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Raphaël Picon


service de consolation et d’espérance

 

pasteur Louis Pernot

 

29 janvier 2016, temple de l'Étoile

 

Évangile de Jean 11.1-44

 

J’ai eu tort de choisir ce texte de la résurrection de Lazare. Je voulais remonter le moral à une pauvre famille deuil, trouver paroles réconfortantes, une bonne nouvelle. Alors j’ai pensé à ce texte : résurrection d’un mort, c’était idéal.

Mais non, je n’y arrive pas, je n’y crois pas ! (Et Raphaël non plus). Dieu ne ressuscite pas les morts physiquement. Aujourd’hui personne ne l’attend.
Certains pensent que l’histoire aurait été vraie quand même ? Alors non. L’Evangile, c’est une bonne nouvelle pour aujourd’hui, et si Jésus l’a fait, pourquoi ne le ferait-il plus ? S’il le peut ?
Notre religion ne peut pas être une religion du passé : se délecter de bonnes nouvelles fanées d’il y a 2000 ans ne fait pas une vraie bonne nouvelle pour aujourd’hui
Donc Lazare n’était pas vraiment mort et puis voilà.
Et le sens du texte est sûrement à trouver ailleurs, il faut écarquiller les yeux...

Mais que cela ne soit pas pris comme une sorte de foi négative ou de manque de foi, en fait c’est une prise de position théologique : Où est Dieu et comment agit-il ?

Or voilà, Dieu n’agit pas brutalement dans le monde, pour bricoler les événements, la théologie de Raphaël était subtile, Dieu à sa juste place. Ni dans tout et n’importe quoi, ni dans le rien, un Dieu qui peut infiniment, mais qui est juste à sa place.

C’est ce que j’ai pu admirer dans sa maladie, il n’avait pas de révolte contre Dieu, à aucun moment il n’a pensé que Dieu pouvait y être pour quelque chose, ou n’a été dans idée que le cours des choses pourrait être autrement.

Cela m’a d’ailleurs étonné : Raphaël n’était pas pour la résignation, il l’a écrit maintes fois. Il était actif, bouillonnant, combattif, révolté même (normal pour enfant né en 1968). Il a prêché avec vigueur, la puissance de Dieu, la force de transformation et de vie qu’il y avait en lui et qui nous interdisait de nous résigner. Mais là, il disait : « c’est la vie ». Et il a consenti...

En fait, c’est parce qu’il avait une foi juste : ni dans toute puissance de Dieu, ni dans fatalisme. Il y a des choses contre lesquelles il se révolter, et parfois savoir consentir. On pourrait ainsi suivre cette pensée attribuée à Marc-Aurèle : « que je sache changer ce que je peux changer, à accepter ce que je ne peux, et que j’aie la sagesse de savoir discerner l’un de l’autre. » Raphaël avait une théologie subtile demandant un fine tuning : attendre de Dieu ce qu’il peut donner, et mettre Dieu à sa juste place.

Et ainsi, Raphaël mort, en paix avec son Dieu, en paix avec sa vie. Il a dit : « j’ai eu une belle vie », il était fier d’avoir construit ses maisons : dans la Drôme, à la Faculté... et sa « maison » au sens de famille qui était un vrai trésor pour lui.

 

Mais si on ne peut en vouloir à Dieu contre qui se révolter ?

Si une chose bien dans ce récit de Lazare, c’est la révolte des sœurs : « si tu avais été là notre frère ne serait pas mort » ! Et c’est juste : cela pointe la mort insupportable, l’absence, le vide. Ce vide, il ne suffit pas de le remplir par bonnes paroles : « mais a eu une belle vie quand même... ». C’est vrai, mais l’absence est réelle, implacable dure...

Et Jésus là dedans ? C’est dit par le verset le plus court  de la Bible dans nos traductions : « Jésus pleura ». Donc il compatit. Cela peut aider ? En tout cas cela montre que Jésus n’est pas du genre détaché de tout, cherchant à remonter le moral des endeuillés, il accepte ces pleurs, cette douleur, cette révolte des sœurs, tout cela, il l’accueille, l’entend, le partage. Compatir, c’est aussi comprendre le vide absolu, et ne pas le nier.

 

Alors l’homme est condamné à mort ?

