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Martin Luther

(1517-2017)

Puiser aux sources du protestantisme


Marc Frédéric Muller

pasteur, docteur en théologie

 

Éd. Olivétan

222 pages – 20 euros €

 

recension Gilles Castelnau

 

15 avril 2016

Marc Frédéric Muller écrit ici un livre important, qui suscitera l’intérêt de tous les esprits cultivés soucieux d’approfondir leurs connaissances historiques et religieuses.
Il ne nous produit pas un énorme pavé rendu indigeste par un grand nombre de citations et de références mais il écrit avec clarté et simplicité un texte aéré par de nombreux chapitres, paragraphes et sous-paragraphes.
Les citations sont nombreuses mais brèves et nous aident à pénétrer ce monde du 16e siècle allemand qui nous déconcerte souvent.

Voici des passages qui permettront, nous l’espérons, à de nombreux lecteurs, de prendre conscience de la qualité de ce livre et peut-être de l’acquérir.

 

.

 


Ajustés à la Parole de Dieu

L’actualité de l’article de la justification

Dépasser la panne herméneutique ?
[...]
page 47
L’inspecteur ecclésiastique de Paris, Albert Greiner considère que l’époque est celle du « crépuscule des temps modernes dont Luther a vu l’aurore » et il est donc vain de chercher la modernité du réformateur. Le centre de la pensée du théologien de Wittenberg était la justification par la foi, « la certitude que l'homme pécheur et angoissé par sa faute ne trouve grâce devant Dieu qu'en se réclamant par la foi du sacrifice de Jésus. »

Or, ce discours n’intéresse plus personne : les tensions avec l'Eglise catholique romaine sont assez largement apaisées et personne ne se préoccupe d’être justifié devant Dieu. Dès lors la proclamation de ce message ne trouve que peu d’échos, même au sein de l'Eglise ; il est devenu difficile de toucher nos contemporains. Pour l'homme sécularisé de 1967, « Dieu est pratiquement mort ». Pour autant, même si Dieu n'est plus au-devant de la scène, « il se retire peut-être dans les coulisses » et il demeure un tourment pour les hommes. Albert Greiner interprète le temps présent comme celui de la colère de Dieu, citant Luther : « Il n'y a pas de pire colère que le silence de Dieu, l'absence de sa parole quand Dieu nous abandonne à nos sens et à notre nature et nous laisse faire selon notre bon plaisir. » Dans cette situation, les hommes sont livrés à leurs actes tentant d'y trouver leur propre raison d'être, leur justification.

 

 


L’Église aux prises avec Dieu qui justifie

L’Église au service de la Parole de Dieu

Luther et l’impossible réforme de l’Église

[...]
page 84
Devant l'irresponsabilité des autorités de l'Eglise qui ne se préoccupent pas de voir honorer la Parole de Dieu et qui prétendent réclamer un concile, Luther s'inquiète de la colère de Dieu :

« J’ai grand-peur qu’un jour le Christ ne fasse passer sur l’Allemagne un concile d’anges qui nous détruira tous, de fond en comble, comme Sodome et Gomorrhe, puisque nous nous moquons insolemment de lui, sous prétexte de concile. »

Dans la plupart de ses écrits, il nomme tous ceux qui font obstacle à la diffusion de l'Evangile, entendu comme l’annonce de la grâce par la foi en Jésus-Christ. La liste de ses adversaires impressionne. Il les qualifie de « monstres » et, de façon récurrente, il désigne ces ennemis de la foi : le pape et les papistes (cardinaux, évêques, moines) ; dans le camp évangélique, les anabaptistes, les sectaires, les fanatiques et les sacramentaires zwingliens ; enfin, les Juifs et les Turcs (« mahométans ». Ce sont tous des « faiseurs d'œuvres » qui ignorent la justice passive, la justice reçue dans la foi, mais accomplie par le Christ pour notre bénéfice et ils pensent que l'œuvre de Dieu dépend de la dignité de la personne. Ces « faux apôtres » forment « toute la synagogue de Satan. »

 


Qu’est-ce que l’Église ?

