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Libre opinion

Ne nous trompons pas

de royaume

 

Ces évangiles qui nous parlent toujours…

 

Henri Persoz

Préface d’André Gounelle

 

vente en ligne

Editions « La Barre Franche »

118 pages, 14 €

 

Gilles Castelnau


 

22 janvier 2015

Henri Persoz est un laïc de l’Église protestante Unie (ingénieur de l’École Supérieure d’Électricité il a été jusqu’à sa retraite cadre dirigeant d’Électricité de France) mais, intéressé par la théologie, il a passé la maîtrise en théologie comme le font les pasteurs : il préside des cultes et donne des conférences appréciées.

Il publie ici 15 prédications qui peuvent servir de modèle par leur excellente maîtrise de l’exégèse de la Bible historique et critique. C’est bien ce que souligne dans la préface le professeur André Gounelle.

Voici des passages de cette préface, de l’introduction et le texte complet de l’un des 15 sermons.

 

page 7

Préface

André Gounelle

 

Prêcher le Royaume

[...]
Quand on prêche, on explique et on commente, certes, mais on fait aussi autre chose. On ne cherche pas, comme dans un cours, à exposer aussi exactement que possible la pensée de Jésus ou des évangélistes (même s'il est essentiel de la bien comprendre). On ne se borne pas à analyser des mots, à définir des notions, à décortiquer la construction grammaticale d'un texte, à en dégager la logique et l'argumentation, à l'éclairer historiquement comme s'y efforce l'exégèse (même si ce travail est indispensable).
On a besoin, certes, de tout cela et on voit bien que les prédications de ce recueil reposent toutes sur des connaissances historiques étendues et sur une étude philologique rigoureuse.

Toutefois, prêcher, c'est aller plus loin que l'étude et au-delà de la stricte explication des textes, c'est faire découvrir qu'ils portent ou transmettent, dans un langage parfois désuet qu'il faut traduire et dans des catégories de pensée qui ne sont plus les nôtres et qu'on doit transposer, une parole vivante qui s'adresse à nous et nous concerne existentiellement, qu'ils ont pour nous un intérêt qui n'est pas seulement historique et littéraire (voir l'introduction).

C'est, à leur lumière, nous amener à nous interroger sur ce que nous sommes et faisons ; c'est surtout, introduire des changements dans notre compréhension de nous-mêmes, nous inviter à des actions. et des comportements spécifiques. La prédication a pour visée d'actualiser un message, actualiser en ce sens qu'elle en fait non pas simplement un objet d'étude, mais aussi un acte ou un événement dans notre vie ; elle a pour mission de faire passer du savoir à l'existence, de l'intelligence de ce qui est écrit ou dit à sa mise en œuvre dans des gestes et des comportements. [...]

 

page 13

Introduction

Henri Persoz

Sur les mythes

Selon le dictionnaire Larousse, le mythe est un récit populaire mettant en scène des êtres surnaturels et des actions imaginaires dans lesquels se projettent des souvenirs fantasmés de l'histoire. Cette définition convient assez bien aux mythes de la Bible hébraïque comme l'histoire des patriarches, de l'Exode, de la conquête de Canaan ou même de la genèse du monde.
Pour les miracles du Nouveau Testament, et autres événements extraordinaires, nous pouvons plutôt nous référer au théologien Rudolf Bultmann. Il définit le mythe comme un récit s'appuyant sur des forces surnaturelles qui interviendraient dans le cours de l'histoire et aussi dans la vie intérieure des personnes.
Or l'homme moderne, écrit-il, « n'est nullement convaincu que le cours de la nature et de l'histoire, comme sa vie intérieure, peuvent être interrompus par l'intervention de forces surnaturelles ». Le mythe correspond à la culture de l'époque, il vient de très loin, les Égyptiens s'en nourrissaient, et il répond au besoin d'exprimer avec le pauvre langage humain la transcendance de Dieu, qui est à la limite de nos capacités de compréhension. Il raconte des interventions d'êtres célestes, bons ou mauvais, sur la terre.
Aujourd'hui, nous ne prenons plus ces interventions comme des faits historiques agissant dans le monde, mais comme une façon d'exprimer l'inexprimable, une façon de signifier la réalité de Dieu.