Physiquement oui, évidemment, tôt ou tard... mais en fait non, pas seulement, pas vraiment.

Raphaël, lui-même avait une grande foi. Il n’en parlait pas beaucoup, c’était très intime. Mais réel, et ceux qui l’ont approché en ont eu des signes. Comme sur sa page Facebook : il avait mis une photo représentant un coucher de soleil avec écrit : « another day ». Moi désireux de lui remonter le moral, j’ai commenté : « c’est un lever de soleil ». Mais non, c’était bien un coucher... et avec une espérance il y a un autre jour derrière.

Et il a dit : quand il était au plus mal : « j’ai un avenir devant moi »... et aussi « les médecins n’ont pas le dernier mot ». Il n’était pas question d’une possible guérison physique que n’auraient pas prévus les médecins, il se savait condamné depuis longtemps et l’assumait, mais... mais... il y a « another day ». Parce que la vie ne se limite pas au visible, il y a une dimension de l’invisible, de la transcendance, de l’éternel.

Ainsi dans un Haïku qu’il citait souvent : « Monde de rosée, c’est un monde de rosée, cependant ». (Kobayashi Issa), ce qu’on pourrait traduire par : l’homme est une buée, une buée l’homme « Cependant... » Il y a un « cependant », qui change tout.

Et, je le cite :

Ce mot, c’est celui de Pâques. Ce le mot de l’avenir, de la promesse d’un lendemain possible. Ce mot ouvre une brèche sur toutes les occasions de désespérances. Ce mot nous arrache à la fascination de la mort. Ce mot nous raccroche à la vie, ce mot nous ressuscite. La grande leçon du christianisme est ainsi tout entière contenue dans le « cependant » du poète.

L’homme mortel... mais « cependant » : il y a un coin qui ouvre une faille : une fissure dans le noir. Une étoile qui brille dans la nuit. Il n’y a donc pas de désespérance, pas de noir absolu, la mort n’est pas toute puissante.

 

Et on retrouve ça d’ailleurs dans le dialogue de Jésus avec Marthe. Jésus lui dit : « crois tu à la vie éternelle ? »  « Oui, aux derniers jours », dit-elle en récitant son catéchisme. Et ce n’est pas faux, oui, je crois que vie physique n’est pas tout, il y a une dimension éternelle. Il y a une transcendance, la vie physique n’est que la partie visible d’un mystère infiniment plus grand au delà de tout. Donc, oui, Raphaël a cette vie éternelle, cette vie avec Dieu.

Mais ce n’est pas tout. Jésus dit à Marthe : « celui qui croit a la vie éternelle ». Ce n’est pas pour dire que les incroyants seraient exclus... Non certainement pas. Mais il dit « celui qui croit a la vie éternelle », « crois tu ? ». Et elle dit « je crois ». Donc il ne s’agit plus du tout de Lazare, mais de Marthe, pas du mort, mais de ceux qui restent. C’est elle qui ressuscite, elle qui a la vie, parce qu’elle croit.

La bonne nouvelle, c’est pour vous, vous pouvez ressusciter si vous croyez...

Croire : ce n’est pas une question de dogmatique, ce n’est pas « croire que Dieu existe » ou croire à la Trinité... Mais croire, c’est avoir confiance, avoir regard tourné non vers la mort mais vers la vie. Croire dans la vie, dans l’avenir, croire que la vie est possible, que la joie est possible qu’on peut avancer, toujours. Il y a des chemins devant vous, des portes ouvertes... Croire, c’est se projeter dans l’avenir, pas dans le passé.

Et ce n’est pas facile : là nous sommes happé par le passé, happés par la mort... Mais non, la mort n’est pas toute puissante, la vie est possible, et vous aussi vous le pouvez !

 

Raphaël a écrit un livre sur les services funèbres, et dit qu’il faut dire cela. Et aussi que les endeuillés ne pourront l’entendre vraiment, écrasés par leur souffrance, leur révolte leur tristesse... Mais il écrit qu’il faut le dire quand même, parce que c’est vrai ! Et que même si ils ne l’’entendent pas tout de suite, ça pourra faire son chemin.

Je n’aurais pas osé être si brutal... mais puisqu’il m’autorise à le faire je le fais : vous pouvez ressusciter, vous relever, revivre si vous croyez...

Ayez confiance !Raphaël avait confiance dans l’avenir et dans les autres.