Les moyens de salut, signes visibles de la présence de l’Église

[...] Dans son œuvre tardive, Des conciles et de l’Eglise de 1539, le réformateur présente ce qu'est la « sainte Eglise catholique chrétienne » : c'est un peuple saint qui croit en Christ, qui réunit dans un seul ensemble toutes les Eglises et tous les chrétiens du monde. Où qu'elle soit, il est possible de la trouver quand sont identifiés ses « moyens de salut », qu'il établit au nombre de sept.
[...]
1) L’Eglise a la Parole de Dieu. Celle-est prêchée, crue, confessée et mise en pratique et elle se trouve dans l'Ecriture sainte et non d'abord chez les Pères de l'Eglise ou dans les conciles.

2)
Le peuple de Dieu ou le peuple chrétien et saint se reconnaît là où est célébré le sacrement du baptême.

3)
Il se reconnaît là où est célébrée la sainte cène, sacrement de l'autel, institué par le Christ, confessé et reçu.

4)
Il recourt régulièrement au pouvoir des clefs institué par le Christ pour absoudre et condamner les péchés.

5) Eglise est reconnue extérieurement là où des serviteurs sont ordonnés ou appelés et désignés pour être évêques, pasteurs ou prédicateurs, et qui dispensent les quatre moyens de salut déjà mentionnés.

6) L’Eglise se reconnaît là où le peuple chrétien rend grâce et loue le Seigneur, prie le Notre Père, chante des psaumes et des chants spirituels, confesse la foi des Apôtres, enseigne les Dix commandements et le catéchisme. La prière est aussi un moyen de salut.

7) Enfin, « on reconnaît extérieurement le peuple saint et chrétien au moyen de salut qu’est la sainte croix. En vertu de la croix il faut éprouver toute adversité et persécution, toute tentation et tout mal venant du diable, du monde et de la chair... afin de devenir semblable à sa tête qui est le Christ ». Ce peuple doit supporter la haine du monde comme aucun autre, d’une façon pire que les Juifs, les païens ou les Turcs. Par la Croix le Saint-Esprit ne rend pas seulement ce peuple saint mais aussi bienheureux.

 



Annoncer l’Évangile au monde entier

Quelle mission à l’heure de la Réformation ?

Les religions sous la croix


page 118
« Quiconque s’écarte de l’article de la justification ne connaît pas Dieu, il est idolâtre. C'est donc tout un que d’être appelé moine ou Turc, Juif, anabaptiste, etc. Car si cet article est supprimé, il ne reste plus qu’erreur pure, hypocrisie, impiété idolâtrie, lors même que l’apparence est celle de la sainteté la plus haute. La raison en est la suivante: Dieu ne veut être connu que par Christ (Jean 1 ne dit pas autre chose).
[...]

« C'est pourquoi il n'y a pas la moindre différence entre un papiste, un Juif, un Turc, un sectaire, etc. Les personnes, les rite, les religions, les œuvres, les cérémonies sont divers, il est vrai, mais le raisonnement n'en est pas moins partout le même, partout le même cœur, le même sentiment et la même pensée. Le Turc pense tout comme le chartreux ; si je fais ceci ou cela je me rendrai Dieu propice, sinon je provoquerai sa colère. Il n'y a pas de voie intermédiaire entre l'œuvre de l'homme et la connaissance de Christ. Si cette méconnaissance est obscurcie, il est indifférent que tu sois ensuite moine ou païen etc.
C'est donc le comble de la folie pour le papiste et pour le Turc, de croiser le fer au sujet de la religion et du vrai culte de Dieu, et de soutenir, l’un et l'autre, qu'ils ont la véritable religion et le vrai culte de Dieu. »

Un moine pense plaire à Dieu en observant la règle de son ordre, un Turc parce qu'il se conforme au Corn un anabaptiste en se faisant rebaptiser, un Juif en se soumettant à la loi de Moïse. Mais Christ est absent de leur « rêverie » et ils ignorent ce qui plaît à Dieu. Toutes ces religions et ces pratiques cultuelles sont équivalentes ; pour elles, « Christ ne sert tout simplement de rien. »

 

 


L’autonomie du monde et la volonté de Dieu


En attendant la création nouvelle


Les deux Règnes

page 159
Luther travaille sur les ruptures et sur les tensions, à partir du critère de la justice de la foi. Ainsi l'humanité est scindée en deux : d’un côté se trouvent les chrétiens qui appartiennent au Royaume de Dieu – « il se trouve à peine un chrétien sur mille personnes » - et, de l’autre, ceux qui appartiennent au monde. Les premiers sont guidés par l'Esprit saint et les seconds sont sous la surveillance de la Loi. Les premiers vivent sous le règne spirituel de la grâce, justifiés par la foi en Jésus-Christ, et les seconds sont soumis au règne temporel de la justice qui s'exerce par la Loi et par la force. Sans appartenir au règne du monde, les chrétiens sont néanmoins dans le monde (Jean 17.15-16).