Ne sous-estimons pas pour autant tout ce qui est exprimé sous forme de mythes dans la Bible. Dans ces cultures anciennes, dépourvues de nos connaissances scientifiques, les superstitions et les phénomènes surnaturels, que nos enfants appelleraient magiques, étaient le mode d'expression courant, dans les traditions orales comme dans la littérature. Ils n'étonnaient pas grand-monde et convenaient à une bonne partie de la population.

[...]

Des interprétations raisonnables

Dans ce travail, j'ai toujours voulu me laisser guider par la raison. L’Esprit pour moi souffle de ce côté-là. Cela consiste à comprendre les récits bibliques sans avoir recours à des croyances déraisonnables. Bien sûr ces récits font état de miracles, d'événements surnaturels, merveilleux et incroyables. Ils étaient plus facilement recevables à l'époque. D'autant plus qu'ils devaient aider à la transmission orale du message. Car l'écriture était peu répandue et cette transmission orale avait besoin d'un support mnémotechnique pour être retenue et portée d'un groupe de personnes à l'autre. On retient mieux et on transmet mieux aux générations suivantes une histoire merveilleuse, remplie de mystères. Et cela est encore vrai aujourd'hui. Mais le christianisme a trop souvent utilisé ce merveilleux pour authentifier la toute-puissance de Dieu et son pouvoir quasi magique sur la nature et sur les hommes.

Dieu n'est pas un deus ex machina qui tire les ficelles du monde et le conduit ou il veut. Il n'a pas de moyens particuliers pour intervenir directement sur les événements qui traversent notre histoire. Comment voudrait-on d'ailleurs que cela puisse se faire ? Les lois de la physique sont incontournables. Dieu ne peut pas grand-chose contre les catastrophes naturelles et contre toutes les souffrances du monde. Comment pourrait il représenter l'exemple même de la bonté et laisser faire tous ces malheurs ? Il ne peut qu'inspirer les hommes par le saint Esprit pour qu'ils prennent les bonnes décisions, luttent contre le mal et la misère et fassent avancer l'humanité vers son Royaume.

 

 

page 45

Travailler moins pour gagner plus !

sermon

 

Parabole des ouvriers de la onzième heure

Matthieu 20,1-16
Le royaume des cieux est comparable, en effet, à un maître de maison qui sortit de grand matin, afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il convint avec les ouvriers d'une pièce d'argent pour la journée et les envoya à sa vigne. Sorti vers la troisième heure, il en vit d'autres qui se tenaient sur la place sans travail et il leur dit :
-  « Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste ».
Ils y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, puis vers la neuvième il fit de même. Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d'autres qui se tenaient là et leur dit :
-  « Pourquoi êtes-vous restés là tout le jour sans travail ? »
-  « C'est que, lui dirent-ils, personne ne nous a embauchés ».
Il leur dit :
-  « Allez, vous aussi à ma vigne ».
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant :
-  « Appelle les ouvriers, et remets à chacun son salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers. »
Ceux de la onzième heure vinrent donc et reçurent chacun une pièce d'argent. Les premiers, venant à leur tour, pensèrent qu'ils allaient recevoir davantage ; mais ils reçurent eux aussi chacun une pièce d'argent. En la recevant, ils murmuraient contre le maître de maison :
-  « Ces derniers venus, disaient-ils, n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites comme nous qui avons supporté le poids du jour et la grosse chaleur. »
Mais il répliqua à l'un d'eux :
-  « Mon ami, je ne te fais pas de tort ; n'es-tu pas convenu avec moi d'une pièce d'argent ? Emporte ce qui est à toi et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi. Ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien ? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ? »
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers.

 

Vous avez dit Royaume des cieux ?

