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Que dire des arts chrétiens ?

 


What's the point of Christian arts?

 

Harriet Baber

professeur de philosophie à l'Université de San Diego (Californie)

The Guardian

quotidien anglais

 

1er juillet 2015

J’ai été en contact pour la première fois avec la religion à un camp de musique à Beaverbrook. Je jouais du violon et nous chantions la Messe de Schubert en sol majeur ; on nous en avait donné la traduction avec des explications. J’avais été élevée sans religion et c'est là  que je suis tombée amoureuse de l’Église.

J’ai été baptisée six ans plus tard dans l’Église épiscopalienne. Je l’aurais volontiers fait plus tôt si j’avais su comment faire. Mais je n’en avais pas la moindre idée : je pensais qu’on n’entrait dans la religion qu’à la naissance ou en se mariant. Je n’avais jamais osé assister à un culte : j’avais peur qu’on dise que je n’étais qu’une païenne, qu’on me regarde de travers et qu’on me fasse sortir.

Entrer dans l’Église n’a pas été pour moi une décision facile. Je n’y connaissais personne et je ne pensais pas que c’était pour quelqu’un comme moi.

Dans mon lit, je me récitais le Credo en latin : « Credo in unum Deum » comme je l’avais appris dans la messe de Schubert. Y croyais-je ? En tous cas je croyais en un Dieu. J’étais saisie par l’histoire du grand Maître de toutes les choses visibles et invisibles, le drame de l’Incarnation et de l’Ascension « descendit, incarnatus, ascendit » et le grand clash final dans le Règne, la Puissance et la Gloire sans fin. Schubert était très bien, mais j’ai trouvé que seul Bach avait su en exprimer vraiment l’immensité.

Y croyais-je vraiment ? En tous cas c’est alors que j’ai décidé que je n’y tenais plus et que je devais, comme je me le suis dit à l’époque, « régler une fois pour toutes la question de Dieu ». Et pour ce faire, je suis allée à l’église.
Je voulais pouvoir participer à la liturgie, avoir le droit d’y chanter, être chez moi dans l’église et faire de la théologie philosophique.

Je sais bien que j’aurais pu avoir tout cela sans m’inscrire réellement. Mais ma pratique de l’art sacré n’aurait pas été la même. Pour comprendre une œuvre d’art il faut chercher plus profond que sa surface esthétique. Il en est d’ailleurs de même dans les autres domaines de la vie. Nous préférons évidemment une vie réellement heureuse à une apparence de bonheur.

On peut découvrir ainsi dans une célébration liturgique, le sens profond d’une musique d’église alors que l’on n’en reste qu’à la surface lorsqu’on l’écoute au niveau seulement esthétique. La musique liturgique prend tout son sens lorsqu’on la pratique dans une assemblée fidèle, alors même qu’on est soi-même sceptique ou même agnostique, bien au-delà que dans un concert ordinaire.

Je suis peut-être sceptique mais je suis néanmoins une chrétienne engagée. La Bible ne me dit rien et le Jésus historique n’est pour moi qu’une pierre d’achoppement. Je n’aurais jamais été une des premières disciples de Jésus : l’Église qui est la mienne est celle de Constantin. Mais qu’on ne s’y trompe pas : je suis chrétienne. L’itinéraire spirituel qui m’a conduite à l’Église a peut-être été bizarre mais voilà où j’en suis : être chrétienne a changé ma vie.

Alors, que dire des arts chrétiens ? c’est comme demander que dire du plaisir. L’art chrétienne est un fin en soi.

 

Traduction Gilles Castelnau



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