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Joie invincible

 

Michel Leconte

 

19 avril 2015

Luc, 24, 36-49
Jésus lui-même se présenta au milieu d'eux, et leur dit :
-  La paix soit avec vous !
Saisis de frayeur et d'épouvante, ils croyaient voir un esprit.
Mais il leur dit :
-  Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi pareilles pensées s'élèvent-elles dans vos cœurs ?
Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi ; touchez-moi et voyez : un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai.
Et en disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds.
Comme, dans leur joie, ils ne croyaient point encore, et qu'ils étaient dans l'étonnement, il leur dit :
-  Avez-vous ici quelque chose à manger ?
Ils lui présentèrent du poisson rôti et un rayon de miel. Il en prit, et il mangea devant eux.
Puis il leur dit :
-  C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes.
Alors il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils comprissent les Ecritures.
Et il leur dit :
-  Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, et qu'il ressusciterait des morts le troisième jour et que la repentance et le pardon des péchés seraient prêchés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.
Vous êtes témoins de ces choses.
Et voici, j'enverrai sur vous ce que mon Père a promis ; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut.

Voici le ressuscité « en chair et en os » qui mange du poisson avec ses disciples (v. 42) !

Il est hors de question, pour moi, de croire à la réalité factuelle et empirique de ce repas. Il paraît, d’après certains exégètes, que Luc a écrit ce passage parce qu’il ne voulait pas qu’on prenne Jésus pour un revenant et que Jésus était bien corporellement ressuscité... Pour nous, aujourd’hui, je trouve que ce remède est pire que le mal ! Un corps spirituel qui mange et digère ! Quel matérialisme grossier ! Il ne m’est pas possible de tirer quoi que ce soit de ces éléments-là. Je pense, en revanche, que par ce procédé mythologique, Luc veut nous dire autre chose de bien plus important.

Après la bonne nouvelle de la résurrection que leur annoncent les disciples d’Emmaüs, les onze apôtres sont profondément bouleversés par l’expérience que ceux-ci viennent de faire ; c’est pourquoi Jésus est soudain présent au milieu d’eux. Le feu dans le cœur brûlant des deux disciples, se transmet à tout le groupe des onze, comme par contagion.

C'est bien ainsi que la foi se transmet : par la joie communicative ! Les beaux discours ne suffisent pas. C’est pourquoi, je crois beaucoup aux petites communautés pour partager la foi au Christ ressuscité, nos assemblées sont souvent trop formelles et compassées. Donc, après un moment de confusion et de vertige, les disciples sont, à leur tour, saisis par la joie ! Une joie tellement débordante qu’elle les submerge : les disciples sont étonnés, abasourdis. Luc écrit cette phrase paradoxale : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire ». C’est comme s'ils se disaient : « c’est trop beau pour être vrai, nous sommes en train de prendre nos désirs pour des réalités ! » N’est-ce pas aussi, souvent, notre réaction ?

Effectivement, c’est une sorte de Thomas qui s’exprime en eux ! Ce texte me semble être une variation sur le thème de la foi et du doute. D’ailleurs, il insiste sur les mêmes éléments que Jean (voir : Jn 20, 24-29). Jean insistera aussi sur les mains et les pieds du crucifié. « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru » car nous sommes bien dans cette situation aujourd’hui. Mais pourquoi une joie si intense à la vue des plaies de Jésus ?

La révélation de Jésus ressuscité produit en nous une joie intense, car celui qui a été torturé et condamné à une mort infamante a été justifié par Dieu. Cela signifie que Dieu lui-même s’est identifié à cet homme crucifié, mort comme un malfaiteur entre deux autres malfaiteurs, hors de la citée sainte de Jérusalem. Dieu est descendu au plus bas de ce qui peut arriver à un homme. Dieu s’est identifié, en Jésus, à tous les hommes qui sont exclus ou considérés comme des vauriens aux yeux du monde.

Depuis ce jour, quand vous êtes « crucifiés », quand vous êtes jugés et condamnés par autrui ou même par vous-même, quand « vous marchez dans un ravin d’ombre et de mort », le Seigneur est là, il vous donne sa paix, il vous prend la main, vous rassure et vous ranime. Ô homme, si tu es au fond du gouffre, si les autres te maudissent ou t’excluent, n’oublie pas que Dieu est plus grand que leur cœur et que le tien : « il n’y a pas d’homme condamné ! » (Maurice Bellet.)

Dieu est don, Dieu est grâce, Dieu est Amour. La source des sources en amont de tout homme nous désire par-dessus tout, elle dit qu’il est bon pour nous d’être né. Alors oui, n’ayons pas peur, laissons-nous « revêtir de la puissance du Père » (v. 49), elle nous libère, nous relève et nous donne sa Vie !

 


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