Allez y... Confiance, vous pouvez y arriver, il faut y arriver... On peut fléchir etc. mais force, on peut y arriver...

Et ce qui nous aide ? Dieu si vous y croyez. Et aussi savoir voir dans la vie les joies, les joies simples, les beaux instants de la vie. C’est ça croire, regarder le positif, le meilleur, le chercher, s’en nourrir. C’est ce que les bons croyants appellent dans leur jargon « rendre grâces ». Et savoir reconnaître Dieu dans les petites choses, et s’en nourrir. Vivre aussi dans les petites grâces, c’est ça le « sublime ordinaire ». Comme la bonté : la gentillesse, comme Raphael le jour où le médecin lui dit brutalement qu’il va tout bientôt mourir, lui dit « au revoir docteur, merci beaucoup » c’était sincère. Je vous l’ai dit chaque chose à sa place, et je n’attends ni des autres ni de Dieu ce qu’ils ne sont pas en mesure de donner.

Pour le reste, on fait comme on peut... avec patience, (un deuil ça prend du temps), on avance dans la vie, dans les joies et les peines, « comme un bon petit soldat » disait Raphaël supportant tous les soins insensés qu’il a pu subir pendant un an.

 

Mais ça c’est le passé... J’y retombe. Et Raphaël disait : « il y a un avenir devant moi ». Et moi je dis, il y un avenir devant vous, devant chacun de vous, parce que Dieu n’est pas celui des déterminismes, mais de la liberté, de la nouveauté.

C’est là où résurrection de Lazare est une fausse piste théologique : Dieu ne revient jamais en arrière, la solution, elle est toujours devant. Il faut recréer un futur, réinventer la vie. Et ça c’est possible, il faut réapprendre à vivre, autrement, se reconstruite, se redéfinir, s’ouvrir à la nouveauté.

Certes, ce n’est pas facile, mais c’est essentiel et faisable. Il y a encore d’autres maisons à construire, d’autres livres à écrire, d’autres fêtes à faire, d’autres belles journées à partager.

Et là je veux citer encore Raphaël :

Le monde n’est pas condamné à la désespérance, Jésus montre que Dieu est puissance de créativité, il redonne le courage d’être, permet de surmonter ce qui nous brise.

Et justement dans une juste théologie qui n’attend pas n’importe quoi de Dieu...

Même en Dieu tout ne devient pas possible, le monde n’est pas un monde magique, le Christianisme est une leçon de réalisme, il enseigne a faire avec, à renoncer à vouloir tout transformer, accepter que tout ne devienne pas possible. L’Evangile nous enseigne la sagesse de s’accepter tels que nous sommes, mais Dieu nous met en lutte contre la résignation, parce qu’il est un Dieu qui ne nous fait pas rêver, mais qui nous met en marche.

Ainsi finalement elle est bien cette histoire de Lazare, parce que nous sommes tous Lazare, et nous nous laissons enfermer dans des tombeaux, dans la tristesse, dans le découragement. Et oui, il y a un Christ là qui appelle et nous dit « sors ». Il nous relève, il nous libère de tous nos enfermements, il peut nous remettre debout et en marche. Ca c’est la résurrection.

S’il est une raison, et peut-être une seule, d’être fier et heureux d’être chrétien, c’est de se savoir né de cette pierre roulée, c’est d’être l’enfant de cette conviction folle, pugnace, combative, joyeuse, passionnée que rien ne peut tout réduire à néant : aucun échec, aucun drame, aucune mort, aucune maladie, aucun effroi.

Et c’est tout ça que nous avons mélangé dans notre cœur : une infinie tristesse, un grand vide... Mais aussi une grande joie pour toutes ces journées passées, pour tout ce que nous avons pu partager avec Raphaël, pour tout ce qu’il a fait, réalisé, partagé, pour tout l’amour donné, l’amitié offerte... Et aussi l’espérance de ce « cependant » qui nous dit de croire dans la vie, dans la joie, dans le lendemain. Parce que même si Dieu n’est pas tout-puissant au sens simpliste, il est là, puissance de vie, d’amour, de tendresse, de joie, de confiance et de paix.

Dieu a vaincu la mort, et il nous conduit dans la vie. Il est puissance d’être, puissance de vie, et puissance d’amour.

 


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