Libre opinion

Vous avez dit
évangélisation ?
Quelques réflexions pour
une Église de témoins
Alain Arnoux
éd. Olivétan. 64
pages - 8 €
recension Gilles Castelnau
11 février 2016
Bien loin d’identifier
l’ « évangélisation » à
de grandes manifestations à l’Américaine où l’on
identifie l’émotion avec la foi ou de promouvoir
des conversations suscitées par deux
intervenants au pas de la porte, le pasteur
Alain Arnoux en propose une approche naturelle,
sincère, humaine vécue dans le quotidien des
paroisses.
Il invite le lecteur à s’interroger lui-même
sur sa spiritualité, sa théologie, le message,
le style de vie qu’il voudrait transmettre à ses
contemporains. Tout en douceur, sans
culpabiliser ni dramatiser, sans chercher à se
faire admirer pour la qualité de ses grandes
idées, en pasteur sympathique, il ouvre devant
nous des portes.
En sept parties comportant chacune plusieurs
« questions » et quelques derniers
mots, 55 paragraphes, tout simplement, il
nous intéresse.
En voici quelques exemples
.
Évangéliser
parce que je suis sauvé
n° 16
Une sotériologie sérieuse ne peut pas se limiter
à répéter à l'envi que « Dieu nous aime
tous inconditionnellement », ni que
« le message fondamental de la Réforme dans
la suite de l'Évangile est le salut par la grâce
seule ». Encore faut-il savoir ce que les
Réformateurs entendaient par les mots salut,
grâce seule, et d'autres comme par exemple
justification, pour rendre compte de leur
compréhension de l'Évangile. Et encore faut-il
se demander ce que ces mots peuvent toucher chez
l'homme d'aujourd'hui, et comment.
page 18
Questions
• Le mot « Évangile » signifie
« Bonne Nouvelle ». Mais en quoi
est-elle bonne ? En quoi est-elle
nouvelle ?
• De quoi le Dieu de Jésus-Christ me
sauve-t-il ? De quelle expérience de salut
puis-je témoigner ?
• Être sauvé, qu’est-ce que cela change pour
moi ?
• Pour quoi ai-je envie de dire merci ?
Un
expérience qui transforme
n° 21
Evangéliser, ce n'est pas simplement annoncer un
message, c'est se mettre à l'écoute de ce
message avec ceux à qui on s'adresse, le
partager vraiment avec eux. C'est se laisser
transformer soi-même par ce message, et non
espérer seulement qu'il transforme ceux à qui je
m'adresse, encore moins qu'il les transforme à
mon image. Nous ne sommes pas des justes qui
appellent des pécheurs, des bons qui appellent
des méchants, des bien portants qui appellent
des malades, des lumineux qui appellent des
ténébreux. Dieu a pour ceux auxquels nous nous
adressons le même regard que pour nous. Ils sont
avec nous et nous sommes avec eux dans la
communion des « acceptés, quoique
inacceptables même à leurs propres yeux (ce qui
est le salut par la grâce seule), appelés à
accepter d'être acceptés, quoique inacceptables
(ce qui est le salut par la foi seule) »,
d'après une phrase de Paul Tillich.
La vie
ordinaire de l’Église
n° 28
« Faire de l'évangélisation » est une
expression impropre, car elle laisse entendre
que l'Eglise fait là quelque chose qui sort de
son ordinaire. L'évangélisation c'est d'abord le
« vivre avec ». C'est pourquoi elle
passe d'abord par la vie des membres de l'Église
locale, qui partagent les mêmes préoccupations
que l'ensemble de la population du lieu où ils
vivent. Elle passe par la vie ordinaire d'une
communauté bien enracinée localement, plus que
par l'action « parachutée » de
personnes ou de groupes extérieurs, même si ce
type d'action peut être utile au service du
témoignage dans la durée d'une communauté et de
ses membres. Les mots de paroisse et de
paroissiens se justifient alors (et seulement
dans ce cas-là), selon l'étymologie
grecque : ceux qui vivent avec, mais en
étrangers (paroikeô : habiter
auprès de, vivre au milieu de, résider comme
étranger). L'Église locale, la paroisse, les
paroissiens sont les vrais premiers acteurs de
l'évangélisation.
Une Église
tournée vers les autres
n° 47
Il n'est pas toujours indispensable que l'Église
locale crée des lieux de débat. S'il lui est
possible de créer des « cafés
théologiques » en partenariat avec un café
existant en ville, qu'elle le fasse, en
s'assurant du concours d'intervenants rompus au
débat et pas seulement à la conférence, et d'un
modérateur expérimenté, sur des sujets
« parlants ». Cependant, il peut
suffire d'encourager les membres de l'Église à
participer en tant gue chrétiens aux
« cafés philosophiques » et autres
lieux de débats existants et ouverts à tous.
n° 54
L'interreligieux est aussi un des lieux de
témoignage de l'Évangile. Il ne s'agit pas
d'organiser des disputationes ou conférences
contradictoires pour chercher à se convertir
mutuellement. Il ne s'agit pas non plus de
gommer les différences. En dehors des bonnes
relations à établir et à maintenir de communauté
à communauté, et des éventuelles démarches
communes auprès des autorités et face à la
société civile, il s'agit d'abord de se
connaître les uns les autres, et par exemple
lors de tables rondes publiques d'exposer
simplement ce qu'on croit et ce qu'on vit, à
côté d'autres qui exposent ce qu'ils croient et
ce qu'ils vivent, sur des questions
spirituelles, sociétales etc. Cette démarche,
respectueuse, est assez bien admise par nos
concitoyens.
n° 55
Les différents moyens de communication
permettent aux Églises locales de sortir du
traditionnel « Les protestants parlent aux
protestants ». Au moins une fois par an, le
journal paroissial devrait être diffusé à toute
la population. La présence sur les radios
locales peut être négociée, sans parler même des
radios libres chrétiennes. Beaucoup d'Églises
locales ont créé un site lnternet. Beaucoup
d'Églises et de ministres savent utiliser les
réseaux sociaux. Il y a un coût financier à
accepter. Ces moyens de communication
nécessitent des personnes formées
techniquement : la médiocrité n'est pas
autorisée. Alexandre Vinet a dit à peu
près : « Rien ni personne n'oblige un
chrétien à faire de la poésie ou de la musique,
mais s'il en fait, il doit le faire dans les
règles » ; il en va de même avec les
différents moyens de communication. Mais la
formation technique indispensable n'est pas
suffisante :
a) l'Église doit être au clair avec le message
qu'elle souhaite diffuser à tous, et pas
seulement à ses membres et à ses
sympathisants ;
b) une formation et un accompagnement spirituels
sont nécessaires, car il y a toujours le risque
que la communication et la présence sur les
médias deviennent leur propre but, au détriment
du message.
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