Libre opinion
« Vous n’avez pourtant
pas l’air chrétienne »
Harriet Baber
professeur de philosophie à l'Université de San Diego (Californie)
Church Times
du 19 juin 2015
29 juin 2015
Les gens s’étonnent lorsqu’ils prennent conscience que je suis chrétienne, parce que je n’en ai pas l’air.
Je suis universitaire et j’en ai les caractéristiques : je suis socialement libérale, politiquement de gauche, féministe, en faveur de l’IVG et favorable aux homos. Quand ils découvrent que je suis chrétienne, ils pensent tout de suite que je dois avoir d’étranges opinions sur quantités de sujets, notamment le salut éternel des non croyants et l’évolution des espèces.
Les Américains sont dans l’ensemble très religieux, mais leur religion se répartit de manière très variable selon les régions, les classes sociales et les groupes ethniques.
Dans le Sud, quand on rencontre quelqu’un pour la première fois, après les traditionnels échanges de politesse, on demande : « Et quelle église fréquentez-vous ? ». Mais dans les milieux éclairés de la classe moyenne supérieure des villes de la côte ouest, on évite de parler de Dieu.
Dans les milieux des professions intellectuelles on ne va guère à l’église et de toutes façons on n’en parle pas. Si vous laissez entendre que vous avez assisté à une cérémonie religieuse, même pour des raisons sociales et profanes, les gens ont peur que vous cherchiez à les convertir.
Les employeurs craignent que les pratiquants mettent une mauvaise ambiance vis à vis de leurs collègues de travail et des clients. Une récente étude sociologique faite à l’Université du Connecticut a révélé que les demandeurs d’emploi qui mentionnent une affiliation religieuse sur son CV ont 26 % moins de chance de bénéficier d’un entretien que ceux qui ne mentionnent rien.
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi. Depuis l’essor de la Droite religieuse, les évangéliques conservateurs sont devenus omniprésents et bruyants. Leurs campagnes destinées à promouvoir les attitudes sociales conservatrices sont toujours répercutées par les médias et les hommes politiques de droite leur apportent sans vergogne leur soutien.
Les employeurs se méfient des solliciteurs d’emploi dont ils peuvent craindre qu’ils n’irritent leurs collègues de travail par une attitude de prosélytisme ou des prises de position radicales sur les sujets sensibles.
C’est ainsi que lorsqu’on est chrétien on a tendance à garder toujours la tête baissée. Il faut aussi mentionner le Grand Non-dit : aux Etats-Unis le christianisme est frappé d’ostracisme. Si, dans une soirée policée, on se dit chrétien, on est immédiatement soupçonné d’être homophobe, de nier le réchauffement climatique etc.
Les chrétiens ne sont pas, comme les évangéliques le prétendent, une minorité opprimée dont la liberté est menacée. Ils ne sont pas non plus, comme les athées le disent, une majorité dominatrice.
Nous sommes de plus en plus stigmatisés, comme les fumeurs et les obèses et comme, d’ailleurs, nos ancêtres d'avant Constantin l'ont été, eux qui ont su rendre leur foi respectable.
Nous étions à l’origine un groupe particulier au milieu du grand ensemble des spiritualité hellénistiques syncrétistes, un culte de salut individuel parmi les autres cultes orientaux et nous étions traités de superstition et méprisés par les élites du temps.
Et Voici que maintenant aux États-Unis, nous terminons comme nos ancêtres ont commencé.
Traduction Gilles Castelnau
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