Qu'est ce que ce Royaume des cieux, appelé par les autres évangiles Royaume de Dieu ? Selon la tradition, YHWH est le Roi d'lsraël. Il régnera pour toujours, comme le promet le Livre de l'Exode, mais à condition que le peuple obéisse à sa Loi. Malheureusement, ce ne fut pas le cas, Israël est allé de désobéissance en désobéissance, ce qui a entraîné malheur sur malheur : l'exil à Babylone, les occupations perse, grecque et romaine. Ce n'est plus YHWH qui règne sur la terre, c'est Satan. Le monde des ténèbres a remplacé le monde des lumières, comme disaient les Esséniens.

Les juifs du temps de Jésus avaient une vision très pessimiste de leur monde et mettaient donc toute leur espérance sur des temps meilleurs. Il faut tout recommencer, fonder une nouvelle alliance, basée sur une nouvelle obéissance, pour que Dieu puisse dire à nouveau, comme au temps d'Ézéchiel : « Vous serez mon Peuple et je serai votre Dieu ». Convertissez-vous, remettez-vous sur le droit chemin, obéissez à la Loi. Et le Règne de Dieu reviendra entraînant une nouvelle justice sur la terre. Voilà donc l'attente dans laquelle se situait une bonne partie du peuple juif, espérance d'un monde nouveau, juste et pacifique.

Pour les uns, ce Royaume de Dieu avait déjà commencé. Il était en cours d'installation dans les cœurs et dans la société. Le futur était déjà à l'œuvre dans le présent. Pour les autres, influencés par les apocalypses juives, ce royaume viendrait par une irruption cosmique de Dieu dans l'histoire. Irruption certainement imminente, car on n'en pouvait plus d'attendre. Ces deux conceptions ont laissé chacune leurs traces dans les évangiles ; elles cohabitent plus ou moins heureusement. Mais dans les deux cas, il s'agissait de la vie sur terre et non pas d'une vie idyllique hors de la terre et hors du temps. Deux mille ans plus tard, force est de constater que l'irruption cosmique de Dieu n'a pas eu lieu et que nous devons nous rabattre sur une vision moins fantastique et plus raisonnable du Royaume de Dieu dans le sens d'une progressive transformation du monde, résultant d'une conversion de l'homme, nouvelle naissance à reprendre ou à perfectionner chaque matin. Mais les évangiles convergent assez bien sur cette idée que, pour hâter cette venue du Royaume, c'est maintenant qu'il faut agir, naître à nouveau, voir notre prochain autrement. Ne plus attendre, ne plus reporter à demain. C'est aujourd'hui que le maître t'invite à son repas.

 

La justice bousculée

Venons-en à nos ouvriers de la onzième heure, en commençant par éloigner de nous les interprétations allégoriques qui voient dans le maître de maison le Seigneur Jésus et dans le travail de la vigne l'engagement au service du Christ. La surprise vient de ce que ceux-ci sont payés comme s'ils avaient travaillé toute la journée. Nous avons là une illustration de la difficile articulation entre la justice et la fraternité, et en même temps l'occasion pour Jésus de rappeler le centre de son message. La justice chez les Grecs tournait autour de ce principe : « A chacun selon son mérite ». Tu n'as travaillé qu'une heure ? Tu seras payé pour une heure. Le monde environnant, qu'il soit juif ou perse ou égyptien, fonctionnait de la même manière. Ainsi l'ordre régnait dans le monde, chacun avait son dû, la justice était respectée. Ceux de la onzième heure, s'ils n'ont que le salaire d'une heure, n'avaient qu'à travailler plus, se lever plus tôt, se secouer davantage pour trouver un employeur, au lieu d'attendre à ne rien faire sur la place. Il ne faut quand même pas encourager la paresse.

