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Luther

et la Réforme protestante


Annick Sibué

Annick Sibué est professeur agrégée d’allemand.
Elle s’est spécialisée en littérature et civilisation germanique
à l’université de Paris IV Sorbonne et de Bonn

 

Éd. Olivétan

196 pages – 18 euros €

 

recension Gilles Castelnau

 

21 mars 2016

Les fameuses 95 thèses de Martin Luther ont été publiées le 31 octobre 2017, il y aura l'an prochain exactement 500 ans et c’est à cette date que l’on fixe la naissance du protestantisme.
La publication du livre d’Annick Sibué convient à cette occasion : il clarifie les idées sur la Réformation enclenchée par Luther pour ceux jeunes ou adultes, qui trouvent la question obscure.
Les quelques pages ci-dessous sont de bons exemples de ces événements originels. Elles sont suivies de la présentation des principales novations apportées par le luthéranisme : rénovation du mariage, valorisation de l'enseignement, critique des évangéliques anabaptistes, conception du judaïsme etc.

 

page 32

Un contexte général favorable à la Réforme

Un climat religieux aux relents de scandale

Rome est alors couramment assimilée à la grande prostituée de l'Apocalypse et le pape dénoncé comme l'Antéchrist. Dans quelle mesure l'Église a-t-elle créé un terrain propice au développement de la Réforme ?

La papauté a des préoccupations politiques qui l'empêchent de combattre plus énergiquement ce mouvement. De plus, la prétention de l'Église à l'universalité et l'infaillibilité pontificale ont été démenties par les faits. La décadence de l'Église est manifeste et on ne tolère plus ses dérives qui touchent à la fois l'économie, le pouvoir, la doctrine et le mode de vie du clergé. Enfin, l'emprise cléricale sur tous les domaines de la vie suscite le rejet, ainsi que les méthodes employées pour convaincre les récalcitrants.

Des préoccupations avant tout politiques pour la papauté

- Les États du pape

Les États du pape ne se limitent pas au Vatican : ils comprennent la ville de Rome et sa région, le centre de l'Italie et des possessions en Avignon. Ces positions sont certes stratégiques, mais constamment menacées, notamment par les rois de France. De ce fait, la papauté a comme priorité de protéger ses territoires et ce souci permanent l'empêche de lutter de manière efficace contre les idées de la Réforme.

- Des concessions obligatoires à Frédéric le Sage

En 1519, Maximilien, l'empereur du Saint-Empire, décède. Avec lui disparaît un pilier de la chrétienté. Deux candidats sont en lice pour sa succession : François Ier roi de France, et Charles, roi d'Espagne. C'est le prince électeur Frédéric le Sage, le souverain de Luther, qui assure l'intérim.

Dans les toutes premières années de la Réforme, le Saint-Siège est obligé de le ménager et de céder à ses requêtes, car il redoute l'élection de Charles qui, en se retrouvant à la tête de dix-sept couronnes, encerclerait complètement ses États ! C'est ainsi que Luther n'ira pas à Rome pour y être jugé, mais à Augsbourg. C'est aussi la raison pour laquelle les poursuites engagées à son encontre traîneront en longueur et que, pendant ce temps, la Réforme gagnera du terrain.

Par la suite, des alliances politiques peu judicieuses entraîneront en 1527 la prise de Rome par les troupes impériales. La participation des États pontificaux aux guerres d'Italie éloignera durablement la menace planant sur la Réforme.

 

page 57

Les étapes de la vie de Luther
jusqu'à la percée réformatrice


La découvert du salut par la foi

- La « Justice de Dieu », une expression mystérieuse

La justice de Dieu telle qu'elle était enseignée :
Comment Luther est-il passé de l'image d'un Dieu sévère et exigeant à celle d'un Dieu miséricordieux et prodigue ?
Depuis longtemps, il butait sur cette expression que l'on trouve de façon récurrente, notamment dans l'Épître aux Romains, au chapitre 1, verset 17. Jusqu'alors, il avait toujours compris ce terme comme on le lui avait enseigné : le Dieu de toute justice punit les pécheurs. Se sentant pécheur en dépit de la vie monacale irréprochable qu'il menait, Luther n'était pas parvenu à trouver la paix en dépit de toute sa bonne volonté.