Ainsi le règne spirituel concerne les âmes ; Dieu est le seul à s'en charger et il ne veut laisser à personne d'autre le droit de les gouverner. Quant au règne temporel, il concerne les choses extérieures, c'est-à-dire le corps, les biens matériels, toutes les activités humaines, même religieuses. Dieu en a confié le gouvernement à des institutions qui doivent fonctionner en usant de la raison et qui sont placées au service de tous. La traduction la plus parfaite de cette raison qui doit présider aux décisions dans le règne temporel est celle de la « Loi naturelle » (Lex naturalis), c'est-à-dire la règle d’or : le Christ (Matthieu 7.12) et la loi naturelle enseignent qu'il faut faire à l’autre ce qu’on voudrait le voir nous faire à nous-mêmes et qu’on doit épargner à l’autre ce qu’on voudrait qu'il nous épargne ; c'est un principe éthique universel inscrit dans le cœur de toute personne. Ce n’est pas un don particulier ni une grâce surnaturelle, mais une manière choisie par Dieu afin de préserver la création.

Jusqu'à la fin du monde, ces deux règnes ne peuvent jamais être mêlés, celui de la justice reçue de Dieu (« justice passive » qui est celle de la foi) et celui de la justice exercée par les hommes, selon leurs traditions, qui vise à discipliner les mœurs (« justice politique » qui est celle de la Loi dans le monde du péché). Il faut se montrer « bon dialecticien » en prenant bien soin de distinguer ces deux réalités.

Malheureusement, il arrive souvent que les deux règnes soient confondus ou que l’un soit occulté au profit de l’autre. C'est une source de graves déviances.

- Il est avéré que le règne temporel s'est soustrait au règne spirituel ; il ignore Dieu et agit comme s'il était son propre maître. Pourtant Dieu ne l'a jamais abandonné. C'est la situation ordinaire du monde pécheur, exposé au mal au diable et à la mort. Dieu veut néanmoins le protéger par des institutions qui ont pour mandat de le garder du chaos. Les hommes sont responsables de ce règne qui n'échappe pas au jugement de Dieu.

- Quand on invoque le spirituel pour empiéter sur le temporel, on prétend tirer de l'Evangile une sainteté extérieure, en imposant des lois et des pratiques de piété qui ne relèvent pas de la foi.
« Quiconque est un prédicateur doit laisser le règne temporel en paix afin de ne pas susciter une confusion et un désordre, car notre devoir est de gouverner l'Eglise par la parole ou par le glaive oral et par la verge de la bouche. »

- Le temporel est aussi enclin à empiéter sur le spirituel, quand un prince s'égare en voulant imposer aux consciences de croire.
« Les autorités séculières, les princes, les rois et la noblesse à la campagne, les juges aussi dans les villages veulent à présent porter le glaive oral et enseigner aux pasteurs ce qu'ils veulent que l’on prêche et comment... Mais dis-leur : "Bouffon et incurable benêt que tu es, fais ton métier, ne prêche pas, laisse tes pasteurs le faire". »

- Enfin, quand on invoque le spirituel pour se soustraire au temporel, la porte est ouverte aux sectarismes, aux fanatismes ou à l'anarchie. Au nom de l'Evangile, certains voudraient abolir la Loi, s'affranchir de leurs devoirs envers les autorités du monde, ne pas payer d'impôts, ne pas faire la guerre quand le pays est en danger, se dérober à leurs obligations envers leurs conjoints et leurs enfants.

« Sur mille personnes il se trouve à peine un chrétien », aussi un gouvernement temporel exercé par les princes et les magistrats, est absolument nécessaire pour contenir le mal et permettre de vivre en paix.



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