Oui, mais si ces pauvres malheureux n'ont travaillé qu'une heure, c'est que personne ne les avait embauchés avant. Ils n'étaient pas là au bon moment ou au bon endroit. Ils faisaient trop piteuse mine pour intéresser un employeur ayant besoin de solides gaillards. Ou bien, comme ils n'avaient rien dans le ventre, ils se sont levés trop tard. Cercle infernal des pauvres gens, des laissés pour compte qui n'ont pas la dynamique nécessaire pour arriver au bon moment et paraître sous un bon aspect. La société dans laquelle vivait Jésus était victime d'un intense chômage, ce qui donne une résonance très actuelle à cette parabole ; si bien que nous en croisons tous, de ces ouvriers qui ne trouvent qu'une heure à s'employer pour la journée.

En avance sur son temps, Jésus nous rappelle qu'une justice stricte, bien respectée, ne peut pas conduire au bonheur de tous, à une société fraternelle, parce qu'elle délaisse ceux qui ne sont pas en état de mériter ce dont ils ont besoin. Ce sont la compassion, la miséricorde qui ne les délaissent pas, qui s'en soucient, qui se préoccupent du nécessaire dont a besoin chacun, et qui ne raisonnent pas uniquement en fonction du mérite. Jésus bouscule, ici comme partout ailleurs, les principes de justice de son époque. Pour lui, il n'y a pas de loi, il n'y a pas de justice, qui ne doivent être dépassées, heurtées, par l'attention que nous devons à ceux qui ne trouvent personne pour les emmener travailler dans la vigne.

Alors, cette justice bousculée fait des mécontents, des jaloux : pourquoi leur donnes-tu autant qu'à nous qui avons supporté la chaleur du jour ? Et nous connaissons bien aujourd'hui encore ce type de mécontentement : pourquoi s'occuper de tous ces étrangers et de tous ces gens qui ne veulent pas travailler ? Pourquoi les traiter comme nous, qui sommes tellement mieux ? L’homme se demande trop souvent comment il peut se faire qu'il ne gagne pas plus que les autres, qu'il ne soit pas mieux considéré que les autres. Au lieu de se réjouir de recevoir tous les jours son pain quotidien et toutes les bénédictions de Dieu qui les accompagnent.

Il est vrai que l'amour est souvent injuste, au sens de la justice des hommes. Mais c'est justement là que réside le message central de Jésus : pratiquez l'amour jusqu'à être injuste ; jusqu'aux limites tolérables de l'injustice. Et parfois, nous voyons, dans la société, la justice avancer vers la compassion parce qu'elle a dû céder aux plaintes et aux demandes inlassables de ceux qui s'en réclamaient. Il ne faut donc pas désespérer de la justice parce qu'elle donne à l'amour, chrétien ou pas, la possibilité de s'insérer progressivement dans la cité des hommes. Mais cet amour sera toujours insatisfait, il trouvera toujours que la justice n'avance pas assez vite. Comme disait Paul Ricœur, « L’amour ne comprend pas que tout ne soit pas amour ».

Ce maître de la vigne, qui n'a pas attendu que la justice de son pays avance, et qui la fait avancer lui-même par ses initiatives, ce peut être aussi chacun de nous. Allez-y, dit Jésus à travers cette histoire, prenez des initiatives, dépassez les vieux principes, et les habitudes. Ils ne demandent qu'à être bousculés pour mieux prendre en compte le sort de ces malheureux qui restent sur la place sous la chaleur du jour. Il est souvent plus pénible d'attendre sur la place que de travailler.

 

Que ton Règne vienne

Le Royaume de Dieu est comparable à cette parabole. Il nous fait rêver à un monde où ceux qui n'ont pas de chance reçoivent quand même ce dont ils ont besoin, et où les autres ne sont pas jaloux, mais se réjouissent de ce que chacun puisse vivre décemment. Il ne suffit pas de rêver à ce Royaume. Il faut le faire venir. Que ton Règne vienne, comme nous prions souvent. L’évêque anglican John Spong écrit : « Prier c'est aussi lutter pour plus de justice ». A chaque fois que nous créons la surprise, et que nous sortons de la justice ordinaire, en faisant un peu plus d'efforts pour les malchanceux, nous faisons venir ce Royaume, pour lequel nous prions et pour lequel Jésus s'est battu jusqu'à en mourir.


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