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Hommage à Raphaël Picon


« Comme si de rien n’était »

 

 

Alain Houziaux

 

6 février 2016

C’était au début des années 80, au lendemain de la mort de Lady Di. Raphaël Picon, qui était alors tout jeune pasteur à Lillebonne, avait publié dans le mensuel protestant local un bref billet intitulé « Comme si de rien n’était ». Il décrivait Londres atterré, terrassé par la mort de la princesse, chacun dans sa stupeur. Les rues étaient quasiment vides, Hyde Park déserté. Et pourtant, on pouvait voir un cycliste, traversant le parc, le nez au vent. Il roulait « comme si de rien n’était ».

Je ne me souviens plus de la suite du billet, mais l’image m’est restée et j’ai reçu ce « comme si de rien n’était » comme une prédication que je n’ai jamais oubliée. Et en hommage aux intuitions si profondément originales de Raphaël, je voudrais tenter de dire pourquoi.

Ce « comme si de rien n’était », on le retrouve, à peu de chose près, chez Saint Paul : « Voici ce que je dis, frères, c’est que le temps est court; que désormais ceux qui ont une femme soient comme n’en ayant pas, ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas... et ceux qui usent de ce monde comme n’en usant pas; car la figure de ce monde passe » (I Cor.7,29-31). On pourrait poursuivre: Continue à vivre comme si les biens de ce monde (le mariage, la richesse…), mais aussi ses maux (les deuils, la souffrance, la vieillesse et même la mort) n’étaient « rien ».

Et pourtant, continuer à vivre comme si de rien n’était, ce n’est nullement de l’indifférence, du je m’en foutisme; c’est bien au contraire une forme de courage et d’ascèse. C’est rester libre par rapport à ce qui arrive, par rapport au destin, à l’irréparable. C’est prendre sur soi, faire bonne figure et persister, malgré tout, dans l’être et dans la vie. Matthieu 6, 17 ne dit-il pas « Quand tu jeûnes, parfume ta tête », comme si de rien n’était.

On a dit que Raphaël Picon, devant l’irréversibilité de sa maladie, était résigné ; il avait consenti à sa mort. Je trouve cela exemplaire. Mais on peut dire aussi que, jusqu’au bout, il a eu du savoir-vivre, dans le sens le plus profond du terme. On peut vieillir, souffrir et même mourir avec savoir-vivre. Vivant jusqu’à la mort, comme si de rien n’était. C’est là une forme de dignité, de pudeur et aussi d’élégance (Raphaël n’en manquait pas).

Je pense à cette prière de Jean Grenier (1897-1971), la maître de Camus : « Ô Toi qui ne fais aucune différence entre les êtres et pour qui le jour et la nuit sont équivalents, délivre nous du mal, c’est-à-dire de la croyance que quelque chose soit à éviter et à craindre ; et délivre nous aussi du bien, c’est-à-dire de la croyance que quelque chose puisse être désiré ».

Vivre, vivre encore, vivre seulement, mais avec une forme de détachement. Maître Eckart voyait ce détachement comme la première des vertus, car, dit-il, seul il nous unit étroitement à Dieu, l’Immuable détaché de tout. Vivre au-dessus et peut-être déjà au delà de la glu du réel, de l’oppression de la tristesse, des tourments de l’optimisme à tout prix. Persister seulement dans la précaire légèreté de l’être qui nous reste et qui nous unit à la fois à l’éphémère et à l’éternité. Vivre comme si, déjà, l’ Au-delà était là. Vivre en habitant déjà l’Au-delà.

Le livre de l’Ecclésiaste le dit à sa manière. Certes, il répète « vanité des vanités » ; mais il ajoute que, quoi qu’il en soit, c’est toujours « sous le soleil » (Eccl. 11,7 entre autre). Le soleil, c’est l’Immuable fait lumière et chaleur ; il se lève, toujours égal à lui-même, à la fois sur les joies et sur les peines, sur les premiers jours de nos vies comme sur les derniers. Il est toujours là, comme si de rien n’était. Quoi qu’il advienne, tout est toujours sous sa grâce. Vivre comme si de rien n’était, c’est ne pas l’oublier.

Raphaël Picon avait mis sur son blog la photo d’un soleil au couchant avec cette mention « Un autre jour ». Le soleil se couchait sur sa vie, mais il n’en reste pas moins qu’il avait, un jour encore, vécu dans sa lumière.
Et lorsque au dernier soir, son regard s’éteignit à l’obscur des abîmes, le Midi splendide qui toujours demeure unissait, à contre-nuit, sa vie fragile et son éternité.

 

 


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