de France successifs vont avancer masqués dans cette aventure. Le désir d’implanter des colonies françaises au Nouveau Monde va côtoyer la nécessité quasiment vitale d’affaiblir l’extraordinaire et dangereuse puissance espagnole, ainsi que l’intérêt de rapporter des richesses susceptibles de renflouer le trésor du Roi. Le pouvoir va ainsi condamner en paroles les actes des flibustiers, tout en autorisant la guerre de course dans les périodes de conflit et en laissant Coligny protéger « ses pirates » dans les autres périodes.

Cela se traduisit par l’implantation d’un certain nombre de colonies en Amérique du Nord, Canada et Terre-Neuve et, plus proche de l’histoire du protestantisme, en Floride, où une expédition française, initiée par Coligny et conduite par deux huguenots, installa une colonie en 1562. Après beaucoup de péripéties, le roi d’Espagne Philippe II envoya un homme sans complexes, Menéndez, qui finit en 1568 par anéantir la colonie, massacrer tous les français en faisant poser une plaque disant « Je traite ainsi non les Français mais les hérétiques. »

Le crime souleva d’horreur toute l’Europe réformée et fit dire – beaucoup plus tard – que la Saint-Barthélemy avait commencé en Floride ( 2 ).

Et il n’est pas interdit de risquer une hypothèse hasardeuse : l’assassinat de Coligny, lors de la Saint-Barthélemy en 1572, a certes été mis au compte de la guerre menée contre les huguenots par le parti des Guise. Mais il faut bien dire que sa disparition devait bien faire plaisir au roi d’Espagne, à qui l’amiral avait fait énormément de tort et de difficultés dans tous les domaines.

 

Les autres pays du monde protestant

Pour l’Espagnol, les choses sont claires : la flibuste est huguenote, et il est probable que cette liberté nouvelle, des hommes, des échanges, des mers, et le courage qu’elle suppose, ne devaient pas déplaire aux protestants européens. Sur terre, les liens perdureront très tard entre les huguenots de France, d’Angleterre et des Pays-Bas – que l’on songe seulement aux luttes acharnées de Louis XIII et du cardinal de Richelieu contre les huguenots aidés et soutenus par les Anglais, luttes qui se termineront au siège de La Rochelle en 1628.

Deux autres populations se lanceront dans la guerre maritime contre l’Espagne, tout d’abord les « Gueux de la mer » aux Pays-Bas espagnols, qui réussiront à gagner leur indépendance sous le nom de Provinces Unies.

Et la réussite de la révolte dans les Provinces Unies ne s’est produite qu’après une incroyable répression de l’armée espagnole – aux portes de l’Angleterre, ce qui effrayait vivement la nouvelle reine, Elisabeth. De plus, cette reine protestante succédait à la reine Mary, « Marie la catholique », épouse de Philippe II d’Espagne.

L’épopée maritime des protestants français et leur implantation en Amérique du Nord, et l’acharnement des hollandais dans leur guerre de course sur mer, ont alors été suivis de l’âge d’or des « Chiens de mer » d’Elisabeth, les « anciens » (John Hawkins, Francis Drake, etc.) comme les « nouveaux ». La reine réussit le tour de force de soutenir et utiliser les pirates anglais dans leurs méfaits, tout en les canalisant pour qu’ils s’abstiennent de s’attaquer aussi aux marchands anglais, et tout en évitant de trop mécontenter la puissante Espagne.

 

____________________________

1. Cette bulle sera suivie d’une autre qui réduisait un peu l’étendue du territoire concerné, mais au bénéfice, cette fois, du roi de Portugal !

2. Mais on pourrait en dire autant des atrocités commises par les armées du duc d’Albe, envoyées aux Pays-Bas espagnols pour mater les révoltés de ce qui sera plus tard les Provinces Unies.

 


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