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Jésus ?


12 questions impertinentes

 

 

Gilles Bourquin

 

 

Ed. Olivétan 106 pages -15 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

Gilles Bourquin est un théologien réformé qui apprécie que les différentes positions théologiques à propos de Jésus-Christ soit exprimées de façon dialoguée.
Dans ce petit livre, il souhaite que le lecteur puisse se rendre compte du débat théologique entre les positions libérales et les positions plus traditionnelles.
Chaque chapitre est donc présenté par une question, à laquelle il est répondu par « Oui », par « Non », puis par « Le point ». A la fin de chaque chapitre, la parole est donnée à un expert pour un bref avis sur la question.

Il est rédacteur responsable au journal La Vie Protestante Neuchâtel-Berne-Jura et membre du comité de rédaction de la revue Evangile et liberté.

Pour rédiger dans chaque chapitre « l'avis de l'expert », il a obtenu la collaboration des professeurs de théologie (Frédéric Amsler, Pierre Bühler, Simon Butticaz, Claire Clivaz, Elian Cuvillier, Andreas Dettwiler, André Gounelle, Daniel Marguerat, Valérie Nicolet Anderson, Elisabeth Parmentier et Jean Zumstein). Et avec eux, il a réussi le tour de force de publier un petit livre (pas si petit que cela d’ailleurs) plein d’illustrations drôles, aux textes simples et clairs, courts et s’opposant entre eux, que tout le monde aura plaisir et intérêt à lire.

12 questions y sont excellemment traitées, avec légèreté, profondeur, dans un esprit de recherche historique et critique :

Jésus a-t-il existé ?
Jésus est-il né d’une femme vierge ?
Jésus est-il allé en Inde ?
Jésus s’est-il marié ?
Jésus était-il un bel homme ?
Jésus était-il un doux rêveur ?
Jésus était-il un guérisseur ?
Jésus a-t-il vécu sans pécher ?
Jésus a-t-il confié une mission à sa famille ?
La mort de Jésus est-elle un échec ?
Jésus est-il ressuscité ?
Jésus est-il Dieu ?

Voici à titre d’exemple le premier sujet. Tous les autres chapitres suivent le même plan en 5 points.

 

.

 

Jésus a-t-il existé ?

 

OUI

Ne sommes-nous pas au 21e siècle après... Jésus-Christ ? Il serait invraisemblable que le personnage à partir duquel nous comptons les années n'ait pas existé ! Est-il possible que le fondateur de la religion la plus représentée au monde ne soit pas historique ? Et si Jésus n'a pas existé, que dire de Bouddha, de Socrate, de Jules César et d'autres personnages de l’Antiquité ? Sont-ils imaginaires eux aussi ? Faut-il vraiment douter de tout ? À l'évidence, la célébrité de Jésus est trop grande pour qu'il n'ait pas existé.

 

NON

Contrairement aux empereurs romains, Jésus est devenu célèbre longtemps après sa mort grâce au développement de l'Église. De son temps, son histoire est apparue comme un fait divers : l'exécution sommaire d'un prophète local trop remuant dont la secte risquait de menacer l'ordre public. Parmi les très rares mentions non chrétiennes de Jésus, celle de l'historien latin Tacite, datant de plus d'un demi-siècle après les faits, est la plus précise et la moins contestée : « Ce nom leur vient de Christ que, sous le principat de Tibère, le procurateur Ponce Pilate avait livré au supplice. »

Au 19e siècle, des auteurs marxistes, s'appuyant sur la faiblesse des sources en dehors du Nouveau Testament, émirent l'hypothèse que Jésus n'avait pas existé. Le théologien Bruno Bauer (1809-1882), proche de ces milieux, fut le premier à défendre l'idée selon laquelle Jésus n'est pas l'inventeur du christianisme, mais le christianisme a inventé Jésus. Ainsi, les récits des Évangiles seraient une pure fiction. Pour ce théologien, le message du christianisme est vrai même si Jésus n'a pas existé.

 

 

LE POINT

La difficulté, pour Bruno Bauer et ceux qui pensent que Jésus est un personnage légendaire, consiste à expliquer comment les premières communautés chrétiennes ont pu se développer en l'absence de fondateur. Si Jésus n'est pas historique, comment les premiers chrétiens sont-ils parvenus à imposer leur invention ? Et comment se fait-il qu'aucune source historique niant l'existence de Jésus ne nous soit parvenue ? Le manque de réponses précises à ces questions a décrédibilisé la thèse de Bruno Bauer.

Le Nouveau Testament reconnaît que Jésus fut méconnu de son temps, car il fallait « qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette génération » (Luc 17.25). Selon la foi chrétienne, l'élu de Dieu ne fut pas un homme réputé, mais un laissé-pour-compte dont on peut même douter de l'existence. Seul le croyant saisit son importance

 

L’AVIS DE L'EXPERT

Andreas Dettwiler
professeur de Nouveau Testament à l'Université de Genève

 

Oui, Jésus a, selon toute probabilité historique, existé. Commençons avec l'argument à la fois le plus élémentaire et le plus fort. Jésus a existé parce qu'il est mort. Non pas d'une mort paisible à l'âge avancé, mais d'une mort atroce, d'une violence et d'une humiliation extrêmes. « On peut comprendre le christianisme comme une religion issue d'un processus de deuil, à savoir la confrontation avec la mort de Jésus à la croix » (Ulrike Wagner-Rau).
Sa mort à la croix constituait selon toute vraisemblance un choc énorme pour ses premiers adhérents. Les textes antiques, notamment chrétiens, qui se réfèrent à Jésus ont conservé ici et là les ondes de choc provoquées par la mise à mort effrayante du Nazaréen.
Par exemple le récit des disciples d'Emmaüs qui montre bien à quel point l'expérience de la crucifixion de leur maître les a obligés à réévaluer leur conception traditionnelle de la messianité de Jésus : « Et nous, nous espérions qu'il était celui qui allait délivrer Israël » (Luc 24.21).
Si Jésus de Nazareth avait été un pur produit de l'imagination religieuse des premiers chrétiens, ceux-ci se seraient passablement compliqué la tâche en inventant une telle mort. Un Messie, oui ! Mais un Messie crucifié ? Difficile, voire impossible à imaginer, tant cette idée a heurté les sensibilités religieuses et les codes culturels de l'époque.

Mais quelles sont, plus précisément, les sources se référant à Jésus de Nazareth ? Nous pouvons distinguer entre les sources chrétiennes et les sources non chrétiennes. Les dernières sont rares, mais elles existent. Parmi les plus intéressantes sont celles de Pline le jeune (lors d'un échange de lettres avec l'empereur romain Trajan au début du 2e siècle), de l'historien romain Tacite (Annales 15.44 : description de la persécution de la communauté chrétienne romaine par l'empereur Néron à la suite de l'incendie de Rome en l'an 64) et de l'historien juif Flavius Josèphe (Antiquités juives 20.2OO et 18.63-64, le deuxième passage étant le célèbre Testimonium Flavianum, dont le texte a été en partie remanié par des chrétiens).
C'est précisément la variété et la sobriété des descriptions qui rendent ces textes intéressants d'un point de vue historique. Quant aux sources chrétiennes, elles sont principalement à chercher au sein du témoignage pluriel du Nouveau Testament.

 



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