La justice de Dieu telle que Luther la découvre
Après avoir médité longuement sur cette expression, il finit par prêter attention au contexte dans lequel elle se situe :

« Dans l'Évangile, la justice de Dieu est révélée par la foi, comme il est écrit, le juste vivra par la foi. »

Il comprend alors que, dans ce sens, la justice de Dieu est celle par laquelle Dieu accepte et justifie l'homme sur sa simple foi en la mort rédemptrice de Jésus-Christ à la croix. Cette nouvelle lecture de la justice de Dieu lui est abondamment confirmée par d'autres analogies qu'il retrouve en parcourant les Écritures.

- Une illumination libératrice

Si cette découverte du salut par la foi seule en Jésus-Christ semble avoir été subite, elle demeure toutefois le fruit d'un long cheminement spirituel et représente l'aboutissement d'une méditation approfondie des textes bibliques. Cette illumination est vécue comme une véritable libération:

« Alors je me sentis renaître et entrer au paradis même, par des portes grand ouvertes. Dès lors, l'Écriture tout entière prit à mes yeux un aspect nouveau. »

Cette libération se traduit par la modification de son nom de famille. De Luder, son véritable nom d'origine, il passe à Luther ou Eleutherius qui signifie en grec « homme libre ».

- Une expérience riche de conséquences pour le monde

L' « événement de la Tour » est le moment clé de l'histoire de la Réforme : il en est le point de départ. Le Dieu que Luther a découvert est un Dieu d'amour qui lui fait grâce et qu'il aura à coeur de servir de toute son âme.

Cette expérience va le faire sortir de l'anonymat et l'entraîner, malgré lui, sur la scène du monde. L'origine de la Réforme n'est donc pas à chercher dans la révolte contre les pratiques abusives de l'Église et dans les moeurs dépravées de nombre de ses membres que certains, dont le célèbre humaniste Érasme de Rotterdam, dénonçaient avec autant, sinon plus de vigueur que lui. Les abus fournirent l’élément déclencheur, mais la cause profonde réside dans les lacunes théologiques de son temps.

 

page 64

La rupture avec Rome


L'acte de naissance de la Réforme :
les 95 thèses du 31 octobre 1517

- Luther réagit

Les 95 thèses : une date et un lieu controversés

Selon la tradition, Luther aurait placardé ses 95 thèses contre les indulgences le 31 octobre 1517 sur la porte de l'église du château de Wittenberg. La date est mieux attestée que le lieu. Le Réformateur aurait choisi la veille de la Toussaint, jour de la fête des Morts, car le moment se prêtait bien à la vente d'indulgences pour les défunts, dont l'âme devait être libérée du purgatoire.

Cet acte, célébré pendant des siècles, a signé le coup d'envoi de la Réforme.

Toutefois, la réalité de cet affichage public est controversée, faute de témoignages suffisants. Il apparaît plutôt que Luther a d'abord fait parvenir ses thèses aux autorités ecclésiastiques concernées, notamment à l'archevêque de Mayence, pour les prier de porter remède aux abus. N'ayant reçu aucune réponse, il se serait alors tourné vers ses collègues de la faculté de théologie de Wittenberg.

Une déclaration de guerre ?

Les thèses étaient destinées à ses collègues afin d'être discutées selon la tradition universitaire. Luther ne s'est pas adressé directement à l'opinion publique. Ses thèses étaient d'ailleurs rédigées en latin, langue que le peuple ne comprenait pas.


 - Un retentissement sans pareil

Aucun des collègues de Luther ne répond à son invitation à débattre sur les 95 thèses. Peu de temps après, sans son autorisation, ses étudiants les traduisent en allemand, les font imprimer et, en quelques semaines seulement, un véritable raz-de-marée déferle sur toute l'Allemagne.

 

page 77

Les trois grands écrits réformateurs de l'année 1520

A la noblesse chrétienne de la nation allemande, août 1520

Une multitude de réformes dans la société

Dans un second temps, Luther expose les réformes qu'il voudrait voir engagées par un concile. Il se fait l'écho de l'idée évoquée à maintes reprises au cours du Moyen Âge: la réforme de l'Église doit se faire « dans son chef et dans ses membres ». Le chef, c'est bien entendu le pape.

Les religieux doivent mener une vie simple et non plus se comporter en hommes du monde. Le trafic de charges et des bénéfices est dénoncé. Le souverain pontife doit abandonner son train de vie mondain :

« N'est-il pas scandaleux de voir le représentant du Christ [...] se promener avec un cortège impérial ? Et cette cour pontificale avec des milliers de fonctionnaires dont un centième suffirait. »

Il doit aussi renoncer à ses territoires et possessions. Il ne doit plus avoir le droit de déposer rois et empereurs.

Chaque ville doit pouvoir être libre de choisir son curé ou son pasteur et de le rémunérer à ses frais. Tout clerc doit être libre de se marier.

Une liste de coutumes populaires de piété est également dressée. Les messes pour les morts et le culte des saints doivent être supprimés. Les pèlerinages à Rome ne sont pas nécessaires.

Une réforme de l'enseignement est envisagée, la mendicité doit être interdite et les pauvres doivent être pris en charge par leur commune. Une multitude de sujets est ainsi abordée…

Le best-seller de l'année

Le premier tirage de quatre mille exemplaires de ce manifeste est épuisé au bout d'une semaine ; il sera réédité treize fois en 1520 !

 


page 91

Convocation devant la diète de Worms, avril 1521
l'opération de la dernière chance

18 avril : reprise de la comparution

« A moins que l'on ne me convainque par des attestations de l'Écriture ou par d'évidentes raisons - car je n'ajoute foi ni au pape ni aux conciles seuls, puisqu'il est clair qu'ils se sont souvent trompés et contredits eux-mêmes - je suis lié par les textes scripturaires que j'ai cités et ma conscience est captive des paroles de Dieu. Je ne puis ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide ! Amen »

C'est la première fois que l'on revendique la liberté de conscience. À la suite de cette déclaration, le juge ecclésiastique fait une ultime tentative pour le convaincre :

« Dépose là ta conscience frère Martin, la seule chose qui soit sans danger est la soumission à l'autorité établie. »

Mais Luther ne fait pas marche arrière. Il lève les bras en signe de victoire. Le 26 avril, il rentre, protégé quelques jours encore par le sauf-conduit, en attendant la promulgation de l'édit de Worms.

- L'édit de Worms: l'arrêt de mort de Luther et de la Réforme ?

L'édit de Worms

Un mois plus tard, le 25 mai 1521, l'édit de Worms, qui met Luther au ban de l'Empire, est promulgué. Il est déclaré « ennemi public numéro un », de même que ses partisans. Ses biens sont confisqués, ses livres sont brûlés. Il est interdit de le loger, de le nourrir et de l'assister, sous peine de crime de lèse-majesté. En outre, l'édit intime à quiconque le trouve l'ordre d'arrêter ou de faire arrêter l'hérétique afin de le livrer.

Luther est en danger de mort, ses jours sont comptés.

Coup de théâtre

Le 4 mai, sur le chemin du retour de Worms, Luther fait étape à Möhra. Lors de la traversée de la forêt de Thuringe, à la hauteur du château d'Altenstein, le convoi dans lequel il se trouve est assailli par une petite troupe d'hommes en armes. Luther est enlevé, avec pour tout bagage sa Bible en hébreu et son Nouveau Testament en grec.

La consternation s'abat sur les sympathisants de Luther et sur toute l'Allemagne. Le célèbre artiste Albrecht Dürer se fait le porte-parole du climat qui règne après sa disparition :

« Vit-il encore, l'ont-ils assassiné ? Je l'ignore. S'ils l'ont tué, il a souffert la mort pour la liberté chrétienne parce qu'il a repris la papauté impie [...]. Ô Dieu, redonne-nous un homme semblable à cet homme qui, inspiré de ton esprit, rassemble les débris de ta sainte Église et nous enseigne à vivre comme des chrétiens[...]. Donne-nous le pur et saint Évangile qui ne soit pas obscurci par des enseignements d'hommes [...] Ô Dieu, si Luther est mort, qui nous expliquera ton Évangile avec autant de pureté ? [...] Ô chrétiens, unissez-vous tous à moi pour pleurer cet homme si riche de l'esprit de Dieu ! »

Qu'est-il advenu du docteur Luther ?

Seuls ses proches savent à quoi s'en tenir. Frédéric le Sage, faisant fi de l'édit de Worms, a préféré prévenir le danger qui guettait son protégé en organisant ce simulacre d'enlèvement afin de le mettre à l'abri dans son château de la Wartburg, forteresse située près d'Eisenach et protégée par un pont-levis, une passerelle mobile et une solide porte en fer. Durant dix mois, Luther y vit incognito en tant que chevalier Georges. On lui a demandé de porter les cheveux plus longs et de se laisser pousser la barbe. Son logis se compose de deux pièces où deux jeunes garçons viennent le ravitailler deux fois par jour.

Dans sa retraite forcée, Luther déploie une activité littéraire et épistolaire sans pareille. La Réforme peut suivre son cours.



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